‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 13 sur 210 · LES CELTES. — LES PHÉNICIENS · texte numérisé non relu

LES CELTES. — LES PHÉNICIENS

A combien de controverses l'histoire des Celtes n'a-t-elle pas donné lieu ! Malgré tout ce que les savans et les érudits ont écrit sur ce peuple, leur origine est aussi peu connue aujourd'hui que si cette question n'eût jamais été agitée. Les écrivains de l'antiquité comprennent sous le nom de Celtes tous les habitans des rives occidentales de l'Europe. Hérodote dit que l'Espagne, la Bretagne et la plus grande partie delà Gaule étaient soumises à ce peuple. César, qui a donné des détails si étendus sur les institutions des habitans primitifs de ces pays, se tait sur leur origine. Suétone dit qu'elle se perd dans la nuit des temps.

La ressemblance frappante qui existe entre le langage, la religion et les institutions des Phéniciens et des Celtes démontre que les Phéniciens entretenaient des relations de commerce avec l'Espagne, la Gaule celtique et les îles Britanniques. Trouvant que ces îles possédaient une grande quantité de métaux précieux, ils s'en emparèrent, et finirent par en chasser les habitans primitifs. L'histoire fabuleuse de Jeoffrey de Monmouth, qui a

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. XXiij

écrit au commencement du douzième siècle , ainsi que les Triades, et les fictions des auteurs du pays de Galles, avaient accrédité l'opinion erronée que les anciens Bretons, après avoir été abandonnés par les Romains, s'étaient réfugiés dans ce dernier pays pour se soustraire au joug des Saxons. Selon ces récits, les anciens Bretons y auraient maintenu leur indépendance et transmis à leurs descendants leur langage, leurs lois et leurs institutions.

Les érudits ont découvert qu'à l'exception d'un petit nombre de mots, il n'existe aucune analogie entre la langue gaélique et celle que l'on parle de nos jours dans le pays de Galles. Ils sont parvenus à démontrer qu'un peuple parlant la langue irlandaise a dû précéder les Gallois, et qu'il donna des noms non seulement aux lieux les plus célèbres de cette province, mais aussi à toutes les parties de l'Angleterre. La langue parlée en Irlande et dans les montagnes de l'Ecosse peut seule expliquer les noms des rivières et des lieux remarquables du pays de Galles. Tout porte donc à démontrer que les Pietés de l'Ecosse furent les ancêtres de ceux du pays de Galles. Ils conquirent cette province à la chute de l'empire romain, et s'appelèrent Cymbri. C'était une colonie des Cymbri, peuple des côtes voisines de la Chersonese cymbrique. Telles sont l'origine et l'histoire du Gaël et du Cymbri. Ce qui n'offrait auparavant que confusion et contradiction devient évident, et détruit les opinions erronées de presque tousles écrivains anglais qui les adoptèrent sans examen sur l'autorité de Jeoffrey de Monmouth, et les firent accréditer parmi les autres nations de l'Europe.

La langue irlandaise est celle d'un peuple commerçant et navigateur, comme le démontrent le grand nombre de ses synonymes pour les termes de marine. Elle contient près de vingt mots différens pour exprimer la mer, les rivages, les vaisseaux, les bateaux, etc. Une preuve de plus en faveur de son origine phénicienne, c'est que la plupart de ces mots ne sont formés que de monosyllabes.

Les Celtes, à l'époque de leur arrivée en Europe, furent un peuple lettré, comme le prouvent les relations de César, de Diodore de Sicile; ayant trouvé les îles Britanniques habitées par des peuples qui avaient l'habitude de peindre leurs corps, ils leur donnèrent le nom de brit peint, daoine peuple, que l'on prononce briteen, peuple peint ; ils appelèrent les îles brits peint, tana pays : le pays des hommes peints.

Les Irlandais, qui furent appelés Scoti par les auteurs romains

XXÎV APERÇU SUR LES ANTIQUITES

de la décadence et Scuits par les Anglo-Saxons, ont cessé de porter depuis long-temps ce nom, que l'on donne exclusivement aux habitans du nord de la Grande-Bretagne. Demandez à un montagnard d'Ecosse le nom de son pays, il répondra qu'il n'est pas Écossais, mais bien Albanach ou Gael. Il nous paraît donc démontré que d'anciennes colonies de Phéniciens, portant le nom de Gaël, Gaëltach, ou Celtes, s'établirent en Espagne, en Bretagne et en Gaule, long-temps avant 1ère chrétienne; les Irlandais, les Gaëls de l'Ecosse et les Manks, leurs véritables descendans, sont les seuls qui parlent le langage de cet ancien peuple. Bien qu'il soit fort difficile de changer les opinions accréditées parmi les historiens ou de détruire les préjugés nationaux, l'on ne peut se refuser à des témoignages d'une véracité irrécusable. On démontrera que les Phéniciens ont donné des noms aux côtes de la Méditerranée, de l'Espagne, de la Gaule celtique et des îles Britanniques ; c'est, par conséquent, à eux que remontent les antiquités des Celtes et de la plupart des peuples maritimes de l'Europe.

Les écrivains de la Grèce et de Rome, loin d'éclairer l'histoire ancienne, ont contribué à la rendre encore plus obscure. Ils ont cherché à introduire dans leur propre histoire les faits les plus saillans de celle des Phéniciens, et à détruire les monumens historiques d'un peuple auquel ils furent redevables de leur littérature et de leur civilisation.

Ces mêmes Phéniciens etles Égyptiens furentles peuples les plus instruits etles plus civilisés de l'antiquité. Les Grecs orgueilleux reconnaissent avoir reçu leurs lettres de Cadmus. Leur désir d'attribuer l'honneur de toutes les inventions à leurs compatriotes les a portés à dénaturer la vérité historique. La Phénicie, maîtresse absolue des mers, tenait le même rang parmi les nations de l'antiquité que l'Angleterre parmi celles des temps modernes. Les Grecs ne purent que l'imiter dans la suite, sans jamais pouvoir atteindre à la supériorité qu'elle avait acquise dans ses entreprises navales. Après la destruction de Tyr par Alexandre, ils s'approprièrent les héros et les découvertes des Phéniciens.

La langue phénicienne est restée dans l'oubli depuis près de deux mille ans; elle a été si peu connue des savans, que Spanheim, Bochart, Gebelin et les plus grands érudits, ayant échoué dans leurs efforts d'interpréter les inscriptions trouvées sur des monnaies, des médailles et des marbres, ont cherché en vain à les expliquer par l'hébreu. Quel service immense ne rendraiton pas à l'histoire , si l'on parvenait à découvrir qu'il existe de

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