SUR HENMETTE-MARIE DE FRANCE
REINE DE LA GRANDE-BRETAGNE
Henriette-Marie était la sixième des enfants que Henri IV, roi de France , eut de son mariage avec Marie de Médicis. £lle naquit en 1609. En 1625 elle épousa Charles P^, roi d'Angleterre, si connu par ses revers et sa mort malheureuse. Louis XIII, frère aîné de la princesse, n'avait consenti à ce mariage qu'à condition que le pape accorderait une dispense à cause de la différence de religion. Cette dispense fut accordée ; et la jeune reine , qui , aux termes du contrat de mariage , devait jouir de la plus grande liberté relativement à rexerdce du culte catholique, partit pour l'Angleterre, suivie de son confesseur, le père dèBérulle, depuis cardinal, et de douze autres prêtres de la congrégation de l'Oratoire. Ces prêtres furent accusés de travailler secrètement à faire des prosélytes à la religion catholique, et la reine fut obligée de les remplacer par des capucins, qui déplurent comme leurs prédécesseurs.
Bientôt le feu des discordes civiles et religieuses s*alluma avec fureur ; il fit de la vie de la reine d'Angleterre et de celle du roi un enchaînement de catastrophes plus tragiques les unes que les autres. En Ecosse et en Angleterre on se révolta, on prit les armes, et le roi eut à combattre ses propres sujets. Dans tout le cours de cette guerre malheureuse il y eut quelques intervalles de calme et de soumission ; mais les rebelles augmentant chaque jour d'audace et de puissance, le roi fut obligé de quitter Londres et de se séparer de la reine. Celle-ci alla en Hollande chercher à son époux des secours en hommes et en argent. Une furieuse tempête l'accueillit à son retour , lui fit perdre deux vaisseaux , et la rejeta sur les côtes de Hollande , d'où elle partit encore, et aborda en Angleterre. Cinq vaisseaux ennemis, avertis de sa descente , vinrent canonner le lieu où elle était retirée. Elle y courut les plus grands dangers , et dans cette occasion , comme dans toutes celles qui suivirent , montra , avec le plus grand zèle pour la cause de son époux ^ un courage au-dessus de son sexe et de sa fortune. Forcée de quitter encore le roi, qu'elle avait rejoint , et qu'elle
accompagnait partout , elle se réfugia à Exeter , où elle accoucha
d'une ûlle (Henriette-Anne)qui fut depuis duchesse d'Orléans. La reine eut à peine le temps de se rétablir de ses couches , et fut
obligée de chercher en France un asile contre la fureur de sesennemis.
Sa tête était mise à prix. Il lui fallut abandonner son enfant à des mains étrangères ; puis, s'embarquant pour sa terre natale, se confier encore à la mer orageuse. Là elle fut de nouveau surprise par la tempête, qui lui enleva un vaisseau; et, poursuivie à coups de canon jusque sur les côtes de France, elle y aborda enfin, après s'être vue mille fois en danger de perdre la vie. Mais en France d'autres calamités l'attendaient encore. C'était le temps des guerres de la Fronde. Souvent insultée par les froijideurs , jusque dans le Louvre où elle demeurait, elle éprouva même le besoin des choses nécessaires à la vie, et se vit forcée de demander au parlement ce qu'elle appelait elle-même une aumône pour subsister. C'est dans cette triste situation qu'elle apprit la mort du roi son mari, que Cromwell fit condamner à mort et décapiter le 9 février 1649. La reine alors ne songea plus qu'à s'assurer une retraite, pour y cacher son infortune et finir tranquillement ses jours. C'est dans cette vue qu'elle fonda à Chaillot le couveut de la Visitation : elle vint s'y établir avec le roi son fils et ses autres enfants, qu'elle faisait instruire dans la foi catholique. Enfin le calme rétabli en France , le retour de la famille royale à Paris , et peu de temps après le rétablissement inespéré de son fils Charles 11 au trône de ses ancêtres, lui permirent, après tant de malheurs, de goûter quelques jours sereins. Le désir de voir le roi son fils tranquille possesseur de sa couronne , et surtout l'espoir d'être utile aux catholiques , la déterminèrent à faire jusqu'à deux fois le voyage d'Angleterre, où elle reçut sur sou passage tous les témoignages de la joie et de l'affection du peuple. Son dessein , en revenant en France, était de finir ses jours dans cette même retraite de la Visitation de Chaillot , où elle avait vécu d'abord. Elle avait aussi une maison à Colombe , près Paris , où elle allait passer la belle saison : ce fut là qu'elle mourut le 10 septembre 1669 , âgée de soixante ans.
Louis XIV fit transporter son corps à Saint-Denis , et son cœur au couvent de la Visitation à Chaillot, où elle avait choisi sa sépulture. Quarante jours après, le duc d'Orléans son gendre (Monsieur ) et la princesse Henriette sa fille ( Madame ) lui firent fadre un service solennel , où Bossuet , pour lors évêque de Condom , prononça son oraison funèbre.
' iSossuet avait près de quarante-deux aus lorsqull fiit nommé à i'évèché fie Condom. La reine d'Angleterre (Henriette de France) était morte presque subitement trois jours auparavant à Ck>lombe, près de Paris, dans une maison de campagne où elle allait ordinairement passer les beaux jours de l'automne.
La mort de c^tte princesse devint une grande époque dans la vie de Bossuet : die ouvrit à son génie une nouvelle carrière ; et, dès qn^il y fut entré, il fut ce que nul autre n'a été après lui. Bossuet est resté pour l'Oraison funèbre ce qu^Homère est encore pour la poésie épique, le modèle que tous leurs successeurs cherchent à imiter, et n'aspirent pas même à i^ler.
Jamais un plus beau sujet ne pouvait s'offrir à l'éloquence que l'histoire d'une reine, « fiUe, femme et mère de tant de rois, dont les catastro- « pbes avaient rempli tout l'univers, et dont la vie seule offrait toutes « les extrémités des choses humaines. »
Louis XIV jugea que Bossuet seul pouvait remplir tout ce que Ton devait attendre d'un tel sujet. Bossuet fit plus : il alla au delà de ce que l'imagination aurait osé espérer du sujet et de l'orateur même. Il a montré dans roraison funèbre de la reine d^Angleterre jusqu'où la pensée et la parole de riMMnme peuvent s'élever, sans qu^il leur soit peut-être jamais donné de s'élever plus haut.
Cette Oraison funèbre a été pendant plus d'un siècle le sujet de la méditation profonde des hommes religieux et des hommes d'État. Jamais l'al- Jianoe de la religion et de la politique^ le danger des innovations religieuses, et les terribles conséquences des maximes anarchiques, n'avaient été présentés sous des caractères plus frappants. On ne savait, en la lisant, si on devait plus admirer le pontife qui parle au nom du ciel, ou le sage politique qui annonce aux rois et aux peuples que « toutes les révolutions sont « causées, ou par la mollesse ou par la violence des princes. »
Mais depuis que par une déplorable conformité nous nous sommes vus en présence des mêmes catastrophes, Bossuet ne se montre plus à nous comme un orateur ou un historien : on croit entendre la voix d'un prophète; tontes ses paroles semblent animées de cette inspiration sacrée qui annonçait à la nation juive et à ses rois une longue suite de calamités.
L'exorde de cette Oraison funèbre est peut-être le plus imposant qui ait jamais ouvert un discours religieux, comme la péroraison de celle du grand Coudé est la plus magnifique conception de l'éloquence ancienne et moderne. Le texte seul de cette Oraison funèbre en expose tout le sujet : et quel sujet !
Ce fut par VOraison funèbre de la reine d'Angleterre que Bossuet se montra en France le créateur de l'éloquence/unè^e, comme il avait donné dans ses sermons les plus nobles modèles de l'éloquence de la chaire , et telle a été l'influence de son génie pour la gloire de l'Église gallicane, que
CHEF-fk'OECV. DE BOSS. — T. 1. 53 5
ses successeurs dans Tune et dans Tautre carrière sont restés les premiers orateurs sacrés de l'Europe chrétienne.
Bossuet a été véritablement créateur de Péloquenoft ftmèbre, quoiqu'il y ait eu des oraisons funèbres avant Bossuet; mais personne avant lui n'avait donné à la religion un caractère si auguste, à la raison un accent si éloquent, à la politique autant de profondeur, à l'histoire autant de majesté. Personne n'avait encore parlé et écrit comme Bossuet ; personne n'avait trouvé comme lui le sublime de l'expression dans le sublime de la pensée, et l'art singulier de donner quelquefois à la pensée encore plus de grandeur par la simplicité de Texpression : et comme l'antiquité ne pouvait offrir aucun modèle d'un genre d'éloquence qui ne peut appartenir qu'à la religion des chrétiens, les orateurs qui ont succédé à Bossuet dans la chaire funèbre n'ont pu renouveler encore les merveilles qu'il avait créées. Quelque opinion que l'on puisse avoir du mérite des Sermons de Bossuet, il est au moins certain que si Bourdalouc et Massillon sont les premiers des prédicateurs, les Oraisons funèbres le placeront toujours au premier rang des orateurs.
(Le cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet, liv. m.)
DE
REINE DE LÀ GRANDE-BRETAGNE
Et nunc,reg«s, inteUigite ; erudimini ^ quijudicatis terram.
Maintenant, ôrois, apprenez ; instruisez -vous, juges de la terre. (P«. 11,10'.)
Monseigneur ^
Celui qui règne dans les cieux , et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire , la majesté et rindépendance, est aussi le seul qui se glorifie défaire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes , soit qu'il la retire à lui-même, et ne leur laisse que leur propre faiblesse ; il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui. Car, en leur donnant sa puissance, il leur commande d'en user comme il fait lui-même pour le bien du monde; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône, ils
' Ce texte convient d'autant mieux à ce discours , que le but du psalmiste et de Torateur est le même, de dédarer la suprême autorité de la Providence. (V.)
n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes^ non-seulement par des discours et par des paroles^ mais encore par des effets et par des exemples. Et nunCy reges, intelligile ; erudimini y qui judicatis terram.
Chrétiens^ que la mémoire d'une grande reine ^ fille , femme^ mère de rois si puissants^ et souveraine de trois royaumes , appelle de tous côtés à cette triste cérémonie^ ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables^ qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines; la félicité sans bornes aussi bien que les misères ; une longue et paisible jouissance d'une des plusnobles couronnes de l'univers; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur y accumulé sur une tète^ qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune ; la bonne cause d'abord suivie de bons succès ^ et depuis^ des retours soudains , des changements inouïs ; la rébellion longtemps retenue^ à la fin tout à fait maltresse; nul frein à la licence; les lois abolies; la majesté violée par des attentats jusques alors inconnus; l'usurpation et la tyrannie sous le nom de liberté ; une reine fugitive, qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes , et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil ' ; neuf voyages sur mer, entrepris par une princesse, malgré les tempêtes; l'Océan étonné de se voir traversé tant de fois en des appareils si divei*s, et pour des causes si différentes; un trône indignement renversé, et miraculeusement rétabli. Voilà les enseignements que Dieu donne aux rois : ainsi failril voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs.
' A qui sa propre patrie n*esiplus qu'un lieu d'exil, rappelle le mot de Darius fugitif : Quousque inregno meo exulabo ? (Quint. Cdrt., v, 24. )
Si les paroles nous manquent ^ si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé^ les choses parleront assez d'elles-mêmes. Le cœur d'une grande reine ^ autrefois élevé par une si longue suite de prospérités^ et puis plongé tout à coup dans un abîme d'amertumes^ parlera assez haut; et s'il n'est pas permis aux particuliers de faire des leçons aux princes, sur des événements si étranges ; un roi me prête ses paroles pour leur dire : Ei nunc y reges , inielligite; erudimini, quijudicaiis terram : a Entendez , 6 grands de la terre ; ins- « truisez-vous, arbitres du monde *. »
Hais la sage et religieuse princesse^ qui fait le sujet de ce discours^ n'a pas été seulement un spectacle proposé aux hommes^ pour y étudier les conseils de la divine Providence, et les fatales révolutions des monarchies; elle s'est instruite elle-même , pendant que Dieu instruisait Les princes par son exemple'. J'ai déjà dit que ce grand Dieu les enseigne, et en leur donnant et en leur
' Estrce là entrer, dès les premières paroles, aa milieu de son sujet, et y transporter tout de suite Tauditeur ? Que cet exorde est majestueux, sombre, et religieux! Notre âme n*est-elle pas déjà troublée de ce fracas d'événements sinistres, de révolutions désastreuses, remplie d'une grande scène d'infortunes? Pourquoi? C'est qu'en effet il a fait parler les choses mêmes. Pas un mot qui ne porte , pas un qui ne soit une image Qu une idée , un tableau ou une leçon ; et , au milieu de cet assemblage si imposant, la grande idée de Dieu qui domine tout. Qu'on se représente, après un semblable exordo, des auditeurs dans un temple qui ajoute encore à son effet , et qu'on se demande si quelqu'un d'eux pouvait songer à Bossuet ! Non ; l'imagination , assaillie par tant d'objets de douleur et de réflexion, n'a vu, n'a pu voir que le renversement des trônes, les coups de la fortune, les tempêtes, l'Océan. Le lecteur même est entraîné , quoique avec bien moins de moyens pour ^'être ; et ce n'est qu'après avoir été tout d'une haleine jusqu'au bout de ce discours, qui est à peu près partout de la même force , qu'il peut revenir à lui-même, et s'interroger sur tant de beaux détails et sur toutes les ressources de l'orateur. ( L. H. )
' Variante. Première ei seconde édition : par son exemple fameux.
ôtant leur puissance. La reine dont nous parlons a également entendu deux leçons si opposées; c'estTà-dire qu'elle a usé chrétiennement de la bonne et de la maur vaise fortune. Dans l'une, elle a é^ bienfaisante; dans Vautre, elle s'est montrée toujours invincible. Tant qu'elle a été heureuse , elle a fait sentir son pouvoir au monde par des botutés infipies ; quand la fortune l'eut abandonnée, elle s'enrichit plus que jamais ellermême de vertus : tellement qu'elle a perdu , pour soji propre bien ^ , cette puissance royale qu'elle avait pour le bien des autres; et si ses sujets, si ses alliés, si l'Église universelle a profité de ses grandeurs, elle-même a su profiter de ses malheurs et de ses disgr&ces plus qu'elle n'avait fait de toute sa gloire. C'est ce que nous remarquerons dans la vie éternellement mémorable de très? haute, très-excellente et très-puissante princesse Henriette-Marie DE France, reine de la Grande-Bretagne.
Quoique personne n'ignore les grandes qualités d'une reine dont l'histoire a rempli tout l'univers, je me seng( obligé d'abord à ' les rappeler en votre mémoire, afin que cette idée nous serve pour toute la suite du discours. Il serait superflu de parler au long de la glorieuse naissance de cette princesse : on ne voit rien sous le soleil qui en égale la grandeur, te pape saint Grégoire a donné;, dès les premiers siècles, cet éloge singulier à la couronne de France, « qu'elle est autant au-dessus des « autres couronnes du monde , que la dignité royale sur-
* Cest ici la doctrine puremont chrétienne, bien supégrieure aux docr trlnes philosophiques des païens. Dans le christianisme , c*est Dieu qui envoie Taffliction ainsi que le bonheur, et non pas un destin aveugle et tyranniquo : la Divinité a un but , et ce but est notre utilité ; c'est pç,ur notre propre bien. (V. )
' Petite inexactitude de grammaire ; il faut de. Obligé à exprime un devoir ; obligé de, une nécessité. (Y. }
« passe les fortunes particulières *. » Que s'il a parlé en ces termes du temps du roi Childebert^ et s'il a élevé si haut la race de Hérovée , jugez ce qu'il aurait dit du sang de saint Louis et de Charlemagne. Issue de cette race^ fille de Henri le Grand et de tant de rois , son grand cœur a surpassé sa naissance. Toute autre place qu'un trône eût été indigne d'elle. A la vérité, elle eut de quoi satisfaire à sa noble fierté, quand elle vit qu'elle allait unir la maison de France à la royale famille des Stuarts , qui étaient venus à la succession de la couronne d'Angleterre par une fiiUe de Henri VU , mais qui tenaient de leur chef, depuis plusieurs siècles, le sceptre d'Ecosse, et qui descendaient de ces rois antiques, dont l'origine se cache si avant dans l'obscurité des premiers temps. Mais si elle eut de la joie de régner sur une grande nation, c'est parce qu'elle pouvait contenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait à faire du bien. Elle eut une magnificence royale; et l'on eût dit qu'elle perdait ce qu'elle ne donnait pas. Ses autres vertus n'ont pas été moins admirables. Fidèle dépositaire des plaintes et des secrets, elle disait que les princes devaient garder le même silence que les confesseurs , et avoir la même discrétion. Dans la plus grande fureur des guerres civiles, jamais on n'a douté de sa parole, ni désespéré de sa clémence*. Quelle autre a mieux pratiqué cet art obligeant^ qui fait qu'on se rabaisse sans se dégrader, et qui accorde si heureusement la liberté avec le respect? Douce , familière, agréable, autant que ferme et vigoureuse, elle savait persuader et convaincre, aussi bien que commander, et faire valoir la raison non moins que
' Quanto cœteros homines regia dignitas aniecedit, tanto cœterarum gentium wegna regni vestri profecto culmen excellit (Lib. vi, ep. vi. )
' Précision énergique , comparable à celle de Tacite et de Salluste. (L.H.)
Tautorîté. Vous verrez. avec quelle prudence elle traitait les affaires; et une main si habile eût sauvé TÉtat^ si l'État eût pu être sauvé*. On ne peut assez louer la magnanimité de celte princesse. La fortune ne pouvait rien sur elle : ni les maux qu'elle a prévus, ni ceux qui l'ont surprise, n'obt abattu son courage. Que dirai-je de son attachement immuable à la religion de ses ancêtres? Elle a bien su reconnaître que^et attachement faisait la gloire de sa maison, aussi bien que celle de toute la France, seule nation deJ'univers qui, depuis douze siècles presque accomplis que ses rois ont embrassé le christianisme, n'a jamais vu sur le trône que des princes enfants de l'Église. Aussi a-t-elle toujours déclaré que rien ne serait capable de la détacher de la foi de saint Louis. Le roi son mari lui a donné , jusques à la mort, ce bel éloge , qu'il n'y avait que le se\il point de la religion où leurs cœurs fussent désunis; et confirmant par son témoignage la piété de la reine, ce prince très-éclairé a fait connaître en même temps à toute la terre la tendresse , l'amour conjugal , la sainte et inviolable fidélité de son épouse incomparable.
Dieu , qui rapporte tous ses conseils à la conservation de sa sainte Église, et qui, fécond en moyens, emploie toutes choses à ses fins cachées , s'est servi autrefois des chastes attraits de deux saintes héroïnes pour délivrer ses fidèles des mains de leurs ennemis. Quand il voulut sauver la ville de Béthulie , il tendit dans la beauté de Judith un piège imprévu et inévitable à l'aveugle brutalité d'Holopherne. Les grâces pudiques de la reine Esther eurent un effet aussi salutaire , mais moins violent. Elle gagna le cœur du roi son mari , et fit d'un prince infi-
' C'est la traduction de ces vers de Virgile , Éneid., ii, 292 :
Si Pergama dextra Dffenâi passent , ettam hac de/ensa fuissent. {C)
DE HENRIETTE DE FRANCE. ki
dèle un illustre protecteur du peuple de Dieu. Par un conseil à peu près semblable , ce grand Dieu avait préparé un charme innocent au roi d'Angleterre , dans les agréments infinis de la reine son épouse. Comme elle possédait son affection ( car les nuages qui avaient paru au commencement furent bientôt dissipés) y et que son heureuse fécondité redoublait tous les jours les sacrés liens de leur amour mutuelle; sans commettre Fautorité du roi son seigneur, elle employait son crédit à procurer un peu de repos aux catholiques accablés. Dès l'âge de quinze ans elle fut capable de ces soins ; et seize années d'une prospérité accomplie , qui coulèrent sans interruption, avec Padmiration de toute la terre, furent seize années de douceur pour cette Église affligée. Le crédit de la reine obtint aux catholiques ce bonheur singulier et presque incroyable , d'être gouvernés successivement par trois nonces apostoliques, qui leur apportaient les consolations que reçoivent les enfants de Dieu de 1^ communication avec le saint-siége.
Le pape saint Grégoire, écrivant au pieux empereur Maurice, lui représente en ces termes les devoirs des rois chrétiens * : « Sachez, ô grand empereur, que la souve- « raine puissance vous est accordée d'en-haut, afin que a la vertu soit aidée , que les voies du ciel soient élaro gies, et que Fempire de la terre serve' Tempire du a ciel. » C'est la vérité elle-même qui lui a dicté ce^ belles paroles : car qu'y a-t-il de plus convenable à la puisr sance que de secourir la vertu? à quoi la force doit-elle servir, qu'à défendre la raison? et pourquoi comman-
* Àd hoc enim potestas super omne$ homines dominorum meorum pietati cœlitus data est , «I qui bona appetunt, adjuventur ; ut calorum via torgius pateat, ut terrestre regnum cœlesti regno famuletur. ( S. Gr£G. Ep. , Hb. m, ep. Lxv. )
' Var. Les quatre premières éditions portent : serve àTempiredu ciel.
42 OBAISON FUNÈBRE
dent les hommes , si ce n'est pour faire que Dieu soit obéi ? Hais surtout il faut remarquer l'obligation si glorieuse que ce grand pape impose aux princes, d'élargir les voies du ciel. Jésus-Christ a dit dans son Évangile * : a Combien est étroit le chemin qui mène à la vie"! » Et voici ce qui le rend si étroit : c'est que le juste, sévère à lui-même, et persécuteur irréconciliable de ses propres passions , se trouve encore persécuté par les injustes pas- . sions des autres , et ne peut pas même obtenir que le monde le laisse en repos dans ce sentier solitaire et rude où il grimpe ' plutôt qu'il ne marche. Accourez , dit saint Grégoire, puissances du siècle; voyez dans quel sentier la vertu chemine; doublement à l'étroit, et par ellemême, et par l'effort de ceux qui la persécutent : secourez-la, tendez-lui la main : puisque vous la voyez déjà fatiguée du combat qu'elle soutient au dedans contre tant de tentations qui accablent la nature humaine , mettez-la du moins à couvert des insultes du dehors. Ainsi vous élargirez un peu les voies du ciel , et rétablirez ce chemin que sa hauteur et son àpreté rendront toujours assez difficile.
Hais si jamais l'on peut dire que la voie du chrétien est étroite , c'est, messieurs, durant les persécutions : car que peut-on imaginer de plus malheureux , que de ne pouvoir conserver la foi sans s'exposer au supplice, ni sacrifier sans trouble, ni chercher Dieu qu'en tremblant? Tel était l'état déplorable des catholiques anglais. L'erreur et la nouveauté se faisaient entendre dans toutes les chaires; et la doctrine ancienne, qui, selon l'oracle
' Var. Us quatre premières éditions : que le chemin est étroit qui mène à la vie!
' Matth., vu, 14.
^ Le mot propre était gravit j qui est moins familier, et même plus expressif, puisque gravir c'est grimper avec effort. ( L. H. )
de rÉvangile , «doit être prêchée jusque sur les toits * , » pouvait à peine parler à Toreille. Les enfants de Dieu étaient étonnés de ne voir plus ni Tautel y ni le sanctuaire^ ni ces tribunaux de miséricorde qui justifient ceux qui s'accusent*. douleur I il fallait cacher la pénitence avec le même soin qu'on eût fait les crimes; et Jésus^ Christ même se voyait contraint^ au grand malheur des hommes ingrats^ de chercher d'autres voiles et d'autres ténèbres que ces voiles et ces ténèbres mystiques dont il se couvre volontairement dans l'Eucharistie. A l'arrivée de la reine , la rigueur se ralentit, et les catholiques respirèrent. Cette chapelle royale, qu'elle fit bâtir avec tant de magnificence dans son palais de Sommerset, rendait à l'ÉgUse sa première forme. Henriette, digne fille de saint Louis, y animait tout le monde par son exemple, ^t y soutenait avec gloire, par ses retraites, par ses prières et par ses dévotions, l'ancienne réputation de la très-chrétienne maison de France. Les prêtres de l'Oratoire, que le grand Pierre de Bérulle avait conduits avec elle, et après eux les pères Capucins , y donnèrent, par leur piété, aux autels leur véritable décoration, et au service divin sa nxajesté naturelle. Les prêtres et les religieux, zélés et infatigables pasteurs de ce troupeau affligé , qui vivaient en Angleterre pauvres , errants , travestis, « desquels aussi le monde n'était pas dia gne^, » venaient reprendre avec joie les marques glorieuses de leur profession dans la chapelle de la reine ; et l'Église désolée , qui autrefois pouvait à peine gémir librement, et pleurer sa gloire passée, faisait retentir hautement les cantiques de Sion dans une terre éiran-
* Q^od\n mre auditis » prœdicate super iecta, (Matth., x, 27.)
' Les critiques ont avec raison admiré la beauté de cette périphrase pour exprimer les confessionnaux.
* Quitus dignus non erat mundus. ( Heb., xi, 38. )
gère. Ainsi la pieuse reine consolait la captivité des fidèles , et relevait leur espérance.
Quand Dieu laisse sortir du puits de l'abime la fumée qui obscurcit le soleil; selon Texpression de l'Apocalypse ' , c*est-àrdire Terreur et Thérésie ; quand pour punir les scandales^ ou pour réveiller les peuples et les pasteurs y il permet à Tesprit de séduction de tromper les àmeshautaineS; et de répandre partout un chagrin superbe , une indocile curiosité , et un esprit de révolte ; il détermine dans sa sagesse profonde les limites qu'il veut donner au malheureux progrès de Terreur^ et aux souffrances de son Église. Je n'entreprends pas^ chrétiens, de vous dire la destinée des hérésies de ces derniers siècles, ni de marquer le terme fatal dans lequel Dieu a résolu de borner leur cours. Mais si mon jugement ne me trompe pas ; si, rappelant la mémoire des siècfes passés, j'en fais un juste rapport à l'état présent; j'ose croire, et je vois les sages concourir à ce sentiment, que les jours d'aveuglement sont écoulés, et qu'il est temps désormais que la lumière revienne. Lorsque le roi Henri YIII, prince en tout le reste accompli, s'égara dans les passions qui ont perdu Salomon et tant d'autres rois, et commença d'ébranler l'autorité de l'Église ; les sages lui dénoncèrent qu'en remuant ce seul point, il mettait tout en péril, et qu'il donnait, contre son dessein, une licence effrénée aux âges suivants. Les sages le prévirent ; mais les sages sont-ils crus en ces temps d'emportement, et ne se riton pas de leurs prophéties? Ce qu'une judicieuse prévoyance n'a pu mettre dans l'esprit des hommes, une maltresse plus impérieuse, je veux dire l'expérience , les a forcés de le croire. Tout ce que la religion
' Apernit putemn abt/S5t; et ascendit fumus piitei;... et obscuratus est sol. (Apoc, IX, 2.) (F.)
a de plus saint a été en proie. L'Angleterre atant changé^ qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir; et, plus agitée en sa terre et dans ses ports mêmes que FOcéan qui l'environne % elle se voit inondée par Teffroyable débordement de mille sectes bizarres. Qui sait si, étant revenue de ses erreurs prodigieuses touchant la royauté, elle ne poussera pas plus loin ses réflexions ; et si, ennuyée de ses changements , elle ne regardera pas avec complaisance l'état qui a précédé? Cependant admirons ici la piété de la reine, qui a su si bien conserver les précieux restes de tant de persécutions. Que de pauvres, que de malheureux, que de familles ruinées pour la cause de la foi, ont subsisté pendant tout le cours de sa vie par l'immense profusion de ses aumônes! Elles se répandaient de toutes parts jusqu'aux dernières extrémités de ses trois royaumes; et s'étendant par leur abondance, même sur les ennemis de la foi, elles adoucissaient leur aigreur , et les ramenaient à l'Église. Ainsi , non-seulement elle conservait, mais encore elle augmentait le peuple de Dieu. Les conversions étaient innombrables; et ceux qui en ont été témoins oculaires nous ont appris que , pendant trois ans de séjour qu'elle a fait dans la cour du roi son fils, la' seule chapelle royale a vu plus de trois cents convertis, sans parler des autres, abjurer saintement leurs erreurs entre les mains de ses aumôniers. Heureuse d'avoir conservé si soigneusement l'étincelle de ce feu divin que Jésus est venu allumer au monde ^ ! Si jamais l'Angleterre revient à soi; si ce levain précieux vient un jour à sanctifier toute cette masse , où il a été mêlé par ces royales mains, la postérité la
* Cette grandeet belle image se retrouve dans Démosthène {Pro Corona) et dans Cicéron. ( A. -F. Diijot. )
' Var. Première édition. Sa seule,
* Luc, xn, 49.
plus éloignée n'aura pas assez de louanges pour célébrer les vertus de la religieuse Henriette^ et croira devoir à sa piété Touvrage si mémorable du rétablissement de rÉgUse.
Que si rhistoire de TÉglise garde chèrement la mémoire de cette reine^ notre histoire ne taira pas les avantages qu'elle a procurés à sa maison et à sa patrie. Femme et mère très-chérie et très-honorée, elle a réconcilié avec la France le roi son mari^ et le roi son fils. Qui ne sait qu'après la mémorable action de TUe de Ré ^ et durant ce ïameux siège de la Rochelle, cette princesse , prompte à se servir des conjonctures importantes, fit conclure la paix, qui empêchai' Angleterre de continuer son secours aux Calvinistes révoltés? Et dans ces dernières années, après que notre grand roi, plusjalouxdesaparoleet du salut de ses alliés que de ses propres intérêts, eut déclaré la guerre aux Anglais, ne fuselle pas encore une sage et heureuse médiatrice? Ne réunit-elle pas les deux royaumes? Et depuis encore, ne s' est-elle pas appliquée en toutes rencontres à conserver cette même intelligence? Ces soins regardent maintenant vos altesses royales '; et Vexemple d'une grande reine, aussi bien que le sang de France et d'Angleterre, que vous avez uni par votre heureux mariage, vous doit inspirer le désir de travailler sans cesse à l'union de deux rois qui vous sont si proches, et de qui la puissance et la vertupeuvent faire le destin de toute l'Europe.
Monseigneur, ce n'est plus seulement par cette vaillante main et par ce grand cœur que vous acquerrez de la gloire : dans le calme d'une profonde paix vous aurez des moyens de vous signaler; et vous pouvez servir l'État sans l'alarmer, comme vous avez fait tant de fois, en
' L'orateur s'adresse ici au duc et à la duchesse d'Orléans.
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exposant au milieu des plus grands hasards de la guerre une vie aussi précieuse et aussi nécessaire que la vôtre. Ce service, Monseigneur, n'est pas le seul qu'on attend de vous; et l'on peut tout espérer d'un prince que la sagesse conseille , que la valeur anime , et que la justice accompagne dans toutes ses actions. Mais où m'emporte mon zèle ^ si loin de mon triste sujet? Je m'arrête à considérer les vertus de Philippe, et je ne songe pas que * je vous dois l'histoire des malheurs de Henriette.
J'avoue, en la commençant, que je sens plus que jamais la difficulté de mon entreprise. Quand j'envisage^ de près les infortunes inouïes d'une si grande reine, je ne trouve plus de paroles ; et mon esprit, rebuté de tant d'indignes traitements qu'on a faits à la majesté et à la vertu, ne se résoudrait jamais à se jeter parmi tant d'horreurs, si la constance admirable avec laquelle cette princesse a soutenu ses calamités ne surpassait de bien loin les primes qui les ont causées. Mais en môme temps, chrétiens, un autre soin me travaille. Ce n'est pas un ouvrage humain que je médite. Je ne suis pas ici un historien qui doive vous développer le secret des cabinets , ni l'ordre des batailles, ni les intérêts des parais : il faut que je m'élève au-dessus de l'homme, pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu. c< J'entrerai , avec David , dans les puissances du Sei- « gneur * ; » et j'ai à vous faire voir les merveilles de sa main et de ses conseils; conseils de juste vengeance sur l'Angleterre ; conseils de miséricorde pour le salut de la reine; mais conseils marqués par le doigt de Dieu , dont l'empreinte est si vive et si manifeste , dans les événements que j'ai à traiter, qu'on ne peut résister à cette lumière.
' Introîbo in potentias Domini. (Ps. lxx, 15.)
48 ORAISOIV FUNÈBRE
Quelque haut qu'on puisse remonter pour rechercher dans les histoires les exemples des grandes mutations > on trouvera que jusques ici elles sont causées^ ou par la mollesse ou par la violence des princes. En effet , quand les princes ^ négligeant de connaître leurs affaires et leurs armées, ne travaillent qu'à la chasse^ comme disait cet historien ', n'ont de gloire que pour le luxe, ni d'esprit que pour inventer des plaisirs; ou quand, emportés par leur humeur violente, ils ne gardent plus ni lois ni mesures , et qu'ils ôtent les égards et la crainte «aux hommes, en faisant que les maux qu'ils souffrent leur paraissent plus insupportables que ceux qu'ils prévoient; alors ou la licence excessive, ou la patience poussée à l'extrémité , menacent terriblement les maisons régnantes.
Charles F% roi d'Angleterre, était juste, modéré, magnanime, très-instruit de ses affaires et des moyens de régner. Jamais prince ne fut plus capable de rendre la royauté non-seulement vénérable et sainte, mais encore aimable et chère à ses peuples. Que lui peut-on reprocher, sinon sa clémence*? Je veux bien avouer de lui ce qu'un auteur célèbre a dit de César, et qu'il a été « clément jusqu'à être obligé de s'en repentir : » Cœsari proprium et peculiare sit clementiœ insigne^ qiM mque ad pœnitentiam omnes superavit ^. Que ce soit donc là, si Ton veut, l'illustre défaut de Charles aussi bien que de César : mais que ceux qui veulent croire que tout est faible dans les malheureux et dans les vaincus ne pensent pas pour cela nous persuader que la force ait manqué à son courage, ni la vigueur à ses conseils. Poursuivi à toute outrance par l'implacable malignité
' Venatus maximus lahor est,{Q. Curt., lib. viil , n. 9. )
' On lit ainsi dans Tédition originale ; les suivantes portent la clémence.
^ PuN., Hist, naty lib. vu , cap. 25.
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de la fortune, trahi de tous les siens^ il ne s'est pas maiiqué à lui-même. Malgré les mauvais succès de ses armes infortunées^ si on a pu le vaincre, on n'a pas pu le forcer ; et, comme il n'a jamais refusé ce qui était raisonnable étant vainqueur, il a toujours rejeté ce qui était faible et injuste étant captif; J'ai peine à contempler son grand cœur dans ces dernières épreuves. Mais certes il a montré qu'il n'est pas permis aux rebelles de faire perdre la majesté à un roi qui sait se connaître ; et ceux qui ont vu de quel front il a paru dans la salle de Westminster et dans la place de Whitehall peuvent juger aisément combien il était intrépide à la tète de ses armées, combien auguste et majestueux au milieu de son palais et de sa cour. Grande reine , je satisfais à vos plus tendres désirs quand je célèbre ce monarque; et ce cœur, qui n'a jamais vécu que pour lui , se réveille tout poudre V qu'il est, et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher, à qui ses ennemis mêmes accorderont le titre de sage ei celui de juste, et que la postérité mettra au rang des grands princes, si son histoire trouve des lecteurs dont le jugement ne se laisse pas maîtriser aux événemeuts ni à la fortune*.
Ceux qui sont instruits des affaires , étant obligés d'avouer que le roi n'avait point donné d'ouverture ni de prétexte aux excès sacrilèges dont nous abhorrons la mémoire, en accusent la fierté indomptable de la nation ; et je confesse que la haine des parricides pourrait jeter les esprits dans ce sentiment. Mais quand on considère déplus près l'histoire de ce grand royaume^ etparticu-
* * ' Vàr. Premières édition^. Tout cendre qu'il est.
* Jusque dans le profond abaissement où «le comble du malheur a réduit Charles I*', Bossuet sait conserver à cet infortuné monarque un cartctère de grandeur que l'histoire n'a point démenti. Hume a justifié la prédiction de Bossuet par l'équité de ses jugements sur Charles I"". (B. )