‹ Chefs-d'uvre littéraires de Buffon /cavec une introdChapitre 40 sur 48 · PARLE T · texte numérisé non relu

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de cette séparation des continents, parce que ces animaux n'auront pu gagner les régions de l'équateur dans ce nouveau continent, comme ils l'ont fait dans l'ancien, tant en Asie qu'en Afrique ? En eflet, si l'on considère la surface de ce nouveau continent, on voit que les parties méridionales voisines de l'isthme de Panama ‘ sont occupées par de très-hautes montagnes : les éléphants n’ont pu franchir ces barrières invincibles pour eux, à cause du trop grand froid qui se fait sentir sur ces hauteurs ; ils n’auront donc pas été au delà des terres de l’isthme, et n'auront subsisté dans l'Amérique septentrionale qu'autant qu’aura duré dans cette terre le degré de chaleur nécessaire à leur multiplication. Il en est de même de tous les autres animaux des parties méridionales de notre continent : aucun ne s'est trouvé dans les parties méridionales de l’autre. J'ai démontré cette vérité par un si grand nombre d’exemples, qu'on ne peut la révoquer en doute.

Les animaux, au contraire, qui peuplent actuellement nos régions tempérées et froides, se trouvent également dans les parties septentrionales des deux continents : ils y sont nés postérieurement aux premiers et s’y sont conservés, parce que leur nature n’exige pas une aussi grande

4. « Buffon avait déjà avancé l'existence des ossements d’éléphants dans « l'Amérique septentrionale, et, à ce qu’il prétendait, dans celle-là seule- « ment. On sait même qu'il imagina, comme cause de leur destruction dans « ce continent, l'impossibilité où ils durent être de passer l'isthme de Pa- « nama, lorsque le refroidissement graduel de la terre les poussa vers le «u Midi, comme si toutes les parties basses du Mexique n'étaient pas encore « assez chaudes pour eux, et comme si les côtes de l'isthme de Panama « n'avaient pas été assez larges pour leur ouvrir un passage. — Au reste, les « faits sur lesquels Buffon appuyait son hypothèse n'étaient pas même en- « tièrement exacts. Les os qu'on avait découverts de son temps n'étaiert « point de l'éléphant; ils appartenaient à un autre animal, celui que nous « désignerons par le nom de mastodonte, et que l’on connaissait aussi sous « celui d'animal de l'Ohio... » (Cuvier, Rech. sur les 0ss. foss.)

chaleur. Les rennes et les autres animaux qui ne peuvent subsister que dans les climats les plus froids sont venus les derniers; et qui sait si, par succession de temps, lorsque la terre sera plus refroidie !, il ne paraîtra pas de nouvelles espèces dont le tempérament différera de celui du renne autant que la nature du renne diffère à cet égard de celle de l'éléphant? Quoi qu'il en soit, il est certain qu'aucuns des animaux propres et particuliers aux terres méridionales de notre continent ne se sont trouvés dans les terres méridionales de l’autre, et que même dans le nombre des animaux communs à notre continent et à celui de l'Amérique septentrionale, dont les espèces se sont conservées dans tous deux, à peine en peut-on citer une qui soit arrivée à l'Amérique méridionale. Cette partie du monde n’a donc pas été peuplée comme toutes les autres ni dans le même temps: elle est demeurée, pour ainsi dire, isolée et séparée du reste de la terre par les mers et par ses hautes montagnes. Les premiers animaux terrestres, nés dans les terres du Nord, n’ont donc pu s'établir par communication dans ce continent méridional de l'Amérique, ni subsister dans son continent septentrional qu'autant qu’il a conservé le degré de chaleur nécessaire à leur propagation; et cette terre de l'Amérique méridionale, réduite à ses propres forces, n’a enfanté que des animaux plus faibles et beaucoup plus petits que ceux qui sont venus du Nord pour peupler nos contrées du Midi.

Je dis que les animaux qui peuplent aujourd’hui les terres du Midi de notre continent y sont venus du Nord, et je crois pouvoir l’aflirmer avec tout fondement: car, d'une part, les monuments que nous venons d'exposer le

1. Elle l’est complétement par rapport aux éfres vivants, puisque sa chaleur intérieure n’est plus sensible à sa surface. (F.)

démontrent, et d'autre côté nous ne connaissons aucune espèce grande et principale, actuellement subsistante dans ces terres du Midi, qui n'ait existé précédemment dans les terres du Nord, puisqu'on y trouve des défenses et des ossements d'éléphants, des squelettes de rhinocéros, des dents d'hippopotames et des têtes monsirueuses de bœufs!, qui ont frappé par leur grandeur, et qu'il est plus que probable qu'on y a trouvé de même des débris de plusieurs autres espèces moins remarquables : en sorte que si l'on veut distinguer dans les terres méridionales de notre continent les animaux qui y sont arrivés du Nord, de ceux que cette même terre à pu produire par ses propres forces, on reconnaîtra que tout ce qu'il y a de colossal et de grand dans la nature à été formé dans les terres du Nord, et que si celles de l'équateur ont produit quelques animaux, ce sont des espèces inférieures, bien plus petites que les premières.

Mais ce qui doit faire douter de cette production, c’est que ces espèces que nous supposons ici produites par les propres forces des terres méridionales de notre continent,

1. Buffon raisonne toujours sur la supposition que ces éléphants, ces rhinocéros, ces hippopotames, ces bœufs monstrueux étaient de la méme espèce que les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames , les bœufs, etc, qui vivent aujourd'hui; mais, je lai déjà dit, cela n’est pas; et c’est précisément là ce qui constitue la grande découverte de Cuvier, c’est d’avoir reconnu que toutes ces grandes et antiques espèces sont des espèces perdues, c’est-à-dire des espèces différentes des espèces vivantes. — Dès son premier mémoire sur les éléphants fossiles, Guvier s’exprimait ainsi : « Qu'on se « demande pourquoi l’on trouve tant de dépouilles d'animaux inconnus, « taudis qu'on n’en trouve aucune, ou presque aucune dont on puisse dire « qu'elle appartient aux espèces que nous connaissons, et l’on verra com- « bien il est probable qu’elles ont toutes appartenu à des êtres d’un monde « antérieur au nôtre, à des êtres détruits par quelque révolution du globe, « êtres dont ceux qui existent aujourd’hui ont rempli la place, pour se voir « peut-être un jour également remplacés par d’autres. » Voyez mon Histoire des travaux de Cuvier. (F.)

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auraient dû ressembler aux animaux des terres méridionales de l’autre continent, lesquels n’ont de même été produits que par la propre force de cette terre isolée : c’est néanmoins tout le contraire, car aucun des animaux de l'Amérique méridionale ne ressemble assez aux animaux des terres du Midi de notre continent pour qu'on puisse les regarder comme de la même espèce; ils sont pour la plupart d’une forme si différente, que ce n’est qu’après un long examen qu'on peut les soupconner d’être les représentants de quelques-uns de ceux de notre continent. Quelle différence de l'éléphant au tapir, qui cependant est de tous le seul qu'on puisse lui comparer, mais qui s’en éloigne déjà beaucoup par la figure, et prodigieusement par la grandeur; car ce tapir, cet éléphant du nouveau monde, n’a ni trompe ni défenses, et n’est guère plus grand qu'un âne. Aucun animal de l'Amérique méridionale ne ressemble au rhinocéros, aucun à l’hippopotame, aucun à la girafe ; et quelle différence encore entre le lama et le chameau, quoiqu'elle soit moins grande qu’entre le tapir et l'éléphant!

L'établissement de la nature vivante, surtout de celle des animaux terrestres, s’est donc fait dans l'Amérique méridionale ‘, bien postérieurement à son séjour déjà fixé

1. Mais l'Amérique méridionale a ses espèces fossiles, c'est-à-dire anliques et perdues , tout comme l’Amérique septentrionale , tout comme l’ancien continent. Elle a notamment le megatherium, animal énorme dans un ordre, celui des édentés, dont les plus grandes espèces d'aujourd'hui (lunau, Var) sont à peine de la taille du chien; elle avait le mastodonte à dents étroites, et celui-ci en nombre prodigieux : « Ce sont ces os qui ont « donné lieu à tout ce qu’on rapporte des géants qui doivent avoir existé « autrefois au Pérou... C’est probablement sur une tradition semblable que « l’un des lieux où l’on trouve le plus de ces os, près de Santa-Fé de Bogota, « est nommé le Camp-des-Géants. M. de Humboldt dit qu'il y en a un « amas immense. » (Cuvier, Rech. sur les oss. foss.)

dans les terres du Nord, et peut-être la différence du temps est-elle de plus de quatre ou cinq mille ans : nous avons exposé une partie des faits et des raisons qui doivent faire penser que le nouveau monde, surtout dans ses parties méridionales, est une terre plus récemment peuplée que celle de notre continent ; que la nature, bien loin d'y être dégénérée par vétusté, y est au contraire née tard et n°y a jamais existé avec les mêmes forces, là même puissance active que dans les contrées septentrionales; car on ne peut douter, après ce qui vient d’être dit, que les grandes et premières formations des êtres animés ne se soient faites dans les terres élevées du Nord, d’où elles ont successivement passé dans les contrées du Midi sous la même forme et sans avoir rien perdu que sur les dimensions de leur grandeur; nos éléphants et nos hippopotames, qui nous paraissent si gros, ont eu des ancêtres plus grands dans les temps qu'ils habitaient les terres septentrionales où ils ont laissé leurs dépouilles ; les cétacés d'aujourd'hui sont aussi moins gros qu'ils ne l’étaient anciennement, mais c'est peut-être par une autre raison.

Les baleines, les gibbars, molars, cachalots, narwals et autres grands cétacés, appartiennent aux mers septentrionales, tandis que l’on ne trouve dans les mers tempérées et méridionales que les lamantins, les dugons, les marsoins, qui tous sont inférieurs aux premiers en grandeur. Il semble donc, au premier coup d'œil, que la nature ait opéré d’une manière contraire et par une succession inverse, puisque tous les plus grands animaux terrestres se trouvent actuellement dans les contrées du Midi, tandis que tous les plus grands animaux marins n'habitent que les régions de notre pôle. Et pourquoi ces grandes et

presque monstrueuses espèces paraissent-elles confinées LL sil

dans ces mers froides? Pourquoi n’ont-elles pas gagné successivement, comme les éléphants, les régions les plus chaudes ? En un mot, pourquoi ne se trouvent-elles, ni dans les mers tempérées, ni dans celles du Midi? car à l'exception de quelques cachalots qui viennent assez souvent autour des Açores et quelquefois échouer sur nos côtes, et dont l'espèce paraît la plus vagabonde de ces grands cétacés, toutes les autres sont demeurées et ont encore leur séjour constant dans les mers boréales des deux continents. On a bien remarqué, depuis qu'on a commencé la pêche, ou plutôt la chasse de ces grands animaux, qu'ils se sont retirés des endroits où l’homme allait les inquiéter. On a de plus observé que ces premières baleines, c'est-à-dire celles que l'on pêchait il y a cent cinquante et deux cents ans, étaient beaucoup plus grosses que celles d'aujourd'hui : elles avaient jusqu'à cent pieds de longueur, tandis que les plus grandes que l’on prend actuellement n’en ont que soixante ; on pourrait même expliquer d'une manière assez satisfaisante les raisons de cette différencé de grandeur. Car les baleines, ainsi que tous les autres cétacés, et même la plupart des poissons, vivent sans comparaison bien plus longtemps qu'aucun des animaux terrestres; et dès lors leur entier accroissement demande aussi un temps beaucoup plus long. Or quand on a commencé la pêche des balemes, il y a cent cinquante ou deux cents ans, on a trouvé les plus àgées et celles qui avaient pris leur entier accroissement; on les à poursuivies, chassées de préférence, enfin on les a détruites, et il ne reste aujourd’hui dans les mers fréquentées par nos pêcheurs que celles qui n’ont pas encore atteint toutes leurs dimensions; car, comme nous Favons dit ailleurs, une baleine peut bien vivre

mille ans, puisqu’une carpe en vit plus de deux cents.

La permanence du séjour de ces grands animaux dans les mers boréales semble fournir une nouvelle preuve de la continuité des continents vers les régions de notre Nord, et nous indiquer que cet état de continuité a subsisté longtemps; car si ces animaux marins, que nous supposerons pour un moment nés en même temps que les él6phants, eussent trouvé la route ouverte, ils auraient gagné les mers du Midi, pour peu que le refroidissement des eaux leur eût été contraire: et cela serait arrivé, s'ils eussent pris naissance dans le temps que la mer était encore chaude. On doit donc présumer que leur existence est postérieure à celle des éléphants et des autres animaux qui ne peuvent subsister que dans les climats du Midi. Cependant il se pourrait aussi que la différence de température fût pour ainsi dire indifférente ou beaucoup moins sensible aux animaux aquatiques qu'aux animaux terrestres. Le froid et le chaud sur la surface de la terre et de la mer suivent à la vérité l’ordre des climats, et la chaleur de l’intérieur du globe est la même dans le sein de la mer et dans celui de la terre à la même profondeur : mais les variations de température, qui sont si grandes à la surface de la terre, sont beaucoup moindres et presque nulles à quelques toises de profondeur sous les eaux. Les injures de l'air ne s’y font pas sentir, et ces grands cétacés ne les éprouvent pas ou du moins peuvent s’en garantir : d’ailleurs, par la nature même de leur organisation, ils paraissent plutôt munis contre le froid que contre la grande chaleur; car, quoique leur sang soit à peu près aussi chaud, que celui des animaux quadrupèdes, l'énorme quantité de lard et d’huile qui recouvre leur corps, en les privant du sentiment vif qu'ont les autres animaux, les défend

en même temps de toutes les impressions extérieures, et il est à présumer qu'ils restent où ils sont, parce qu'ils n’ont pas même le sentiment qui pourrait les conduire vers une température plus douce, ni l’idée de se trouver mieux ailleurs; car il faut de l'instinct pour se mettre à son aise, il en faut pour se déterminer à changer de demeure, et il y a des animaux et même des hommes si brutes, qu'ils préfèrent de languir dans leur ingrate terre natale, à la peine qu'il faudrait prendre pour se giter plus commodément ailleurs ; il est donc très-probable que ces cachalots, que nous voyons de temps en temps arriver des mers septentrionales sur nos côtes, ne se décident pas à faire ces voyages pour jouir d’une température plus douce, mais qu'ils ÿ sont déterminés par les colonnes de harengs, de maquereaux et d’autres petits poissons qu'ils suivent et avalent par milliers.

Toutes ces considérations nous font présumer que les régions de notre Nord, soit de la mer, soit de la terre, ont non-seulement été les premières fécondées, mais que c'est encore dans ces mêmes régions que la nature vivante s’est élevée à ses plus grandes dimensions. Et comment expliquer cette supériorité de force et cette priorité de formation donnée à cette région du Nord exclusivement à toutes les autres parties de la terre ? car nous voyons, par l'exemple de l'Amérique méridionale, dans les terres de laquelle il ne se trouve que de petits animaux, et dans les mers le seul lamantin, qui est aussi petit en comparaison de la baleine que le tapir l’est en comparaison de l'éléphant ; nous voyons, dis-je, par cet exemple frappant, que la nature n’a jamais produit dans les terres du Midi des animaux comparables en grandeur aux animaux du Nord; et nous voyons de même, par un second exemple

tiré des monuments, que dans les terres méridionales de notre continent les plus grands animaux sont ceux qui sont venus du Nord, et que s’il s’en est produit dans ces terres de notre Midi, ce ne sont que des espèces très-inférieures aux premières en grandeur et en force. On doit même croire qu'il ne s’en est produit aucune dans les terres méridionales de l’ancien continent, quoiqu'il s’en soit formé dans celles du nouveau, et voici les motifs de cette présomption.

Toute production, toute génération, et même tout accroissement, tout développement, supposent le concours et la réunion d’une grande quantité de molécules organiques vivantes : ces molécules, qui animent tous les corps organisés , sont successivement employées à la nutrition et à la génération de tous les êtres. Si tout à coup la plus grande partie de ces êtres était supprimée, on verrait paraître des espèces nouvelles, parce que ces molécules organiques, qui sont indestructibles et toujours actives, se réuniraient pour composer d’autres corps organisés ; mais étant entièrement absorbées par les moules intérieurs des êtres actuellement existants, il ne peut se former d'espèces nouvelles, du moins dans les premières classes de la nature, telles que celles des grands animaux. Or ces grands animaux sont arrivés du Nord sur les terres du Midi; ils s’y sont nourris, reproduits, multipliés, et ont par conséquent absorbé les molécules vivantes: en sorte qu'ils n’en ont point laissé de superflues qui auraient pu former des espèces nouvelles, tandis qu’au contraire dans les terres de l'Amérique méridionale, où les grands animaux du Nord n’ont pu pénétrer, les molécules organiques vivantes ne se trouvant absorbées par aucun moule animal déjà subsistant, elles se seront réunies pour former des

espèces qui ne ressemblent point aux autres, et qui toutes sont inférieures, tant par la force que par la grandeur, à celles des animaux venus du Nord t.

Ces deux formations, quoique d'un temps diflérent, se sont faites de la même manière et par les mêmes moyens; et si les premières sont supérieures à tous égards aux dernières, c'est que la fécondité de la terre, c’est-à-dire la quantité de la matière organique vivante, était moins abondante dans ces climats méridionaux que dans celui du Nord. On peut en donner la raison, sans la chercher ailleurs que dans notre hypothèse; car toutes les parties aqueuses, huileuses et ductiles, qui devaient entrer dans la composition des êtres organisés, sont tombées avec les eaux sur les parties septentrionales du globe, bien plus tôt et en bien plus grande quantité que sur les parties méridionales : c’est dans ces matières aqueuses et ductiles que les molécules organiques vivantes ont commencé à exercer leur puissance pour modeler et développer les corps organisés; et comme les molécules organiques ne sont produites que par la chaleur sur les matières ducüiles, elles étaient aussi plus abondantes dans les terres du

1... Laissons l'explication puérile des molécules organiques, qui, étant entièrement absorbées par les moules intérieurs des grands animaux de l’ancien continent, n’ont pu former d'espèces nouvelles, et qui, ne se trouvant absorbées , dans l'Amérique méridionale, par aucun moule animal déjà subsistant, se sont réunies pour former des espèces qui ne ressemblent point aux autres. — En fait, le nouveau continent a eu sa faune antique et perdue, tout comme l’ancien , et la même que l’ancien : des éléphants , des mastodontes, etc. D'un autre côté, les deux continents sont aussi anciens l’un que l’autre, sont de mème date, c’est la mème révolution qui les a soulevés et mis à sec. Enfin, au moment où la vie a repris sur le globe, les molécules organiques n’ont pas pu être absorbées par les grands animaux de l’ancien continent plus que par ceux du nouveau; car toutes les espèces antiques avaient été détruites, détruites en même temps, et sont depuis lors perdues. (F.)

Nord qu'elles n'ont pu l’être dans les terres du Midi, où ces mêmes matières étaient en moindre quantité. Il n’est pas étonnant que les premières, les plus fortes et les plus grandes productions de la nature vivante se soient faites dans ces mêmes terres du Nord, tandis que dans celles de l'équateur, et particulièrement dans celles de l’Amérique méridionale, où la quantité de ces mêmes matières ductiles était bien moindre, il ne s’est formé que des espèces inférieures plus petites et plus faibles que celles des terres du Nord.

Mais revenons à l’objet principal de notre époque : dans ce même temps où les éléphants habitaient nos terres septentrionales, les arbres et les plantes qui couvrent actuellement nos contrées méridionales existaient aussi dans ces mêmes terres du Nord. Les monuments semblent le démontrer; car toutes les impressions bien avérées des plantes qu'on a trouvées dans nos ardoises et nos charbons présentent la figure de plantes qui n'existent actuellement que dans les Grandes Indes ou dans les autres parties du Midi'. On pourra m'objecter, malgré la certitude du fait par l'évidence de ces preuves, que les arbres et les plantes n’ont pu voyager comme les animaux, ni par conséquent se transporter du Nord au Midi. A cela je réponds : 1° que ce transport ne s’est pas fait tout à coup, mais successivement ; les espèces de végétaux se sont semées de proche en proche dans les terres dont la température leur devenait convenable; et ensuite ces mêmes espèces, après avoir gagné jusqu'aux contrées de l'équa-

1. Il en est des végétaux comme des animaux. Les végétaux fossiles sont des végétaux perdus; et le progrès de l'extinction s'est fait de la même manière dans les deux règnes : il n’y a d’abord de perdu que certaines espèces,

appartenant à des genres encore subsistants; puis les genres, des genres entiers, disparaissent; et puis les familles. (F.)

teur, auront péri dans celles du Nord, dont elles ne pouvaient plus supporter le froid; 2° ce transport, ou plutôt ces accrues successives de bois, ne sont pas même nécessaires pour rendre raison de l'existence de ces végétaux dans les pays méridionaux ; car en général la même température, c’est-à-dire le même degré de chaleur, produit partout les mêmes plantes sans qu’elles y aient été transportées. La population des terres méridionales par les végétaux est donc encore plus simple que par les animaux.

Il reste celle de l’homme : a-t-elle été contemporaine à celle des animaux? Des motifs majeurs et des raisons très-solides se joignent ici pour prouver qu'elle s’est faite postérieurement à toutes nos époques, et que l'homme est en effet le grand et dernier œuvre de la création‘. On ne manquera pas de nous dire que l’analogie semble démontrer que l'espèce humaine a suivi la même marche et qu'elle date du même temps que les autres espèces; qu'elle s’est même plus universellement répandue, et que si l’époque de sa création est postérieure à celle des animaux, rien ne prouve que l’homme n'ait pas au moins subi les mêmes lois de la nature, les mêmes altérations,

4. « Tout porte à croire que l’espèce humaine n'existait point dans les « pays où se trouvent les os fossiles, à l’époque des révolutions qui ont enfoui ces os; mais je n’en veux pas conclure que l’homme n'existait point du tout avant cette époque. Il pouvait habiter quelques contrées peu étendues, d’où il a repeuplé la terre après ces événements terribles; peutêtre aussi les lieux où il se tenait ont-ils été entièrement abimés et ses 0s ensevelis au fond des mers actuelles, à l’exception du petit nombre d'individus qui ont continué son espèce. Quoi qu'il en soit, l'établissement de l’homme dans les pays où nous avons dit que se trouvent les fossiles d’animaux terrestres, c’est-à-dire dans la plus grande partie de l’Europe, de l'Asie et de l'Amérique , est nécessairement postérieur non -seulement aux révolutions qui ont enfoui ces os, mais encore à celles qui ont remis à découvert les couches qui les enveloppent, et qui sont les dernières que le « globe ait subies. » (Cuvier, Disc. sur les révol. de la surf. du globe.)

les mêmes changements. Nous conviendrons que l'espèce humaine ne diffère pas essentiellement des autres espèces par ses facultés corporelles, et qu'à cet égard son sort eût été le même à peu près que celui des autres espèces : mais pouvons-nous douter que nous ne différions prodigieusement des animaux par le rayon divin qu'il a plu au souverain Être de nous départir ; ne voyons-nous pas que dans l'homme la matière est conduite par l'esprit : il a donc pu modifier les effets de la nature; il a trouvé le moyen de résister aux intempéries des climats; il a créé de la chaleur lorsque le froid l’a détruite : la découverte et les usages de l'élément du feu, dus à sa seule intelligence, l'ont rendu plus fort et plus robuste qu'aucun des animaux, et l'ont mis en état de braver les tristes effets du refroidissement. D’autres arts, c’est-à-dire d’autres traits de son intelligence, lui ont fourni des vêtements, des armes, et bientôt il s’est trouvé le maître du domaine de la terre : ces mêmes arts lui ont donné les moyens d’en parcourir toute la surface et de s’habituer partout, parce qu'avec plus ou moins de précautions tous les climats lui sont devenus pour ainsi dire égaux. Il n’est donc pas étonnant que, quoiqu'il n'existe aucun des animaux du Midi de notre continent dans l’autre, l’homme seul, c'est-àdire son espèce, se trouve également dans cette terre isolée de l'Amérique méridionale, qui paraît n'avoir eu aucune part aux premières formations des animaux, et aussi dans toutes les parties froides ou chaudes de la surface de la terre: car quelque part et quelque loin que l’on ait pénétré depuis la perfection de l’art de la navigation, l'homme a trouvé partout des hommes : les terres les plus disgraciées , les iles les plus isolées, les plus éloignées des continents, se sont presque toutes trouvées

peuplées ; et l’on ne peut pas dire que ces hommes, tels que ceux des îles Marianes ou ceux d'Otahiti et des autres petites îles situées dans le milieu des mers à de si grandes distances de toutes terres habitées, ne soient néanmoins des hommes de notre espèce, puisqu'ils peuvent produire avec nous, et que les petites différences qu'on remarque dans leur nature ne sont que de légères variétés causées par l'influence du climat et de la nourriture.

Néanmoins, si l’on considère que l’homme, qui peut se munir aisément contre le froid, ne peut au contraire se défendre par aucun moyen contre la chaleur trop grande; que même il souffre beaucoup dans les climats que les animaux du Midi cherchent de préférence, on aura une raison de plus pour croire que la création de l’homme a été postérieure à celle de ces grands animaux. Le souverain Être n’a pas répandu le souflle de vie dans le même instant sur toute la surface de la terre; 1l a commencé par féconder les mers et ensuite les terres les plus élevées, et il a voulu donner tout le temps nécessaire à la terre pour se consolider, se figurer, se refroidir, se découvrir, se sécher et arriver enfin à l’état de repos et de tranquillité où l'homme pouvait être le témoin intelligent, l’admirateur paisible du grand spectacle de la nature et des merveilles de la création. Ainsi, nous sommes persuadés, indépendamment de l'autorité des livres sacrés, que l’homme a été créé le dernier, et qu’il n’est venu prendre le sceptre de la terre que quand elle s’est trouvée digne de son empire. Il paraît néanmoins que son premier séjour a d'abord été, comme celui des animaux terrestres, dans les hautes terres de l'Asie; que c’est dans ces mêmes terres où sont nés les arts de première nécessité, et bien tôt après les sciences, également nécessaires à exercice

de la puissance de l'homme, et sans lesquelles il n'aurait pu former de société, ni compter sa vie, ni commander aux animaux, ni se servir autrement des végétaux que pour les brouter. Mais nous nous réservons d'exposer dans notre dernière époque les principaux faits qui ont rapport à l'histoire des premiers hommes.

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