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202 OBAISON FUNÈBRE
« bonnes vieilles soit si avancée. Achevons vite, au nom a de Notre-Seigneur; ôtons vitement cette bonne femme « de rétable où elle est, et la mettons dans un de ces a petiis lits. » Quelle nouvelle vivacité succède à celle ([ue le monde inspire I Elle poursuit : a Dieu me don- « nera peut-être de la santé pour aUer servir cette paraît lytique ; au moins je le ferai par mes soins , si les forces a me manquent; et , joignant mes maux aux siens, je « les offrirai plus hardiment à Dieu. Mandez-moi ce qu'il ff faut pour la nourriture et les ustensiles de ces paii- « vres femmes; peu à peu nous les mettrons à leur a aise, y) Je me plais à répéter toutes ces paroles, malgré les oreilles délicates ^ ; elles effacent les discours les plus magnifiques , et je voudrais ne parler plus que ce langage. Dans les nécessités extraordinaires , sa charité faisait de nouveaux efforts. Le rude hiver des années dernières acheva de la dépouiller de ce qui lui restait de superflu; tout devint pauvre dans sa maison et sur sa personne : elle voyait disparaître avec une joie sensible les restes des pompes du monde; et Taumône lui apprenait à se retrancher tous les jours quelque chose de nouveau. C'est en effet la vraie grâce de Taumône , en soulageant les besoins des pauvres , de diminuer en nous d'autres besoins, c'est-à-dire ces besoins honteux qu'y fait la délicatesse, comme si la nature n'était pas assez accablée de nécessités. Qu'attendez-vous, chrétiens, à vous convertir? et pourquoi désespérez-vous de votre salut? Vous voyez la perfection où s'élève l'âme péni- *tente quand elle est fidèle à la grâce. Ne craignez ni la maladie , ni les dégoûts , ni les tentations , ni les peines
' On a droit de tout dire , quand on sait le relever par un langage si i^iajestueux. Il ne reste donc aucune excuse aux orateurs dont le style est abject et rampant dans des dôlails beaucoup moins bas, et moins (Jifficiles à ennoblir. (M. )
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Jcs plus cruelles. Une personne si sensible et si délicate, qui ne pouvait seulement entendre nommer les maux y a souffert douze ans entiers^ et presque sans intervalle , ou les plus vives douleurs , ou des langueurs qui épuisaient le corps et Tesprit; et cependant, durant tout ce temps et dans les tourments inouïs de sa dernière maladie^ où ses maux s^augmentèrent jusques aux derniers exc6s, elle n'a eu à se repentir que d'avoir une seule fois souhaité une mort plus douce. Encore réprima-t-elle ce faible désir en disant aussitôt après avec Jésus-Christ la prière du sacré mystère du Jardin ; c'est ainsi qu'elle appelait la prière de l'agonie denotre Sauveur : ce Omoti « Père! que votre volonté soit faite, et non pas la «mie]me^» Ses maladies lui 6tèrent la consolation qu'elle avait tant désirée d'accomplir ses premiers desseins/ et de pouvoir achever ses jours sous la discipline et dans l'habit de Sainte-Fare. Son cœur, donné ou plutôt rendu à ce monastère , où elle avait goûté les premières grâces, a témoigné son désir; et sa volonté a été aux yeux de Dieu un sacrifice parfait. C'eût été un soutien sensible à une àme comme la sienne d'accomplir dé grands ouvrages pour le service de Dieu ; mais elle est menée par une autre voie , par celle qui crucifie davantage, qui, sans rien laisser entreprendre à un esprit courageux , le tient accablé et anéanti sous la rude loi de souffrir. Encore s'il eût plu à Dieu de lui conserver ce goût sensible de la piété qu'il avait renouvelé dans son cœur au commencement de sa pénitence ! mais non, tout lui est ôté; sans cesse elle est travaillée de peines insupportables. « Seigneur! disait le saint homme Job, « vous me tourmentez d'une manière merveilleuse '. »
' Pater,... nonmca voluntaSy sedUia^ fia(. (Luc, xxii, 42.) ' Mirabiliter me crucias. (Job, x, 16.)
C'est que , sans parler ici de ses autres peines^ il portait au fond de son cœur une vive et continuelle appréhension de déplaire à Dieu. Il voyait d'un* côté sa sainte justice^ devant laquelle les anges ont peine à soutenir leur innocence. Il le voyait avec ces yeux éternellement ouverts observer toutes les démarches , a compter tous «les pas d'un pécheur*, et garder ses péchés comme « sous le sceau, » pour les lui représenter au dernier jour : Signasti qua$i in sacculo delicta mea*. D'un autre côté il ressentait ce qu'il y a de corrompu dans le cœur de l'homme. «Je craignais, dit-il, toutes mes œuvres*.» Que vois-je? le péché! le péché partout ! Et il s'écriait jour et nuit : « Seigneur ! pourquoi n'ôtez-vous pas « mes péchés* ? » Et que ne tranchez-vous une fois ces malheureux jours, où l'on ne fait que vous offenser, afin qu'il ne soit pas dit « que je suis contraire à la parole « du Saint *? » Tel était le fond de ses peines; et ce qui parait de si violent dans ses discours n'est que la délicatesse d'une conscience qui se redoute elle-même , ou r excès d'un amour qui craint de déplaire. La princesse palatine souffrit quelque chose de semblable. Quel supplice à une conscience timorée ! Elle croyait voir partout dans ses actions un amour-propre déguisé en.vertu. Plus elle était clairvoyante, plus elle était tourmentée. Ainsi Dieu l'humiliait par ce qui a coutume de nourrir l'orgueil , et lui faisait un remède de la cause de son mal. Qui pourrait dire par quelles terreurs elle arrivait
' Gressus meos dinumerasti. (Job, xiv, la.)'
^ Ibid, 17.
^ Verebar omnia opéra, (Id., ix, 28.)
* Cur non tollis peccatum meum ? et quare non aufers iniquitatem meam ?
(11)., vu, 21.)
'" Et hœc mihi sit consolatio^ ut affligens me dolore, non parcat, nec contradicam sermonibus Sancti. (Ih., vi, 10.)
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a«x délices de la sainte table? Mais elle ne perdait pas la confiance. Enfin ^ dit-elle, c'est ce qu'elle écrit au saint prêtre que Dieu lui avait donné pour la soutenir dans ses peines : « Enfin je suis parvenue au divin ban- « quet. Je m'étais levée dès le matin pour être devant « le jour aux portes du Seigneur; mais lui seul sait les c( combats qu'il a fallu rendre. » La matinée se passait dans ce cruel exercice, ce Mais à la fin, poursuit^lle , (c malgré mes faiblesses, je me suis comme traînée moicc même aux pieds de Notre-Seigneur; et j'ai connu qu'il a fallait, puisque tout s'est fait en moi par la force de la « divine bonté , que je reçusse encore avec une espèce « de force ce dernier et souverain bien. » Dieu lui découvrait dans ces peines Tordre secret de sa justice sur ceux qui ont manqué de fidélité aux grâces de la pénitence. c< Il n'appartient pas, disaitrelle, aux esclaves «fugitifs qu'il faut aller reprendre par force, et les c( ramener comme malgré eux, de s'asseoir au festin « avec les enfants et les amis ; et c'est assez qu'U leur c< soit permis de venir recueillir à terre les miettes qui a tombent de la table de leurs seigneurs. »
Ne vous étonnez pas, chrétiens, si je ne fais plus, faible orateur, que de répéter les paroles de la princesse palatine; c'est que j'y ressens la manne cachée, et le goût des Écritures divines , que ses peines et ses sentiments lui faisaient entendre. Malheur à moi , si dans cette chaire j'aime mieux me chercher moi-même que votre salut , et si je ne préfère à mes inventions , quand elles pourraient vous plaire, les expériences de cette princesse, qui peuvent vous convertir! Je n'ai regret qu'à ce que je laisse , et je ne puis vous taire ce qu'elle a écrit touchant les tentations d'incrédulité. « Il est bien « croyable, disait-elle, qu'un Dieu qui aime infiniment c< en donne des preuves proportionnées à l'infinité de
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o son amour , et à Finfînité de sa puissance : et ce qui a est propre à la toute-puissance d'un Dieu passe de « bien loin la capacité de notre faible raison. C'est> a ajoutcF-t^lle, ce que je me dis à moi-même, quand les c< démons tâchent d^étonner ma foi; et depuis qu'il a plu « à Dieu de me mettre dans le cœur > » remarquez ces belles paroles y a que son amour est la cause de tout ce « que nous croyons, cette réponse me persuade plus « que tous les livres. » C'est en effet l'abrégé de tous les saints livres, et de toute la doctrine chrétienne. Sortez, Parole éternelle , Fils unique du Dieu vivant, sortez du bienheureux sein de votre Père*, et venez annoncer aux honunes le secret que vous y voyez. 11 Ta fait, et durant trois ans il n'a cessé de nous dire le secret des conseils de Dieu. Mais tout ce qu'il en a dit est renfermé dans ce seul mot de son Évangile : « Dieu a tant aimé le monde, « qu'il lui a donné son Fils unique •. » Ne demandez plus ce qui a uni en Jésus-Christ le ciel et la terre, et la crcrix avec les grandeurs : « Dieu a tant aimé le monde. » Est-il incroyable que Dieu aime, et que la bonté se communique? Que ne fait pas entreprendre aux âmes courageuses l'amour de la gloire , aux âmes les plus vulgaires l'amour des richesses ; à tous enfin , tout ce qui porte le nom d'amour? Rien ne coûte , ni périls, ni travaux, ni peines : et voilà'* les prodiges dont l^honmie est capable. Que si l'homme, qui n'est que faiblesse, tente Timpossible ; Dieu , pour contenter son amour , n'exécutera-t-il rien d'extraordinaire? Disons donc> pour toute raison, dans tous les mystères : « Dieu a tant « aimé le monde. » C'est la doctrine du maître, et le dis-
* Vn\qen\\M Fitius, qui esi iti sinu Vair\&t tp^eeiuirraott. (Joah., f , 1 8- ' S\c Deus dilexit mundum , ut Filium suum unigcntium duret. {lô,^ nu t0.)
' Var. Première édUion : et voilà fous les pi*odiges.
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ciple bien-aimé Tavait bien comprise. De son temps un Cérinthe *, un hérésiarque, ne voulait pas croire qu'un Dieu eût pu se faire homme, et se faire la victime des pécheurs. Que lui répondit cet apôtre vierge , ce prophète du Nouveau Testament, cet aigle, ce théologien par excellence, ce saint vieillard qui n'avait de force que pour prêcher la charité, et pour dire ; « Aimez-vous <( les uns les autres en Notre-Seigneur; » que réponditil à cet hérésiarque? Quel symbole, quelle nouvelle confession de foi opposa-t-il à son hérésie naissante? Écoutez, et admirez, a Nous croyons, dit-il *, et nous « confessons Famour que Dieu a pour nous : » Et nos tredidimns charitati quam habet Dms in nobis.. C'est là toute la foi des chrétiens; c'est la cause et Tabrégé de tout le symbole. C'est là que la princesse palatine a trouvé la résolution de ses anciens doutes. Dieu a aimé : c'est 4out dire. S'il a fait, disait-elle, de si grandes choses pour déclarer son amour dans l'Incarnation, que n'aura-t-il pas fait pour le consommer dans l'Eucharis^ tie, pour se donner, non plus en général à la nature humaine, mais à chaque fidèle en particulier ? Croyons donc avec saint Jean en l'amour d'un Dieu : la foi nous paraîtra douce, en la prenant par un endroit si tendre. Hais n'y croyons pas à demi , à la manière des hérétiques, dont l'un en retranche une chose , et l'autre une autre ; l'un le mystère de l'Incarnation, et l'autre celui de TEucharistie; chacun ce qui lui déplaît : faibles esprits, ou plutôt cœurs étroits et entrailles resserrées',
' Cérinthe -, chef des hérétiques des premier et deuxième siècles. Il était Juif de nation oa de religion. Après avoir étudié la philosophie dans récole d'Alexandrie, il parut dans la Palestine, et répandit ses erreurs principalement dans TAsie mineure. (C.)