‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 124 sur 210 · QUE LA COUPE CIRCULE · texte numérisé non relu

QUE LA COUPE CIRCULE

Oh ! ne crois pas que mon esprit soit toujours aussi joyeux aussi affranchi d'angoisses ! N'espère pas que le sourire rayonnant du soir revienne avec le matin éclairer mon front !

Non, la vie est une dissipation de quelques heures fatigantes que la rose du plaisir vient rarement orner, et le cœur qui respire avec le plus d" ivresse le parfum des fleurs est toujours le premier que déchirent les épines !

Mais que la coupe, circule, et soyons heureux un moment! Puissions-nous dans notre pèlerinage ici-bas ne rencontrer jamais que les pleurs que la jouissance peut dorer d'un sourire, et les sourires qu'une tendre pitié peut convertir en larmes!

Dieu seul sait combien la trame de notre vie serait sombre , si elle n'était entrelacée d'amitié et d'amour; et que m'importe l'heure où je descendrai dans la tombe, si jamais ces biens cessaient d'être chers à mon âme !

Ceux qui ont aimé les êtres les plus tendres , les plus purs , n'ont eu que trop souvent à pleurer l'illusion qu'ils avaient nourrie ; et le cœur qui s'est endormi sur la foi de l'amitié la plus sûre est trop heureux s'il n'a jamais été trompé.

Mais que la coupe circule ! Tant qu'un reste de vérité subsistera dans l'homme ou dans la* femme, je demanderai au ciel que le brillant soleil de l'amour puisse éclairer notre jeunesse, et la douce lumière de l'amitié consoler notre déclin !

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