I JOAN
* Cette apostrophe est vive et belle; mais tout ce loug morceau est abçolument du genre des sermons. (V.)
tude^ à cause des fuaestes dispositions' qu'ils mettent dans les consciences? C'est ce qu'enseignent d'un çom.- .mun accord tous les saints docteurs^ après saint Augustin et saint Grégoire. Saii^tu que les péchés qui seraien.t véniels par leur objet peuvent devenir m.ortels par l'excès de l'attachement? Les plaisirs innocents le deviennent bien , selon la doctrine des saints ; et seuls ils ont pu da^mner le mauvais riche , pour avoir été trop goûtés. Mais qui sait le degré qu'il faut pour leur inspirer ce poison mortel ? et n'est-ce pas une des raisons qui fait que David s'écrie :. Deliciaquis intelligil ' ? a Qui peut connaître ses péchés? » Que je hais donc ta vaine science et ta mauvaise subtilité , âme téméraire , qui prononces si hardiment : Ce péché que je commets sans crainte est véniel! L'âme vraiment pure n'e&t pas si savante, La reine sait en général qu'il y a des péchés véniels , caria foi l'enseigne; mais Ja foi ne lui enseigne pas que les siens le soient. Deux choses vous vont faire voir l'éminent degré de sa vertu. Nous le savons, chrétiens, et nous ne donnons point de fausses louanges devant ces autels : elle a dit souvent, dans cette bienheureuse simplicité qui lui était commune avec tous les saints , qu'elle ne comprenait pas comment on pouvait commettre volontairement un seul péché, pour petit qu'il fût. Elle ne disait donc pas. Il est véniel : eUe disait , Il est péché; et son cœur innocent se soulevait. Mais conmie il échappe toujours quelque péché à la fragilité humaine , elle ne disait pas. Il est léger : encore une fois , Il est péché , d isait-elle. Alors, pénétrée des siens, s'il arrivait quelque malheur à sa personne, à sa famille , à l'État , elle s'en accusait seule. Mais quels malheurs, direz-vous, dans cette grandeur et dans un si long cours de prospérités?
' Var. Première édition ; ot par les funestes dispositions, etc.
* Ps. XVIII, lo.
DE MARIË-TUÉRÈSE d'aUTRICUE. 153
Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre? ou qu'un royaume est un remède universel à tous les maux^ un baume qui les adoucit^ un charme qui les enchante? au lieu que par un conseil de la Providence divine, qui sait donner aux conditions les plus élevées leur contrepoids , cette grandeur que nous admirons de loin comme quelque chose au-dessus deFhomme touche moins quand on y est né y ou se confond elle-même dans son abondance ; et qu'il se forme au contraire parmi les grandeurs une nouvelle sensibilité pour les déplaisirs , dont le coup est d'autant plus rude qu'on est moins préparé à le soutenir.
Il est vrai que les hommes aperçoivent moins cette malheureuse déUcatesse dans les âmes vertueuses. On les croit insensibles^ parce que non-seulement elles savent taire, mais encore sacrifier leurs peines secrètes. Mais le Père céleste se plaît à les regarder dans ce secret ; et comme il sait leur préparer leur croix, il y mesure aussi leur récompense. Croyez-vous que la reine pût être en repos dans ces fameuses campagnes qui nous apportaient coup sur coup tant de surprenantes nouvelles? Non, messieurs : elle était toujours tremblante, parce qu'elle voyait toujours cette précieuse vie, dont la sienne dépendait, trop facilement hasardée. Vous avez vu ses terreurs : vous parlerai-je de ses pertes , et de la mort de ses chers enfants? Ils lui ont tous déchiré le cœur. Représentons-nous ce jeune prince * que les Grâces semblaient elles-mêmes avoir formé de leurs mains : pardonnez-moi cesexpressi0n3.Il me semble, que je vois encore tomber cette fleur. Alors , triste messager ' d'un
' I^ duc d*Anjou , second fils de la reine, mort en 1671 , âgé de trois ans.
' En 1672 , Bussuet, alors précepteur du Dauphin , avait été chargé
15&> ORAISON FUxXëBRE
événement si funeste, je fus aussi le témoin, en voyant le roi et la reine, d'un côté de la douleur la plus pénétrante^ et de l'autre des plaintes les plus lamentables ; et sous des formes différentes, je vis une affliction sans mesure. Mais je vis aussi des deux côtés la foi également victorieuse ; je vis le sacrifice agréable de Fàme humiliée sous la main de Dieu, et deux victimes royales immoler d'un commun accord leur propre cœur.
Pourrai-je maintenant jeter les yeux sur la terrible menace du ciel irrité, lorsqu'il sembla si longtemps vouloir frapper ce Dauphin même, notre plus chère espérance? Pardonnez-moi, messieurs, pardonness-moi si je renouvelle vos frayeurs. Il faut bien, et je le puis dire, <jue je me fasse à moi-même cette violence, puisque je ne puis montrer qu'à ce prix la constance de la reine. Nous vîmes alors dans cette princesse, au milieu des alarmes d'unie mère, la foi d'une chrétienne. Nous vîmes un Abraham prêt à immoler Isaac , et quelques traits de Marie quand elle offrit son Jésus. Ne craignons point de le dire, puisqu'un Dieu ne s'est fait homme que pour assembler autour de lui des exemples pour tous les états. La reine, plelue de foi, ne se propose pas un moindre modèle que Marie. Dieu lui rend aussi son fils unique, qu'elle lui offre d'un cœur déchiré, mais soumis, et veut que nous lui devions encore une fois un si grand bien.
On ne se trompe pas, chrétiens, quand on attribue tout à la prière. Dieu , qui l'inspire , ne lui peut rien refuser. «Un roi, dit David*, ne se sauve pas par ses
d'annoncer à Louis XIV et ât la rein^ la mort du jeune duc d'Anjou. Il rappelle cet événement avec un charme d'expression et de sensibilité qui TQtrace les images les plus touchantes de Virgile. (B.)
' iVott salvatur rex per miiltam virtutem ; et gigas non salvabitur in ifiuHHudine virtutis suœ, (ps. xxxii,.16.)