‹ Chefs-d'œuvre oratoires de BossuetChapitre 18 sur 42 · DE MARIE-TUÉRÈSE D AUTRICHE · texte numérisé non relu

DE MARIE-TUÉRÈSE D AUTRICHE

« armées; et le puissant ne se sauve pas par sa valeur. » Ce n'est pas aussi aux sages conseils qu'il faut attribuer les heureux succès, «c II s'élève , dit le Sage * , plusieurs « pensées dans le cœur de Thomme : » reconnaissez l'agitation et les pensées incertaines des conseils humains : « mais , poursuit-il , la volonté du Seigneur de- « meure ferme; » et pendant que les hommes délibèrent , il ne s'exécute que ce qu'il résout, a Le Terrible , « le Tout-Puissant, qui ôte, quand il lui plaît, l'esprit « des princes', » le leur laisse aussi quand il veut, pour les confondre davantage , « et les prendre dans « leurs propres finesses*. Car il n'y a point de prudence, « il n'y a point de sagesse, il n'y a point de conseil conc( tre le Seigneur ^. » Les Machabées étaient vaillants; et néanmoins il est écrit a qu'ils combattaient par leurs €( prières » plus que par leurs armes : Per orationes congressi sunt ^ : assurés, par l'exemple de Holse, que les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent. Quand tout cédait à Louis, et que nous crûmes voir revenir le temps des miracles, où les murailles tombaient au bruit des trompettes, tous les peuples jetaient les yeux sur la reine, et croyaient voir partir de son oratoire la foudre qui accablait tant de villes. Que si Dieu accorde aux prières les prospérités temporelles, combien plus leur accorde-t-il les vrais biens, c'esirà-dire les vertus ! Elles sont le fruil naturel d'une

' Multœ cogitationes in corde viri : voluntas autem Domini permanebit. (Pkov.,xix, 21.)

' Vovete et reddite Domino Deo vestro,.. ierribtli , et et qui attfert spiri^ ium principum. (Ps. lxxv, 12, 13.)

^ Qui apprehendit sapientes in astutia eorum. (Job, v, 13 ; I Cor., III, 19.)

^ Non est sapientiaf non est prudentia, non est consilium contra Dominum. (pROV.,xxi, 30.)

5 HMach., XV, 25.

âme unie à Dieu par Toraison. L^oraison^ qui nous les obtient, ^ous apprend à les pratiquer non-seulement comme nécessaires, mais encore comme reçues « du a Père des lumières, d^où descend sur nous tout don « parfait *. » Et c'est là le comble de la perfection, parce que c'est le fondement de l'humilité. C'est ainsi que Marie-Thérèse attira par la prière toutes les vertus dans son âme. Dès sa première jeunesse elle fut, dans les mouvements d'une cour alors assez turbulente, la consolation et le seul soutien de la vieillesse infirme du roi son père. La reine sa belle-mère , malgré ce nom odieux, trouva en elle non-seulement un respect, mais encore une tendresse que ni le temps ni Téloignement n'ont pu altérer : aussi pleure-t-elle sans mesure, et ne veut point recevoir de consolation. Quel cœur, quel respect , quelle soumission *n'a-t-elle pas eue pour le roi ! toujours vive pour ce grand prince, toujours jalouse de sa gloire, uniquement attachée aux intérêts de son État, infatigable dans les voyages , et heureuse pourvu qu'elle fût en sa compagnie ; femme enfin où saint Paul aurait vu rÉglise occupée de Jésus-Christ ' , et unie à ses volontés par une étemelle' complaisance. Si nous osions demander au grand prince qui lui rend ici avec tant de piété les derniers devoirs quelle mère il a perdue, il nous répondrait par ses sanglots; et je vous dirai en son nom ce que j'ai vu avec joie, ce que je répète avec admiration, que les tendresses inexplicables de Marie- Thérèse tendaient toutes à lui inspirer la foi , la piété , la crainte de Dieu , un attachement inviolable pour le roi, des entrailles de miséricorde pour les malheureux ,

' Omne datum optimum, et omne donum perfectum desursiim est , deS" cendens a Paire luminum. (Jac, i, 17. ) ' Ephes., V, 24.

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une immuable persévérance dans tous ses devoirs , et tout ce que nous louons dans la conduite de ce prince. Parlerai-je des bontés de la reine tant de fois éprouvées par ses domestiques, et ferai-je retentir encore devant ces autels les cris de sa maison désolée? Et vous, pauvres de Jésus-Christ, pour qui seuls elle ne pouvait endurer qu'on lui dit que ses trésors étaient épuisés ; vous premièrement, pauvres volontaires, victimes de Jésus- Christ, religieux, vierges sacrées, âmes pures dont le monde n'était pas digne; et vous, pauvres, quelque nom que vous portiez, pauvres connus, pauvres honteux, malades, impotents, estropiés, « restes d'hommes, » pour parler avec saint Grégoire de Nazianze * , car la reine respectait en vous tous les caractères de la croix de Jésus-Christ; vous donc qu'elle assistait avec tant de joie, qu'elle visitait avec de si saints empressements, qu'elle servait avec tant de foi, heureuse de se dépouiller d'une majesté empruntée et d'adorer dans votre bassesse la glorieuse pauvreté de Jésus-Christ, quel admirable panégyrique prononceriez-vous par vos gémissements à la gloire de cette princesse , s'il m'était permis de vous introduire dans cette auguste assemblée? Recevez, père Abraham, dans votre sein cette héritière de votre foi, comme vous servante des pauvres, et digne de trouver en eux, non plus des anges, mais Jésus- Christ même. Que dirai-je davantage? Écoutez tout en un mot : fille, femme, mère, mal tresse, reine telle que nos vœux l'auraient pu faire , plus que tout cela , chrétienne, elle accomplit tous ses devoirs sans présomption, et fut humble non-seulement parmi toutes les grandeurs, mais encore parmi toutes les vertffs.

J'expliquerai en peu de mots les deux autres noms

* Veierum homimim miserœ reliquiœ, (Orat. xvi; tom. I, p. 244.) Il

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que nous voyons écrits sur la colonne mystérieuse de l'Apocalypse, et dans le cœur de la reine» Par le (c nom a de la sainte cité de Dieu, la nouvelle Jérusalem *, » vous voyez bien, messieurs, qu'il faut entendre le nom de rÉglise catholique, cité sainte dont toutes « les pierres a sont vivantes ^ , » dont Jésus^Christ est le fondement , qui « descend du ciel» avec lui, parce qu'elle y est renfermée comme dans le chef dont tous les membres reçoivent leur vie; cité qui se répand par toute la terre, et s'élève jusqu'aux cieux pour y placer ses citoyens. Au seul nom de l'Église, toute la foi de la reine se réveillait. Mais une vraie fille de l'Église , non contente d'en embrasser la sainte doctrine, en aime les observances, où elle fait consister la principale partie des pratiques extérieures de la piété.

L'Église , inspirée de Dieu et instruite par les saints apôtres, a tellement disposé Tannée, qu'on y trouve avec la vie , avec les mystères, avec la prédication et la doctrine de Jésus-Christ, le vrai fruit de toutes ces choses dans les admirables vertus de ses iserviteurs et dans les exemples de ses saints ; et enfin un mystérieux abrégé de l'Ancien et du Nouveau Testament , et de toute l'histoire ecclésiastique. Par là toutes les saisons sont fructueuses pour les chrétiens; tout y est plein de Jésus- Christ, qui est toujours «admirable, » selon le prophète*, et non-seulement en lui*même, mais encore' <( dans ses saints *. » Dans cette variété, qui aboutit toute à l'unité sainte tant recommandée par Jésus-Christ*^)

> Qui vtcerit... scribum super eum nomen... civitatis Dei mei ^novœ Jérusalem^ quœ descendit dt ctelo a Deo meo. (Apoc, cap. m, 12.)

2 ÀdqueM {Christum) accedentes lapidem viotim,... etipsi tanquam iapides vivi superœdifieainini » domus spiritualis, (I Petr., ii> 4, &v)

' Vocahitur nomen ejus, Admirabilis. (Is.y ix, 6.)

* Mirabilis in sanctis suis. ( Ps. Lxvii, 36. )

* Porrounumest necessarïum,(Lxjc,, x, 42.)

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Tâme innocente et pieuse trouve avec des plaisirs célestes une solide nourriture et un perpétuel renouvellement de sa ferveur. Les jeûnes y sont mêlés dans les temps convenables, afin que Fàme^ toujours sujette aux tentations et au péché , s'afCermisse et se purifie par la pénitence. Toutes ces pieuses observances avaient dans la reine l'effet bienheureux que FÉglise même demande : elle se renouvelait dans toutes les fêtes, elle se sacrifiait dans tous les jeûnes et dans toutes les abstinences. L'Espagne sur ce sujet a des coutumes que la France ne suit pas; mais la reine se rangea bientôt à Tobéissance : l'habitude ne put rien contre la règle; et l'extrême exactitude de cette princesse marquait la délicatesse de sa conscience. Quel autre a mieux profité de cette parole : « Qui vous écoute m'écoute*? » Jésus-Christ nous y enseigne cette excellente pratique de marcher dans les voies de Dieu sous la conduite particulière de ses serviteurs qui exercent son autorité dans son Église. Les confesseurs de la reine pouvaient tout sur elle dans l'exercice de leur ministère, et il n'y avait aucune vertu où elle ne pût être élevée par son obéissance. Quel respect n'avait-elle pas pour le souverain pontife, vicaire de Jésus-Christ, et pour tout l'ordre ecclésiastique ! Qui j • ? pourrait dire combien de larmes lui ont coûté ces divisions toujours trop longues, et dont on ne peut demander la fin avec trop de gémissements? Le nom même et l'ombre de division faisait horreur à la reine, comme à toute âme pieuse. Mais qu'on ne s'y trompe pas ; le saint-siége ne peut jamais oublier la France, ni la France manquer au saint-siége* . Et ceux qui, pour leurs

' Qui vos audit me audit. (Luc, x, 16.)

' On pourrait être surpris de voir Bossuet ramener, dans TOraison funèbre d*une princesse étrangère aux affaires publiques, les querelles

IGO ORAISON FUNÈBRE

intérêts particuliers, couverts, selon les maximes de leur politique, du prétexte de piété, semblent vouloir irriter le saint-siége contre un royaume qui en a toujours été le principal soutien sur la terre, doivent penser qu'une chaire si éminente, à qui Jésus-Christ a tant donné , ne veut pas être flattée par les hommes , mais honorée selon la règle avec une soumission profonde; qu'elle est faite pour attirer tout Tunivers à son unité , et y rappeler à la fin tous les hérétiques ; et que ce qui est excessif, loin d'être le plus attirant, n'est pas même le plus solide ni le plus durable.

Avec le saint nom de Dieu , et avec le nom de la cité sainte, la nouvelle Jérusalem, je vois, messieurs, dans le cœur de notre pieuse reine le nom nouveau du Sauveur. Quel est. Seigneur, votre nom nouveau, sinon celui que vous expliquez, quand vous dites : c( Je suis a le pain de vie ; » et , « Ma chair est vraiment viande * ; » et, « Prenez, mangez, ceci est mon corps'? » Ce nom nouveau du Sauveur est celui de TEucharistie, nom composé de bien et de grâce; qui nous montre dans cet adorable sacrement une source de miséricorde, un miracle d'amour , un mémorial et un abrégé de toutes les grâces, et le Verbe même tout changé en grâce et en douceur pour ses fidèles. Tout est nouveau dans ce mystère : c'est le « Nouveau Testament" » de notre Sauveur, et on com-

qui existaient alors entre la cour de France et celle de Rome : mais il faut se rappeler qu*à cette époque Von était à Rome au plus haut degré d'irritation contre la France , et que tout faisait craindre qu*Innocent XI no s'abandonnât à quelque mesure inconsidérée» On croyait qu'il était prudent et utile de prémunir l'opinion publique contre l'impression que pouvait faire la conduite du pape. (C. )

' Ego sumpanis vitœ... Caro mea vere est cibus. (Joan., vi, 48, 56.) ' Accipiie, et comedite : hoc est corpus meum, (Matth., xxvi, 26.) ^ Hic est sanguis meus iVori Testamenti. 'Matth., xxvi, 28.)

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mence à y boire ce a vId nouveau ^ » dont la céleste Jérusalem est tl*ansportée. Mais pour le boire daiis ce lieu de tentation et de péché , il s'y £aut préparer par la pénitence. La i^ine fréquentait ces deux sacrements avéo une ferveur toujours nouvelle. Cette humble princesse se sentait dans son état naturel^ quand elle était comme pécheresse aux pieds d'un prêtre , y attendant la miséricorde et la sentence de Jésus-Christ. Mais l'Eucharistie était son amoui* ; toujours affamée de cette viande céleste, et toujours tremblante en la recevant > quoiqu'elle ne pût assez communier pour son désir ^ elle ne cessait de se plaitidi*e humblement et modestement des communions fréquentes qu'on lui ordonnait. Mais qui eût pu refuser l'Eucharistie à l'innocence > et Jésus-Christ à une foi si vive et si pute? La règle que donne saint Au- ^stin est de modérer l'usage de la communion quand elle tourne en dégoût. Ici on voyait toujours une ardeur nouvelle, et cette excellente pratique de chercher dans la communion la meilleure préparation^ comme la plus parfaite action de grâces pour la communion même. Par ces admirables pratiques y cette princesse est venue à sa dernière heure sans qu'elle eût besoin d'apporter à ce terrible passage une autre préparation que celle de sa sainte vie; et les hommes, toujours hardis à juger les autres , sans épargner les souverains , car on n'épargne que soi-même dans ses jugements ; les hommes , dis-je, de tous les états , et autant les gens de bien que les autres^ ont vu la reine emportée avec une telle > précipitation dans la vigueur de son âge , sans être en inquiétude pour son salut. Apprenez donc, chrétiens , et vous principalement qui ne pouvez vous accoutumer à la pensée

* Tian bxbam amodo de hoc genimine viiis , usqite in diem illum y cum xîlud biham tobiscum novum in regno Patris mci (Ibid.) 29.)

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de la mort, en attendant que vous méprisiez celle que Jésus-Christ a vaincue y ou même que vous aimiez celle qui met fin à nos péchés , et nous introduit à la vraie vie^ apprenez à la désarmer d'une autre sorte ^ et embrassez la belle pratique ^ où^ sans se mettre en peine d'attaquer la mort^ on n'a besoin que de s'appliquer à sanctifier sa vie.

La France a vu de nos jours deux reines plus unies encore par la piété que par le sang^ dont la mort également précieuse devant Dieu^ quoique avec des circonstances différentes^ a été d'une singulière édification à toute rÉglise. Vous entendez bien que je veux parler d'ÀNNE d'Autriche et de sa chère nièce , ou plutôt de sa chère fille Marie-Thérèse. Anne dans un âge déjà avancé^ etHARiE-TnÉRÉSE dans sa vigueur; mais toutes deux d'une si heureuse constitution y qu'elle semblait nous promettre le bonheur de les posséder un siècle entier ^ nous sont enlevées contre notre attente^ l'une par une longue maladie , et l'autre par un coup imprévu. Anne, avertie de loin par un mal aussi cruel qu'irrémédiable, vit avancer la mort à pas lents, et sous la figure qui lui avait toujours paru la plus affreuse : Marie-Thérèse , aussitôt emportée que frappée par la maladie , se trouve toute vive et tout entière entre les bras de la mort sans presque l'avoir envisagée. A ce fatal avertissement, Anne, pleine de foi, ramasse toutes kis forces qu'un long exercice de la pieté lui avait acquises , et regarde sans se troubler toutes les approches de la mort. Humiliée sous la main de Dieu , elle lui rend grâces de l'avoir ainsi avertie ; elle multiplie ses aumônes toujours abondantes; elle redouble ses dévotions toujours assidues; elle apporte de nouveaux soins à l'examen de sa conscience toujours rigoureux. Avec quel renouvellement de foi et d'ardeur lui vîmes-

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nous recevoir le saint Viatique ! Dans de semblables actions^ il ne fallut à Marie-Thérèse que sa ferveur ordinaire : sans avoir besoin de la mort pour exciter sa piété , sa piété s'excitait toujours assez elle-même , et prenait dans sa propre force un continuel accroissement. Que dirons-nous , chrétiens , de ces deux reines ? Par l'une Dieu nous apprit comment il faut profiter du temps, et l'autre nous a fait voir que la vie vraiment chrétienne n'en a pas besoin. En effet, chrétiens , qu'attendons-nous? Il n'est pas digne d'un chrétien de ne s'évertuer contre la mort qu'au moment qu'elle se présente pour l'enlever. Un chrétien toujours attentif à combattre ses passions « meurt tous les jours » avec l'Apôtre* : Quotidie morior. Un chrétien n'est jamais vivant sur la terre, parce qu'il y est toujours mortifié , et que la mortification est un essai, un apprentissage, commencement de la mort. Vivons-nous, chrétiens, vivons-nous? Cet âge que nous comptons, et où tout ce que nous comptons n'est plus à nous, est-ce une vie? et pouvons-nous n'apercevoir pas ce que nous perdons sans cesse avec les années ? Le repos et la nourriture ne j îSont-ils pas de faibles remèdes de la continuelle maladie qui nous travaille? et celle que nous appelons la dernière , qu'est-ce autre chose , à le bien entendre , qu'un redoublement , et comme le dernier accès du mal que nous apportons au monde en naissant? Quelle santé nous couvrait la mort que la reine portait dans le sein ! De combien près la menace a-t-elle été suivie du coup ? et où en était cette grande reine, avec toute la majesté qui l'environnait , si elle eût été moins préparée ? Tout d'un coup on voit arriver le moment fatal , où la terre n a plus rien pour elle que des pleurs. Que peuvent tant

L Cor., XV, 31.

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de fidèles domestiques empressés autour de son lit ? Le roi même, que pouvait-il, lui, messieurs, lui qui succombait à la douleur avec toute sa puissance et tout- son courage? Tout ce qui environne ce prince l'accable. Monsieur , Madame , venaient partager ses déplaisirs,, et les augmentaient par les leurs. Et vous. Monseigneur.^ que pouviez-vous que de lui percer le. cœur par vos sanglots? Il Tavait assez percé par le tendre ressouvenir d'un amour qu'il trouvait toujours également vif. après vingtrtrois ans écoulés. On en gémit , on en pleure ; voilà ce que peut la terre pour une reine si chérie : voilà ce que nous avons à lui donner , des pleurs , des cris inutiles. Je me trompe, nous avons encore des prières; nous avons ce saint sacrifice , rafraîchissement de nos peines, expiation de nos ignorances , et des restes de nos péchés. Mais songeons que ce sacrifice d'une valeur infinie, où toute la croix de Jésus est renfermée, cq sacrifice serait inutile à la reine , si elle n'avait mérité , par sa bonne vie , que l'effet en pût passer jusqu'à elle : autrement, dit saint Augustin * , qu'opère un tel sacrifice? Nul soulagement pour les morts, une faible consolation pour les vivants. Ainsi tout le salut vient de cette vie, dont la fuite précipitée nous trompe toujours. «Je viens, dit Jésus-Christ ', comme un voleur.» lia fait selon sa parole; il est venu surprendre la reine dans le temps que nous la croyions la plus saine, dans le temps qu'elle se trouvait la plus heureuse. Mais c'est ainsi qu'il agit : 11 trouve pour nous tant de tentations et une telle malignité dans tous les plaisirs , qu'il vient troubler les plus innocents dans ses élus. Mais il vient, dit-il, « comme un voleur , » toujours surprenant , et impénétrable dans ses démarches. C'cstlui-mème qui s'en glori-

' Serm. r.Lxxii, tom. v, col. 827.

* Veniam ad te tanquam fur. (Apoc., m, 3.)

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