‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 12 sur 210 · ET LA LITTERATURE IRLANDAISES. XXJ · texte numérisé non relu

ET LA LITTERATURE IRLANDAISES. XXJ

en revanche, ces langues ont jeté une lumière vive et inattendue sur le sanskrit et sur le zend. Je rappelle, à ce sujet, les admirables et importans travaux de MM. Eugène Burnouf et Bopp. La presque identité des idiomes sanskrit et zend ayant été démontrée par ces savans, on a rapproché les hymnes des Védas et du Zend-Avesta, dont le culte offre une magnifique parabole de l'Écriture sainte.

» Les langues romanes, slavonnes et teutoniques modernes, n'ont pas été négligées. MM. Grimm, Dietz, Raynouard, Dombrowsky, et bien d'autres, se sont acquis un immortel mérite, glorieusement proclamé par l'Europe savante.

»Une autre série de langues, habilement explorée, se compose de la famille hébraïque, arabe et arménienne. La famille des idiomes de la Chine fut d'abord cultivée par les jésuites, qui se sont acquis un mérite immortel.

» D'autres races de langues sont encore peu exploitées ; je cite entre autres les débris des idiomes celtiques, sur lesquels tant d'esprits bizarres se sont si bizarrement exercés. Croira-t-on, par exemple, que les manuscrits les plus précieux pour la connaissance du dialecte de la vieille Irlande, que les lois des anciens juges de l'île pourrissent dans quelque bibliothèque ou au Vatican de Rome? Tout cela court le plus grand danger de périr à jamais avec la langue gaélique, aujourd'hui presque entièrement éteinte. Quand cette langue aura complètement disparu, qui nous expliquera les codes? et cependant l'étude de l'irlandais est d'un prix inestimable ; cet idiome peut seul nous ouvrir l'intelligence de la Gaule primitive, qui parlait un idiome parent de l'irlandais. C'est en Irlande et dans la haute Ecosse, ce n'est pas dans le pays de Galles et dans la Basse-Bretagne, qu'il faut étudier les monumensde la pensée que nous a laissés un peuple vaillant, anciennement conquérant de Rome. Les Romains l'ont entièrement métamorphosé, en lui enlevant langue, religion, institutions. »

Quoique plusieurs causes aient contribué à l'anéantissement des vieux manuscrits irlandais , néanmoins ce pays en possède un plus grand nombre qu'aucune autre nation de l'Europe. Ayant été instruits dans l'usage des lettres bien avant le temps des Grecs, ils ont pu transmettre à la postérité leur histoire primitive. Cependant, malgré le témoignage de tant de preuves irrécusables, il y a peu de sujets historiques qui aient autant occupé les philologues et les antiquaires, que celui des habitans primitifs de l'Irlande et de l'époque de

XXij APERÇU SUR LES ANTIQUITES

leur premier établissement dans ce pays. Les autorités insulaires, comme nous l'avons vu , les font venir de l'Espagne, et les appellent Scuits. Mais jusqu'à présent l'on n'a pu dire au juste à quelle famille du genre humain ces Scoti appartiennent. Les écrivains anglais, toujours injustes envers les Irlandais, ont entièrement rejeté les récits et les, traditions de ces derniers, sans daigner même les examiner; tandis que des auteurs plus zélés que prudens ont voulu faire passer comme vérités irrécusables des légendes non appuyées du témoignage des écrivains de l'antiquité. En examinant les institutions, les mœurs, les coutumes, la religion des Celtes Gaulois et Bretons du temps des Romains, l'on découvre que ces anciens Bretons et Gaulois parlaient la même langue gaélique. Tout porte à croire qu'ils descendaient du même peuple. Langue, lois, institutions, tout indique une origine celtique.

Selon César, les Gaulois se plaisaient à raconter leur généalogie ; il en est de même du Gaël de l'Irlande. Cette habitude a beaucoup contribué à conserver dans leurs traditions l'histoire des familles de leurs anciens rois. Les récits qu'on en possédait, chantés par des bardes et des chroniqueurs jusqu'à une époque assez récente, furent écrits, embellis et exagérés sans doute par l'imagination de ces mêmes bardes.

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