‹ Chefs-d'œuvre oratoires de BossuetChapitre 3 sur 42 · SUR BOSSUET. H · texte numérisé non relu

SUR BOSSUET. H

relâche à la défense et au service de la religion. Jasqu^ici noua ne Tavons presque pas envisagé comme théologien profond et zélé : ilpa* raît néanmoins avoir encore été plus jaloux de ses succès dans la controverse que de ses talents pour l'éloquence, comme Descartes se croyait plus grand par ses méditations métaphysiques que par ses découvertes en géométrie. Mais les triomphes théologiques de Bossuet, quelque prix qu'on y doive attacher , sont la partie de son éloge à laquelle nous devons toucher avec le plus de réserve ; ses victoires en ce genre appartiennent à Fhistoire de FÉglise, et non à celle de TAcadémie , et méritent d'être appréciées par de meilleurs juges que nous. Le recueil immense de ses ouvrages déploie à cet égard toute l'étendue de ses richesses et toute la vigueur de ses forces. Là , on le voit sans cesse aux prises, soit avec l'incrédulité , soit avec l'hérésie , bravant et repoussant Tune et l'autre , et couvrant l'Église de son égide contre ce double ennemi qui cherche à Fanéantir. Son goût pour la guerre semble le poursuivre jusque dans les pièces qu'il a consacréesà l'éloquence; il oublie quelquefois qu'il est orateur, pour se livrer à cette controverse qu'il chérit tant ; et, du trône où il tonne , daignant descendre dans l'arène , il quitte , si on peut parler ainsi , la foudre pour le ceste : mais il reprend bientôt cette foudre , et le dieu fait 'oublier l'athlète.

Défenseur intrépide de la foi de l'Église , Bossuet n'était pas moins ardent pour en soutenir les droits; il fut l'âme de la fameuse assemblée du clergé, en 16Sâ, où ces droits furent développés avec tant de force, et si vigoureusement maintenus. L'Église de France et celle de Rome étaient alors violemment divisées sur l'affaire des franchises y et principalement sur celle de la régale ' , pour laquelle le pape Innocent XI montrait un intérêt qu'il osait porter jusqu'aux menaces. Déjà ce pontife entreprenant, plus opiniâtre que politique, avait déclaré que , pour prévenir le mal funeste qui menaçait la religion , il aurait recours , s'il était nécessaire , aux remèdes violents dont la Providence divine lui avait confié l'emploi redoutable. Ce langage, qui aurait fait trembler le roi Robert dans le onzième siècle, n'était pas fait au dix-septième pour intimider Louis XIV, et encore moins l'évêquede Meaux. Mais la cour de Rome, .malgré la fierté du monarque et la fermeté de Bossuet, montrait avec d'autant plus de confiance tout son mécontentement ou son zèle, que ses prétentions trouvaient de l'appui dans quelques-uns des plus dignes prélats de l'Église de France. On sait quelle résistance les respectables évêques

' Voyez, au tome II, le Précis des événements qui firent convoquer rassemblée du clergé en i 681.

d'Aleth et de Pamiers opposèrent à Louis XÏV sur ce droit de régale , qu'ils croyaient injurieux à l'épiscopat. Le monarque irritévoulait appeler à sa cour les deux prélats, pour leur faire sentir tout le poids de son indignation : « Que Dieu vous en préserve, Sire, « lui dit révêque de Meaux, qui s'intéressait vraiment à sa gloire ! « Craignez que toute la route des deux évêques, du fond du Langue- « doc jusqu'à Versailles, ne soit bordée d'un peuple immense qui « demandera à genoux leur bénédiction. » Louis XIV se rendit à un si sage conseil ; il craignit de voir échouer l'autorité contre des armes si puissantes par l'apparence même de leur faiblesse, et d'opposer à l'éloquence foudroyante de Bossuet cette éloquence populaire, mais pénétrante, de la vertu courageuse et persécutée.

Quoi qu'il en soit de cette querelle, aujourd'hui heureusement assoupie , nous lui sommes redevables d'un des plus célèbres ouvrages de Bossuet , la fameuse Défense de r Église gallicane^ regardée aujourd'hui par cette Église comme son rempart contre les attaques ultramontaines , et comme le palladium de ce qu'elle appelle ses libertés; dénomination précieuse, quoique assez impropre, puisque cqs libertés ne sont réellement que le droit ancien et commun de toutes les Églises , conservé par celle de France , et oublié de presque toutes les autres. Cet ouvrage , en mettant le comble à la gloire épiscopale et théologique de l'évéque de Meaux , le priva d'un chapeau de cardinal que lui avait offert le pape, s'il eût voulu, non pas défendre ouvertement les prétentions de la tiare , mais seulement ne pas s'y montrer trop contraire. Bossuet, aussi ûdèle sujet que digne évéque , renonça sans peine à un honneur qui ne pouvait rien ajouter à la considération publique dont i! jouissait dans l'Église : il eût plus illustré la pourpre que la pourpre ne l'eût décoré ; et son nom manque bien plus au sacré collège que le titre d'émlnence à son nom. On peut seulement être étonné que Louis XIV, qui avait droit de nommer un cardinal parmi les évêques de son rx)yaume , ait frustré de cette récompense le prélat qui avait si bien défendu l'indépendance et les droits du diadème : nous ignorons quelles raisons empêchèrent un prince si sensible à tous les genres de gloire de s'illustrer par cet acte de grandeur et de justice; mais nous rejetterons avec autant de mépris que d'indignation ce que les ennemis de ce grand roi ont osé dire , qu'il ne trouvait pas l'évéque de Meaux d'assez bonne maison pour le revêtir de cette dignité : comme s'il eût pu croire quelque dignité au-dessus de l'honneur qu'il avait fait à Bossuet en lui conGant ses intérêts les plus sacrés et les plus chers ; et comme s'il fallait être de meilleure maison pour s'appeler prêtre

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