‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 110 sur 210 · HISTOIRE DU TROISIÈME ANGE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU TROISIÈME ANGE

Parmi les purs esprits de flamme rangés autour du trône du Tout-Puissant, cercles de lumière qui, s'éloignant du centre éternel, transmettent ses rayons de tous côtés (26) -semblables aux sphères aériennes qui propagent, à l'entour, les ondulations des sons harmonieux,— jusqu'à ce que l'éclat répandu au loin se perde dans l'infini! premiers, et debout au pied du trône, comme les élus choisis de Dieu, se rangent les Séraphins. Sur leur bannière flottante, on lit ces mots brûlans : « Amour divin ! » Leurs rangs, leurs honneurs surpassent de beaucoup ceux des Chérubins aux fronts superbes, quoique ces derniers connaissent tout ; tant, au Ciel même, l'amour l'emporte sur la science !

Parmi eux était jadis Zaraph : jamais esprit consumé du feu sacré n'aspira vers l'Eternel d'un désir plus Yif et plus ardent. L'amour n'était pas pour son âme passionnée ce qu'il était aux autres anges, une portion seulement de l'existence , mais la vie tout entière , le souffle même de son cœur.

Souvent, quand du front du Très-Haut s'échappait un éclair trop vif pour le supporter, et que tous les Séraphins se voilaient le visage de leurs ailes, et n'osaient contempler tant d'éclat, les yeux de cet esprit cherchaient cette lumière terrible qu'il s'enorgueillissait d'adorer, aimant mieux perdre la vue dans cet éblouissement que de ne pas admirer! De même aussi, lorsque les anges chantaient la miséricorde de Dieu, et qu'ils accordaient leurs harpes pour célébrer, par de doux accords, l'instant, épié par tous les yeux, où quelque pécheur repentant touchait le seuil du ciel , alors la voix pure et mélodieuse de Zaraph s'élevait joyeuse au-dessus des autres ! L'amour animait chaque accent, cet amour qui seul peut appartenir aux bien-

heureux, qui seul peut prêter, même aux anges, de si célestes chants !

Hélas ! fallait-il qu'il en fût aux cieux comme ici-bas, où il ne se voit rien de tendre et de brillant qui ne soit proche de la douleur et du danger, où le mal et le bien se tiennent de si près que ce que nous prenons pour l'effroi de la vertu n'est souvent que le premier trouble d'un cœur qui penche vers lecrime, où l'amour n'a pas de sanctuaire si pur ni si sacré que l'odieux serpent du mal ne puisse se glisser sous l'autel, aux momens même de bonheur et de sécurité!

Il en advint ainsi de l'ange : telle fut la pente insensible qui l'entraîna du bien au mal, d'un amour sacré à un amour coupable ; chute, hélas , trop facile ! Enlacé par l'attrait magique de la beauté, en quelque lieu qu'il la découvrît, cet esprit amoureux descendit des mondes brillans qui peuplent l'espace au-delà de la lune, jusqu'aux yeux rayonnans qui éclairent la terre, et bientôt l'amour du Créateur se perdit dans l'amour de la créature !

Ce fut pendant le crépuscule du soir, sur le rivage de la mer tranquille, qu'il entendit, pour la première fois, les sons du luth et la voix de celle qu'il aima glisser sur les eaux argentées, qui restaient muettes, comme si elles eussent craint d'arrêter, par un souffle, le pèlerinage de ce doux chant. Ces délicieux accords flottaient dans l'air, puis allaient se perdre dans la lumière qui brillait au loin par-delà les limites de l'Océan, là, où, franchissant les bords dorés de l'horizon, les flots du jour roulent en cascades étincelantes jusque dans l'Elysée! Elle chantait Dieu et la douce miséricorde qui sourit à jamais auprès de son trône redoutable, prête à s'emparer, pour les éteindre, des foudres vengeresses lancées sur le pécheur ! Elle chantait la paix, l'amour expiatoire dont l'étoile brille au-dessus de ce monde d'espérance et de crainte, et que les yeux éplorés de la foi fixent si tendrement, que la lumière de ce bel astre semble se réfléchir dans chacune de ses larmes! Elle chantait : la pitié respirait dans ses chants, et l'ange ravi, recueillant les sons qui volaient sur les eaux dormantes, au-dessus desquelles il

planait, épiant les derniers rayons du jour, crut entendre une voix sortie des vagues; un écho de l'harmonie lointaine d'Eden, répétée par quelque esprit dont les doux accens arrivaient affaiblis à la surface de la mer.

Mais, remontant bientôt à la source de ce chant mélodieux, il vit une jeune vierge debout sur le sable doré du rivage; les flots expirans déposaient à ses pieds, avec un soupir, leur dernier tribut; ainsi, dans l'Orient, les esclaves épuisés déposent le don fatal apporté de si loin, et meurent! Tandis que, suspendu à ses côtés, son luth se taisait, comme incapable de rivaliser avec le torrent d'harmonie qui coulait encore de ses lèvres, elle leva, dans une douce extase, ces yeux dont la lumière semblait faite pour être adorée, plutôt que pour adorer : ces yeux qui regardent du haut du ciel, mais que jamais auparavant on ne vit s'élever vers lui !

Amour, religion, musique! seules traces d'Eden sur cette terre, seuls trésors qui, depuis la chute de nos faibles âmes, rappellent encore leur haute et glorieuse origine, oh! que vos ravissantes rêveries s'enchaînent doucement l'une à l'autre! que de fois l'amour, malgré tout ce qui l'attache à la terre, n'a-t-il pas emprunté les ailes de la religion, quand le temps ou la douleur avaient énervé les siennes! Combien la religion et ses extases ne sont-elles pas près du précipice trompeur de l'amour! tandis que la musique... oh! la musique est le lien par lequel ils tiennent aux cieux, la langue de leur sphère natale, que, sans elle, ils eussent oubliée ici-bas.

Comment Zaraph aurait-il donc pu échapper aux séductions de cet instant? Un être si beau ! dont le souffle harmonieux semblait dérobé au ciel même, plongé dans un ravissement que les Séraphins auraient été orgueilleux de partager! Oh! il sentit, hélas ! trop bien, cette douce magie, et son transport fut chèrement payé! A peine savait-il, lorsque enfin il succomba, lequel de ces trois charmes puissans, l'amour, la religion, la musique, avait perdu son âme à cette heure si douce!

Douce fut cette heure, quoique chèrement conquise, et pure autant que pouvait l'être une chose de la terre; alors, le soleil

glorieux vit, pour la première fois, devant l'autel de la religion, deux cœurs unis par les liens dorés de l'hymen, jurer de vivre et de mourir en aimant : alors, le front de la vierge porta, pour la première fois, cette guirlande d'hyménée, qu'un second vœu ne peut ni replacer, ni faire refleurir après qu'elle est fanée (27). Union bénie! fondée par un ange et digne d'une telle origine! seul asile paisible et sûr où l'Amour, après sa chute et son exil du Ciel, puisse encore trouver une patrie dans ce monde ténébreux!

Quoique l'Esprit eût erré, qu'attiré par les sourires d'une femme, il eût quitté son rang parmi les bienheureux, laissant une passion terrestre ternir la pureté de son cœur et obscurcir l'image de Dieu, si brillante en son âme ; cependant , jamais le Très-Haut ne regarda une faute d'un front moins sévère. La colère de sa justice se changea presque en sourire avant d'atteindre les coupables; car leur amour était humble, mêlé de crainte et de tremblement : trésor caché que la loi sainte n'avait point purifié, dont ils contemplaient la beauté avec remords, et sur le prix duquel ils pleuraient. L'Humilité , modeste et douce racine de toutes les vertus célestes, habitait dans leurs cœurs, surtout dans celui de Namah. Seule elle semblait ignorer les charmes qui avaient enlevé au Ciel un Ange, et lorsque, rencontrant les yeux de son Séraphin , elle cachait l'éclat des siens dans le sein de son amant, sa joie même était tempérée par la pensée : «Quel droit avais-je à tant de bonheur?»

Encore moins une vierge si douce aurait-elle pu nourrir le désir de connaître, cette vaine soif, malédiction de toute la race féminine, depuis la trop curieuse Eve, jusqu'à celle qui se glissa près du tabernacle pour surprendre les secrets des anges (28). Non, rendre à son Séraphin amour pour amour, avec une Foi toujours la même dans le plaisir, dans la douleur ; cette Foi qui, dût la lumière s'éclipser, attendrait son retour , fixe et immobile comme l'angle qui marque sur le cadran le cours du soleil; avec cette Patience qui , souvent courbée par l'orage, se relève dès qu'il est passé; avec cette Espérance qui, à travers le sombre nuage du Mal, voit encore percer le Bien comme un rayon de

soleil! Ce profond et confiant Amour, plus précieux, même au Ciel, que tout le trésor de savoir d'un Chérubin, cette Foi, que rien n'eût ébranlée, étaient l'unique joie, l'ambition, l'orgueil de son tendre cœur, le but de tout son avenir, dans ce monde et aux cieux, tant elle sentait qu'il y a moins de bonheur à savoir qu'à croire et à espérer.

Ils cheminaient ainsi dans leur humilité, confus, mais purs aux yeux de Dieu; offrant à la terre un spectacle plein de douceur et de beauté, lorsque, le front éclairé par la lueur sainte qui brillait sur l'autel, ils s'agenouillaient pour prier, se tenant par la main, à côté l'un de l'autre. Anneaux d'amour, détachés un instant de la grande chaîne céleste, mais à jamais unis ensemble; splendeurs tombées (29) de l'arbre qui fleurit éternellement (30) ; tendres fleurs arrachées par l'aquilon, mais conservant, après leur chute, même éclat et même fraîcheur.

Leur seul châtiment, — toute faute, quelque douce qu'elle soit, entraîne une punition,— le seul arrêt prononcé contre eux, fut qu'aussi long-temps que la terre verdoyante et l'océan azuré existeraient, ils erreraient tous deux ici-bas , sans changer de cœur ni de forme, à travers les siècles, contemplant de loin le glorieux séjour, dont ils voient la lumière éloignée, mais fixe : pèlerins d'amour, dont la route est le Temps, et la patrie l'Éternité! Soumis, cependant, à tousles maux contre lesquels le véritable Amour lutte dans cette vie, aux vains souhaits, aux espérances vaines, au froid qui convertit en vapeur terrestre les soupirs les plus ardens, au doute dont il se nourrit , à l'amertume cachée dans sa douceur même, et aux illusions, plus funestes encore, qui l'attirent, par leur faux éclat, jusqu'au bord du précipice, qui le tentent sur sa route déserte à travers ce monde désolé, l'invitant à se pencher et à boire aux rives où l'eau trompeuse fuit ses lèvres avides , et qu'il abandonne enfin en soupirant, pour suivre le chemin qui mène à cette patrie lointaine, où sa soif ardente sera enfin étanchée.

Ils supportent toutes ces épreuves, et n'en ont pas moins des momens riches de bonheur; d'heureuses réunions, après plusieurs jours de veuvage passés loin l'un de l'autre, alors qu'on

revoit la figure aimée, sans nuage et sans larmes; de tendres aveux épanchés mutuellement d'âme à âme, sans mélange de crainte et de doute, purs comme la lumière que le soleil verse aux étoiles, et qu'à leur tour elles lui renvoient ! Heureuse union des cœurs où, confondus ensemble, chacun abandonne sa propre existence pour en ressaisir une nouvelle plus délicieuse ! Telles sont leurs joies, que couronne l'espoir béni de l'heure brillante qui verra leurs âmes heureuses, animées de facultés nouvelles, s'élever pour ne plus tomber, récompensées de leur confiance en celui qui est la source de toute bonté. Secouant alors de leurs ailes affranchies la vile poussière de la terre, elles planeront dans ces régions lumineuses où l'amour ne meurt jamais!

Dieu et les anges, qui veillent d'en haut sur eux, savent seuls dans quelle contrée solitaire habitent ou voyagent maintenant les deux pèlerins; mais si, dans nos courses vagabondes, nous rencontrions un jeune couple, à la beauté duquel il ne manque que de brillantes ailes pour ressembler aux habitans des deux, qui brille en quelque lieu que se dirigent ses pas, et dont le lot terrestre est cependant humble, comme celui de la violette qui fleurit inaperçue au bord des sentiers, et qui, sans son doux parfum, se laisserait oublier ; deux mortels qui n'ont qu'un cœur dans chaque pensée, dont les voix expriment le même vouloir, se répondant comme l'écho qui répète, de colline en colline, les sons d'une musique aérienne avec tant de fidélité qu'on chercherait en vain à deviner quel est l'écho et quels sont les accords; dont la piété est tout amour, et dont l'amour, quoique unissant leurs âmes dans une vive étreinte, n'appartient pas à la terre, mais au ciel : ainsi deux glaces polies, placées vis-à-vis l'une de l'autre, se renvoient la lumière qui leur vient des cieux : si jamais nous rencontrions rien d'aussi pur, d'aussi parfait ici-bas, rappelons-nous qu'il n'existe en ce monde qu'un seul couple aussi divin, et les bénissant dans leur passage à travers le désert de la vie, disons : «Puissent Zaraph et Namah gagner bientôt la céleste patrie ! »

(1) « Ayant pris son origine dans une erreur commise parles Seplanlc en tra- » (luisant un verset du sixième chapitre de la Genèse, etc. »

L'erreur de ces interprètes (qui est, dit-on, aussi dans la vieille version italique ) consiste à avoir fait des « fils de Dieu» les « angfs de Dieu » : oc oiyy tïot rev 0e ov ; méprise qui, avec l'aide des Commentaires allégoriques de Philon , et les fictions absurdes du livre d'Enoch ', était plus que suffisante pour frapper l'imagination d'écrivains demi-païens, comme saint Clément d'Alexandrie, Tcrtullien et LacHancc,ceux des Pères de l'Eglise qui se sont le plus livrés à des rêveries d'imagination sur ce sujet. Le plus grand nombre cependant a rejeté cette fiction avec indignation. Saint Chrysoslome, dans sa vingt-deuxième homélie sur la Genèse, en démontre vivement l'absurdité ', et saint Cyrille considère une supposition telle que iyyvç p.wpiaç, « comme voisine de la folie3.» Selon ces Pères (et leur opinion a été suivie par tous les théologiens, depuis saint Thomas jusqu'à Caryl et Lightfoot * ), le terme de « fils de Dieu » doit être compris comme désignant les des-

' Il est déplorable de penser qnc cette absurde production, que nous connaissons maintenant tout entière, grâce à la traduction du docteur Laurence, ait jamais été regardée comme un ouvrage inspiré et authentique. Voyez la Dissertation prtfi* minaire, à la tête de la traduction de M. Laurence.

a Un des argumens de Chrysoslome, c'est que dans l'Ancien Tcs'amcnt les anges ne sont nulle autre part appelés « fils de Dieu ; »> mais son commentateur, Montfaucon, prouve qu'il s*cst trompé, et que dans le livre de Job ils sont désignés ainsi (ch. i, v. 6), tant dans l'original hébieu que dans la Vulgate, quoique effectivement ce nom ne se trouve pas dans la version des Septante, la seule, dit-il, qu'ait lue saint Chrysostome.

3 Lib. n, Glaphyrorum. — Pbilastrius, dans son Enumeration des hérésies, classe parmi elles celte histoire des Anges, et dit qu'elle doit être rangée au nombre des fictions sur les dieux et les déesses, sorties de l'imagination des poêles païens. « Sicuti et paganorum et poelarum, mendacia adserunt deos dea.^quc transformais nefanda, conjugia commisisse. » (De Hceres, édition de Basil, p. 101.)

4 Ligbtfoot dit : « l es fils de Dieu ou les membres de l'Eglise, et la progéniture de Seth, s'allièrent indifféremment et au hasard avec les filles des hommes ou la race de Cain, etc. » Je trouve dans Pole que, selon la version samaritaine, la

ISO THOMAS MOORE.

cendans de Seth par Enos, famille particulièrement favorisée du Ciel, parce que ce fut parmi elle que les hommes commencèrent pour la première fois «à invoquer le nom du Seigneur,» tandis qu'ils supposent que, par « les iilles des hommes, » on de'signait la race corrompue de Caïn. La probabilité cependant est que les mots en question auraient dû se traduire par ceux-ci : « Les fils des nobles ou les grands,» comme nous les voyons interprétés dans le Targum d'Onkelos [ la plus ancienne et a plus fidèle de toutes les paraphrases chaldéennes), et comme il paraît, d'après Cyrille, que la version de Symmaque les rend aussi. Cette traduction du passage lève tous les doutes, et débarrasse l'histoire sacrée d'une extravagance qui peut plaire à l'imagination du poète, mais qui ne peut s'accorder ave.c nos idées philosophiques et religieuses.

(2) « Et qui, à chaque instant de la nuit et du jour, transmettent à travers leurs » innombrables légions, l'écho de sa parole lumineuse.»

Saint Denis [De cœlest. hierarch.) est d'avis que lorsque Isaïe représente les Séraphins comme se criant « les uns aux autres, » son intention est de décrire ces communications de la pensée et de la volonté divine, qui passent continuellement des ordres supérieurs des anges aux ordres inférieurs : ©ta xa-j ocjto-vç touç 3£ûTaTo-J; Ispy.'flu. al âtôlnyot cpaa-cv rrîccv -rep©; tûv srspov xexpa— yjvac, cracpwç Iv to-jtm, xcHQy.'jrzp oipac, cÎvAo-jvtîç, otctcov 3eo\oy.x<Zv yvcoTéwv ol Trpcorot zoTç èzvxipoiç p.era^icJoacri.

Voir aussi dans la paraphrase de Pachymère sur saint Denis , chap. xi. un passage assez frappant dans lequel il représente toutes les créatures vivantes comme étant, à un degré plus fort ou plus faible, « les échos de Dieu. »

(3) « Je vis, du haut de l'élément azuré, une des plus belles filles des hommes, à » demi voilée dans le cristal transparent d'un ruisseau.»

Ce passage est fondé sur l'autorité ou plutôt sur l'imagination de quelques-uns des Pères , qui supposent que les femmes de la terre furent aperçues pour la première fois, par les anges, dans cette situation. Saint Basile en a même fait sérieusement le motif d'une règle assez rigoureuse pour la toilette de ses belles pénitentes, ajoutant: ixavov yap i<rxt -7rapayvp.yo-jp.svcv xa/.Ào; xal vtoùç£eou Trpo; v)8~qvvjv yovjÔEVo-at , xac côç àvôpcoTrou; o^cà Tâvrvjv àiro.Qvvj'cTXOVTa; ■S'vvjtouç ôWo<Σ?£ai.

(4) « Esprit de cette belle étoile, habitant, etc. »

L'opinion de Kircher, de Riccioli , etc. ( et je crois que c'était, jusqu'à un certain point, celle d'Origène ), est que les étoiles sont mues et dirigées par des intelligences ou des anges qui président à leurs destins. Entre autres passages de l'Eriture à l'appui de cette notion , ils citent ces mots du livre de Job: «Quand les étoiles du matin chantèrent ensemble.» — Sur quoi Kircher remarque : « Non de materialibus intelligitur . » [ Itin. 1. Isagog. aslronom. ) Yoyez aussi le très-prolixe commentaire de Carvl sur le même texte.

phrase peut être comprise tomme signifiant « les fils des juges.» Tant le mot hébreu EloJiim est susceptible de recevoir des interprétations diverses.

(5) «Les célestes gardiens qui veillent près du trône, etc.. »

«Les gardiens [watcfiers), race du Ciel. » Livre d'Enoch. Dans Daniel aussi, les Anges sont appelés gardiens. — « Vo'.ci que lout-à-coup un ange gardien et un saint descendirent du ciel.» Chap. lv. vers. 13.

(6) « Alors ce breuvage enivrant de la terre , etc. »

Pour tout ce qui a rapport à la nature et aux attributions des anges, à l'époque de leur création, à l'étendue de leur science, et au pouvoir qu'ils possèdent ou qu'ils peuvent prendre parfois de remplir les fonelious humaines, comme de manger, de boire, etc., etc., je renverrai ceux qui désireraient de plus amples informations sur ce sujet aux ouvrages sui vans : Traité sur la hiérarchie celeste, écrit sous le nom de Denis l'Aréopagite , dans lequel, parmi beaucoup de choses lourdes et puériles, ou trouve quelques notions sublimes sur l'aclion ou l'influence de ces créatures spirituelles ; — Questions «De cognitione angelorum,» de saint Thomas, dans lesquelles il examine fort au long plusieurs points obscurs, lois que de savoir «si les anges s'éclairent mutuellement, s'ils se parlent entre eux, etc., etc. ;» — le Thesaurus de Cocceius, contenant plusieurs extraits des ouvrages de presque tousles théologiens qui ont traité ce sujet; — les neuvième, dixième et onzième chapitres du sixième livre de « l'Histoire des Juifs, » ou sont rapportées toutes les rêveries extraordinaires des Rabbins ' sur les Anges et les Démous ; — les Questions attribuées à saint Athanase; — le Traité de Bonaventure, sur les ailes des Séraphins2 ; et, en dernier lieu, le lourd in-folio de Suarez « De Angelis, » où le lecteur trouvera tout ce qui a jamais été imaginé ou raisonné sur un sujet que de tels écrivains ont seuls pu rendre aussi ennuyeux.

(7) « Alors la coupe fatale épancha pour la première fois sa liqueur sur mes lèvres. »

Quelques-unes des circonstances de cette partie du poème m'ont été suggérées

' Le passage suivant peut donner une idée do ce bizarre ouvrage : « Les anges ne savent point la langue chaldaïque ; c'est pourquoi ils ne portent pointa Dieu tes oraisons de ceux qui prient dans cette langue. Ils se trompent souvent; ils ont des erreurs dangereuses; car l'ange de la mort, qui est charge de faire mourir un

homme, en prend quelquefois un autre, ce qui cause de grands désordres Ils

sont chargés de chanter devant Dieu le cantique :« Saint, saint est le Dieu des arme'es; mais ils ne remplissent cet office qu'une fois le jour, dans une semaine, dans un mois, dans un an, dans un siècle ou dans l'éternité. L'ange qui luttait contre Jacob le pressa de le laisser aller, lorsque l'aurore parut , parce que c'était son tour de chanter le cantique ce jour-là, ce qu'il n'avait encore jamais fait. »

s Je n'ai pu consulter cet ouvrage (qui, malgré son titre, est probablement .iusm ennuyeux que tous les autres ), l'ayant vainement cherché dans la Ribliothèquc royale à Paris, quoique je lusse aidé par le zèle et la complaisance de MM. Langlcs etVan-Pradt, qui, par leur administration libérale de ce très-libéral établissement, ont tant de titres à la vive et sincère reconnaissance du monde litléiaire, non seulement pour l'effet immédiat dune telle conduite, mais aussi pour l'exemple utile qu'elle donne.

par la légende orientale des deux anges, Harut et Marut, racontée par Mariti, qui dit que l'auteur du Taalim fonde là-dessus l'origine de la prohibition du vin chez les mahométans. Le Bahardanush rapporte l'histoire différemment.

(8) « Pourquoi les anges malheureux partagent-ils avec les hommes le fatal pri- » vilége de voir?»

Tertullien imagine que les paroles de saint Paul, «la femme doit avoir un voile sur la tète ', à cause des anges, » se rapportent évidemment aux funestes effets que la beauté des femmes produisit autrefois sur ces êtres spirituels. Voyez l'étrange passage de ce père ( De virgin, velandis ), commençant ainsi : « Si enim propter angelos, » etc., où son éditeur, Pamelius, essaie de sauver sa moralité aux dépens de sa latinité , en substituant le mot excussat -à excusât. De tels exemples d'indécorum ne sont cependant que trop communs chez les Pères de l'Église. Je n'ai besoin pour appuyer cette assertion que de renvoyer le lecteur à quelques passages du traité du même écrivain intitulé « De anima;» aux second et troisième livres du Pédagogue de Clément d'Alexandrie, et aux exemples que la Mothe le Vayer a tirés de saint Chrysostome, dans son Hexaméron rustique, journée seconde.

(9) « Depuis le jour où Lucifer entraîna dans sa chute le tiers des étoiles bril- » lantes, etc. »

«Et sa queue entraîna le tiers des étoiles du ciel, et les jeta sur la terre. » Révélât. XII , 4. — « Docent sancti ( dit Suarez ) supremum angelum traxisse secum tertiam partem stellarum.» Lib. vu, cap. vn.

(10) « Rien de si radieux ne s'était élevé, revêtu de la beauté terrestre, pour » combler dans les cieux cette lacune de lumière et de gloire.»

L'idée des Pères de l'Eglise était que les vides que cette chute avait faits parmi les différens ordres des anges devaient être comblés par la race humaine. Une autre opinion, soutenue par l'autorité du pape, c'est que ce ne fut que le dixième ordre de la hiérarchie céleste qui tomba, et que par conséquent les promotions qui parfois ont lieu de la terre au ciel ne sont destinées qu'à compléter ce seul grade, ou, comme l'explique Salonius [Dial, in Eccl.) — «Decern sunt ordines angelorum, sed unus cecidit per superbiam, et idcirco boni angeli semper laborant, ut de hominibus numerus adimpleatur, et proveniat ad perfectum numerum, id est, denariurn.» Selon quelques théologiens, les vierges seules étaient admises «ad collegium angelorum ;» mais l'auteur2 du « Speculum Peregrinarum Questionum» leur dispute ce privilège exclusif: — «Hoc non videlur verum, quia multi, non virgines, ut Pelrus et Magdalena, multis etiam virginibus eminenliores sunt. » Decad. Il, cap. x.

(11) «C'était Rubi.»

J'aurais pu choisir peut-être un nom plus poétique ; mais j'ai voulu par celui-ci (comme par celui de Zaraph dans la troisième histoire) définir la classe particulière

1 Première Épître aux Corinthiens, x:. < Traduction du docteur Maclinight, p. 10.) * F. Bartholonia.is S.bvlla.

d'esprits à laquelle l'ange appartenait. L'auteur du livre d'Enoch, qui estime à deux cents le nombre des anges qui descendirent sur le mont Hermon , dans l'intention de faire l'amour aux femmes de la terre, donne les noms de leurs principaux chefs. — Samyaza , Urakabaramiel , Akibiel , Tamiel, etc., etc.

Dans le culte hérétique qu'on rendait aux anges pendant les premiers siècles du christianisme, une des cérémonies les plus importantes était, à ce qu'il semble, de les nommer ; car celte pratique est expressément défendue par le trente-cinquième canon du concile de Laodicée, ovoftaÇsiv tov; ay'/Aovr. Joseph mentionne aussi, parmi les rites religieux des Esséuiens, leur serment de conserver les noms des anges : g-vvtt^ov^cv ya tw» ù.yyz)xov ovc/'u.a-a. De bell. Jud. lib. n, cap. 8. Voyez sur ce sivet Van-Dale, De origine et progress, idololatr. cap. IX.

(12) Les Chérubins. « Ces brillantes créatures nommées esprits de science.» Le mot chérubin signifie science ou savoir, — to yvoo-Tixov aj-wv xat 3eo-

tttcxov, suivant l'expression de saint Denis. De là vient qu'Ezcchiel, pour exprimer la multiplicité de leurs connaissances, les représente comme « pleins d'yeux.»

(13) « Assembla, dans les bosquets nouvellement créés d'Eden, les puissances » angéliques pour contempler, etc.»

Saint Augustin, parlant sur la Genèse, semble presque admettre que les anges eurent quelque part (aliquod ministerium) à la création d'Adam et d'Eve.

j(14) «J'avais vu naître la première femme, Eve, dans ce paradis splendide, etc. »

La question de savoir si Eve a été créée dans le Paradis, ou en dehors, a été l'objet de beaucoup de doutes et de controverses parmi les théologiens. A l'égard d'Adam, fous s'accordent à dire qu'*7 a été créé hors du Paradis. Un commentateur a pris de là occasion de demander avec beaucoup de chaleur « pourquoi la femme, qui est la plus ignoble créature des deux, a-l-elle été créée dans le Paradis l? » D'autres, au contraire, regardent celte distinction comme un juste hommage rendu à la beauté supérieure et à la pureté de la femme; quelques-uns poussent le zèle jusqu'à penser que si le lieu de sa création n'était pas déjà le Paradis, il le devint en son honneur aussitôt après cet événement. Joseph est un de ceux qui croient qu'Eve fut formée en dehors du Paradis. Tertullien, parmi les Pères, est du même avis; et parmi les théologiens, Rupert, qui, pour lui rendre justice, ne manque jamais l'occasion de montrer ses préventions contre le beau sexe. Pererius cependant ( et son opinion est regardée comme la plus orthodoxe ) pense qu'il est beaucoup plus conforme à l'ordre de la narration de Moïse , ainsi qu'aux sentimens de Basile et des autres Pères, de conclure qu'Eve fut créée dans le Paradis.

(15) « Témoin aussi de son erreur. »

L'élendue comparative de la faute d'Eve, la proportion qu'elle a avec celle d'Adam, sont d'autres points qui ont exercé le fatigant génie des commentateurs; et ils semblent généralement convenir ( toujours à l'exception de Rupert) que, comme Eve n'était pas encore créée quand la défense fut faite, et que par conséquent elle n'avait pu l'entendre ( conclusion qui se trouve confirmée d'une manière remarquable parle récit inexact qu'elle en fait au serpent2), sa part du crime de de'-

1 «• Cur denique Evam, qua; Adamo ignobilior erat, foimavil intra Pavadisum ? » 3 Rupert considère ces variantes comme faites avec intention et prévarication;

sobéissance est beaucoup plus légère que celle d'Adam '. A l'appui de cette CToyance, Pererius remarque que c'est à Adam seul que Dieu adresse ses reproches pour avoir mangé du fruit défendu, parce que l'ordre n'avait été donné originairement qu'au seul Adam. Un autre commentateur, Hugues de Saint-Victor, pousse la galanterie au point de regarder ces paroles : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, » comme une preuve que le beau sexe fut dès ce moment enrôlé au service du Ciel, devant être l'obstacle et le principal ennemi contre lequel l'esprit du mal aurait à lutter lors de ses excursions en ce monde : « Si deinceps Eva inimica diabolo, ergo fuit grata et arnica Deo. »

(16) «La nommer, le croiriez-vous?... sa vie, sa chère vie!»

Chavah, nom qu'Adam donna à la femme après leur transgression aux ordres de Dieu, signifie vie.

Epiphane, entre autres, n'est pas peu surpris de voir Adam donner ce nom à Eve, aussitôt après ce terrible arrêt de mort : Tu es poussière, etc., etc.2 . Quelques commentateurs pensent que ce nom est un sarcasme prononcé par Adam dans la première amertume de son cœur : dans le même esprit d'ironie ( dit Pererius) que celui des Grecs en nommant leurs furies Euménides, ou Douces3. Mais l'évêque de Châlons rejette cette supposition : « Explodendi sane qui id nomiuis ab Adamo per ironiam inditum uxori suae putant; atque quod mortis causa esset, amaro joco vitam appellasse4 . »

Avec le même spleen contre les femmes , quelques-uns de ces « distillateurs des Saintes Lettres » ( comme les nomme Bayle ), en traduisant le texte, «je lui ferai une compagne assortie à lui, » rendent ainsi ces trois derniers mots « contre ou contraire à lui, » ( interprétation à laquelle il paraît que l'original peut se prêter), et les représentent comme une prophétie des contradictions et des perplexités que les femmes font éprouver aux hommes dans le cours de la vie.

Il est assez étrange que ces deux exemples de la malignité des commentateurs aient échappé aux recherches de Bayle, dans son curieux article sur Eve. Il aurait trouvé un autre sujet de discussion également à son goût, dans la ridicule dissertation de Gataker sur la connaissance qu'avait Eve de t(yyt\ vcpavrtxvj, et sur la notion d'Epiphane , qu'elle lui fut enseignée dans une révélation particulière du ciel. — Miscellan. lib. XI, cap. XXXIX, p. 200.

(17) « 0 idole de mes rêves ! qui que tu sois, mortel, ange ou demi-dieu ! » Dans un article sur les Pères de l'Eglise, qui parut, il y a quelques années, dans la

il y voit le premier exemple d'une fausse interprétation volontaire des paroles de Dieu, faite dans le but de seconder la corruption et les mauvais penchans de la nature humaine. (Voyez De Trinilat. lih. m, cap. v.)

•Caietanus prononce que l'offense d'Eve est : « minimum peccatum. » Koct p.ÉTa to àx outrai, yvî z\ xai sic yrtv k-niktiafi , f«Ta tvjv Tta— pa£aa-iv. Kaî -^v ^av/Jtacrrov oti jas-toc rvjv TrapaSaa-iv tocvtvjv tvjv fxsyâlyjv ftrxsv liravvp'av. {Hares. 78, § 18. T. 1, edit. Paris. 1622.)

sLib. vi, p. 234.

*Pontus Tyard (De recta nominum impositions, p. 14).

Revue d'Edimbourg ( n° 47 ), et auquel j'ai emprunte quelque chose pour ces notes (ayant sur lui le droit de « quiddam nolum propriumque » que Lucrèce donne a la vache sur le veau ), on trouve la remarque suivante : « La croyance d'un commerce entre les anges et les femmes, fondée sur une fausse version du texte de la Genèse, est une de ces idées extravagantes de saint Justin et des autres Pères, qui démontre combien ils étaient encore peu affranchis des grossières superstitions de la mythologie païenne, et qui prouve qu'à beaucoup d'égards leur ciel n'était que l'Olympe sous un autre nom. Cependant on peut difficilement leur en vouloir de celte erreur lorsque l'on se rappelle que nous devons peut-être à leurs anges amoureux le monde fantastique des sylphes et des gnomes, et que nous ne posséderions probablement pas aujourd'hui le plus délicieux poème de Pope , si la version des Septante eût rendu (idèlement le texte de la Genèse.

Le passage suivant du comte de Gabalis, choisi entre plusieurs autres, est un de ceux qui confirment cette remarque : — « Ces enfans du ciel s'étant fait aimer des filles des hommes, engendrèreul des géans; et les mauvais cabalistes Joseph et Philon (ignorans comme le sont tous les Juifs), et après eux tous les auteurs que j'ai Dommés tout à l'heure, ont dit que c'étaient des anges, et n'ont pas su que c'étaient les sylphes et les autres peuples desélémens, qui, sous le nom d'enfans d'Elohim, sont distingués des enfans des hommes.» Voyez Entretien second.

(18) « Tant elle était fière de l'amour de son Chérubin ! »

«Nihil plus desiderari potuerint quai aDgelos possidebant , — magno scilicet nupserant. » Terlullien, De habitu mulieb. cap. n.

(19) « Alors, pour la première fois, les diamans, semblables à des yeux qui hril- » lent au milieu des ténèbres, furent surpris dans leur retraite obscure , etc. »

« Quelques gnomes, désireux de devenir immortels, avaient voulu gagnerles bonnes grâces de nos filles, et leur avaient apporté les pierreries dont ils sont gardiens naturels; et ses auteurs ont cru, s'appuyant sur le livre d'Enoch maL entendu, que c'étaient des pièges que les anges amoureux», etc., etc. — Comte de Gabalis.

Terlullien attribue tous les principaux ornemens qui composent la parure des femmes, tels que les colliers, les bracelets, le rouge, la poudre noire pour les cils, aux recherches que firent ces anges déchus dans les retraites les plus cachées de la nature, et aux découvertes qu'ils étaient à même de faire, grâce à leur divinité, de tout ce qui pouvait orner la beauté de leurs favorites terrestres. Ce passage est si remarquable, que je le citerai en entier : — « Nam et illi qui ea constituerant, damnati in pœnam mortis deputantur : illi scilicet angeli, qui ad filias hominum de cœlo ruerunt, ut haec quoque ignominia femime accédât. Nam cum et materias quasdam bene occultas, et artes plerasque non bene revelatas, seculo mullo magis imperito prodidissent ( siquidem et metallorum opera nudaverant. et herbarum ingénia traduxerant, et incantationum vires provulgaverant, et omnem curiositatem usque ad stellarum interpretationem designaverant ) proprie et quasi peculiariter feminis inslrumeotum istud muliebris gloriœ contulerunt : lumina lapillorum quibus monilia variantur, et circulos ex auro quibus brachia arctantur ; et medicameuta ex fuco, quibus lanae colorantur, et ilium ipsum nigrum pulverem quo ocu-

ïorum exordia producuntur. » De habilu mulieb. cap. il. — Voyez aussi « De cultu fem.» cap. x-

(20) « Qui ajoute une nouvelle force à Y aimant de ses charmes1.»

La même image, appliquée aux attraits de la femme, se trouve dans un singulier passage de saint Basile, dont voici la conclusion : « Acà tvjv eyovcjay xarà tov appjvog avTÎj'ç cpve7txr,v Swacrzetuv, 005 criJyjp.oç, <pr,p.t, ^roppwGcv fnayvÇjTiç, tovto irpoç lavrov payyavcueti [De vera virginitat., T. 1er, p. 727.)

Cependant il est juste d'ajouter que Hermant, biographe de saint Basile, a déclaré qu'il regardait ce traité très-profane comme apocryphe ou altéré.

(21) «Oh! ne la regarde pas ainsi, mon amour, etc.»

Je sens bien que ces charmantes paroles de lord Albemarle perdent beaucoup de leur grâce et de leur sentiment en passant par toute autre bouche que celle d'un amant mortel.

(22) Saint Clément d'Alexandrie est un de ceux qui supposent que la connaissauce de ces sublimes doctrines était venue de quelques révélations des anges ( Stromat. lib. v, p. 48). Saint Cassien et d'autres font sortir de la même source toutes les sciences impies, telles que la magie, l'alchimie, etc. « Ce fut des anges tombés (dit Zozime) que nous vint toute cette misérable science, qui n'est d'aucune utilité pour l'âme.» iravTa Ta irw/jpa xat p.r,$ev w^eXovvtoc tvjv ^Wjçhv. (Apud Phocium.)

Quelques-uns des Pères de l'Eglise pensent que la connaissance que possédaient les païens de la providence de Dieu, d'une vie future et des autres sublimes doctrines du christianisme, doit être attribuée aux révélations prématurées que les anges déchus firent aux femmes de la terre.

(23) « Cette faible lueur s'échappant des signes du Zodiaque , etc. »

« La lumière zodiacale n'est autre chose que l'atmosphère du soleil. » (Lalande.)

(24) « Telle qu'elle est gravée sur les tablettes qui furent jadis sauvées du déluge par Cham. »

Les colonnes de Selh sont ordinairement regardées comme les dépositaires de la science antédiluvienne ; mais on n'y trouva que des secrets astronomiques. J'ai donc préféré ici les tablettes de Cham, comme renfermant des informations plus variées. Jablonski en parle ainsi d'après Cassien : « Quantum enim antiquDe traditioues ferunt Cham filius Noae, qui superstitionibus ac profanis fuerit arlibus institulus, sciens nullum se posse superbis memorialem librum in arcam inferre, in quam erat ingressurus, sacrilegas artes ac profana commenta durissimis, insculpsit lapidibus. »

(25) « Celle de ce jeune ange y était ainsi tracée. »

Pachymère, dans sa paraphrase du livre De divinia nominibus, de saint Denis,

1 Je n'ai pu rendre autrement le texte, dont voici la traduction littérale : « Ni cette parure rare et pleine de goût qui rend le puissant aimant, enchâssé dans les formes de la femme, plus puissant encore. » [Note du tradueleur.)

dit, en parlant de l'incarnation du Christ, que c'était de tout temps « un mystère ineffable, inconnu même au premier et au plus vieil ange. » Il justifie cette dernière assertion par l'autorité de saint Jean dans l'Apocalypse.

(26) « Cercles de lumière qui , s'éloignant du centre éternel , transmettent ses » rayons de tous côtés. »

Voyez, dans le treizième chapitre de saint Denis, ses notions sur la manière dont le rayon de Dieu se communique, d'abord aux intelligences qui sont près de lui, puis à celles qui s'en éloignent, perdant graduellement de son éclat, à mesure qu'il traverse un milieu plus dense: ■Kpo(j6'x)lo\><ja. 31 rctVq 7ra^-JT£patç Zly.:z, ocpj^poTEpov £^£i fyjv <îia<îoTixv)V È-mepavstav.

(27) « Alors le front de la vierge porta, pour la première fois, celte guirlande » d'byménée qu'un second vœu ne peut ni replacer ni faire refleurir après qu'elle » est fanée. »

Dans l'Eglise catholique, lorsqu'une veuve se marie, je crois qu'on ne lui permet pas de porter des fleurs sur sa tète. Les anciens Romains honoraient d'une couronne pudique, corona pudicitiœ, celles qui n'entraient qu'une fois dans l'état du mariage.

(28) « Jusqu'à celle qui se glissa près du tabernacle pour surprendre les secrets des anges. »

Sara.

(29) « Deux splendeurs tombées.»

Les Séphirolhs sont les ordres supérieurs de l'Être émané clans l'étrange et incompréhensible système de la Cabale juive. Ils ont différens noms, la Pitié, la Beauté, etc. On suppose que leurs influences agissent à travers certains canaux qui communiquent les uns aux autres. Le lecteur peut juger de la raison de ce système, par l'explication suivante : «Les canaux qui sortent de la Miséricorde et delà Force, et qui vont aboutira la Beauté, sont chargés d'un grand nombre d'anges- II y en a trente-cinq sur le canal de la Miséricorde, qui récompensent et qui couronnent la vertu des saints, etc., etc» Voyez dans l'utile abrégé de Brucker, par Enfield, un exposé concis de la philosophie cabalistique.

(30) « De cet arbre qui fleurit éternellement. »

On les représente quelquefois sous la figure d'un arbre.... «L'Ensoph, qu'on met au-dessus de l'arbre Séphirolique, ou des Splendeurs divines, est l'Infini. (Histoire des Juifs, liv. ix, chap. XI.)

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