‹ Chefs-d'œuvre oratoires de BossuetChapitre 22 sur 42 · PROV., XIX · texte numérisé non relu

PROV., XIX

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milieu de nous^ qui^ détaché de toute autre cause ^ et ne tenant qu'à lui seul , remplit tous les temps et tous les lieux 9 et porte par toute la terre ^ avec l'impression de sa main , le caractère de son autorité : c'est Jésus- Christ et son Église. Il a mis dans cette Église une autorité seule capable d'abaisser l'orgueil et de relever la simplicité , et qui , également propre aux savants et aux ignorants^ imprime aux uns et aux autres un même respect. C'est contre cette autorité que les libertins se révoltent avec un air de mépris. Hais qu'ont-ils vu ces rares génies? qu'oni-ils vu plus que les autres? Quelle ignorance est la leur I et qu'il serait aisé de les confondre ^ si, faibles et présomptueux, ils ne craignaient d'être instruits? Car pensent-ils avoir mieux vu les difficultés I à cause qu'ils y succombent, et que les autres, qui les ont vues, les ont méprisées? Ils n'ont rien vu ; ils n'entendent rien , ils n'ont pas même de quoi établir le néant, auquel ils espèrent après cette vie; et ce misérable partage ne leur est pas assuré. Ils ne savent s'ils trouveront un Dieu propice ou un Dieu contraire. S'ils le font égal* au vice et à la vertu, quelle idole ! Que s'il ne dédaigne pas déjuger ce qu'il a créé , et encore ce qu'il a créé capable d'un bon et d'un mauvais choix, qui leur dira ou ce qui lui plait, ou ce qui l'offense, ou ce qui l'apaise? Par où ont-ils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier Être soit indifférent, et que toutes les religions qu'on voit sur la terre lui soient égalementbonnes?Parce qu'il j y en a dé fausses , s'ensuit-il qu'il n'y en ait pas une véri- 1 table? ou qu'on ne puisse plus connaître l'ami sincère , j parce qu'on est environné de trompeurs ? Est-ce peut-être * que tous ceux qui errent sont de bonne foi? L'homme ne peut-il pas, selon sa coutume, s'en imposer à lui-

* Ëgat esi ici dans le sens d'indilférenl.

OUAISON FUNEBRE

jnéme? Mais quel supplice ne méritent pas les obstacles qu'il aura mis par ses préventions à des lumières plus pures? où a-t-on pris que la peine et la récompense ne soient que pour les jugements humains^ et qu'il n'y ait pas en Dieu une justice dont celle qui reluit en nous ne soit qu'une étincelle? Que s'il est une telle justice souveraine^ et par conséquent inévitable, divine, et par conséquent infinie, qui nous dira qu'elle n'agisse jamais selon sa nature, et qu'une justice infinie ne s'exerce pas à la fin par un supplice infini et éternel? Où en sont donc les impies? et quelle assurance oni-ils contre U vengeance éternelle dont on les meneice? Au défaut d'un meilleur refuge , iront-ils enfin se plonger dans Tabime de l'athéisme? et mettront-ils leur repos dans une fureur qui ne trouve presque point de place dans les esprits? Qui leur résoudra ces doutes , puisqu'ils veulent les appeler de ce nom? Leur raison, qu'ils prennent pour guide, ne présente à leur esprit que des conjectures et des embarras. Les absurdités où ils tombent en niant la religion deviennent plus insoutenables que les vérités dont la hauteur les étonne; et, pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles, ils suivent Tune après l'autre d'incompréhensibles erreurs. Qu'est-ce donc après tout, messieurs, qu'est-ce que leur malheureuse incrédulité, sinon une erreur sans fin, une témérité qui hasarde tout, un étourdissement volontaire, et en un mot un orgueil qui ne peut souffrir son remède , c'est-à-dire* qui ne peut souffrir une autorité légitime? Ne croyez pas que l'homme ne soit emporté que par l'intempérance des sens. L'intempérance de l'esprit n'est pas moins flatteuse. Comme l'aatre, elle se fait des plaisirs cachés, et s'irrite par la défense. Ce superbe

* Var. Première édition : c'est-à-dire lîne autorité légitime?

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croit s'élever au-dessus de tout et au-dessus de lui-même, quand il s'élève, ce lui semble, au-dessus delà religion, qu'il a si longtemps révérée : il se met au rang des gens désabusés ; il insulte en son cœur aux faibles esprits , qui ne font que suivre les autres sans rien* trouver par eux-mêmes ; et, devenu le seul objet de ses complaisances, il se fait lui-même son Dieu.

C'est dans cet abîme profond que la princesse palatine allait se perdre. Il est vrai qu'elle désirait avec ardeur de connaître la vérités Mais où est la vérité sans la foi, qm lui paraissait impossible , à moins que Dieu rétablit en elle par un miracle? Que lui servait d'avoir conservé la connaissailce de la Divinité ? Les esprits même les plus déréglés n'en rejettent pas l'idée, pour n'avoir point à se reprocher un aveuglement trop visible. Un Dieu ' qu'on fait à sa mode , aussi patient, aussi insensible que nos passions le demandent, n'incommode pas. La liberté qu'on se donne de penser tout ce qu'on veut, fait qu'on croit respirer un air nouveau. On s'imagine jouir de soi-même et de ses désirs ; et dans le droit qu'on pense acquérir de ne se rien refuser, on croit tenir tous les biens, et on les goûte par avance.

En cet état, chrétiens, où la foi même est perdue, c'estrà-dire où le fondement est renversé, que restait-il à notre princesse, que restait-il à une àme qui, par un juste jugement de Dieu, était déchue de toutes les grâces, et ne tenait à Jésus-Christ par aucun lien ? qu'y restait-il, | chrétiens, si ce n'est ce que dit saint Augustin? Il restait la souveraine misère et la souveraine miséricorde : Restabat magna miseria, et magna misericordia^ïl restait ce secret regard d'une Providence miséricordieuse , qui la voulait rappeler des extrémités de la terre; et voici

' Jn Psalm. l, n. 8; tom. iv, col. 46G.

CllEFS-D'OEUV. DE BOSS. — T. 1. <3

quelle fut la première tonche. Prêtez Toreille > meis^ieurs ; dile a quelque chose de miraculeux. Ge fut un songe admirable; de ceux que Dieu même fait renir du ciel par le ministère des anges ; dont les images sont si nettes et si démêlées; où l'on voit je ne sais quoi de céleste» Elle crut^ c'est elle-même qui le raconte au saint abbé ; écoutez , et prenez garde surtout de n'écouter pas avec mépris Tordre des avertissements divinSj et la conduite de la grâce. EUe crut, dis^je > « que marchant seule dans c< une forêt, elle y avait rencontré un aveugle dans une « petite loge. Elle s'approche pour lui demander ^'il « était aveugle de naissance , ou s'il l'était devenu par <c quelque accident. Il répondit qu'il était aveugle-né* « Vous ne savez donc pas, reprit-elle, ce que c'est que « la lumière, qui est si belle et si agréable, et le soleil « qui a tant d'éclat et de beauté? Je n'ai, dit^il, jamais a joui de ce bel objet, et je ne m'en puis former aucune (( idée. Je ne laisse pas de croire, continua-t-il, qu'il est « d'une beauté ravissante. L'aveugle parut alors changer « de voix et de visage, et prenant un ton d'autorité : « Mon exemple, dii^il, vous doit apprendre qu'il y a des « choses très-excellentes et très-admirables qui échap- (c pent à notre vue, et qui n'en sont ni moins vraies ni « moins désirables, quoiqu'on ne les puisse ni compraid dre ni imaginer, n C^est, en effet, qu'il manque un sens aux incrédules, comme à l'aveugle et ce sens c'est Dieu qui le donne, selon ce que dit saint Jean* : « Il a nous a donné un sens pour connaître le vrai Dieu, et (c pour être en son vrai Fils : » Dédit nobi^ sensum, ut cognoseamus Vêrum Deum^ et simus in vero Filio ejus. Notre princesse le comprit. En même temps, au milieu d^un songe si mystérieux^ € elle lit l'application de la

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