PLEURERAS-TU
Quand celui qui t'adore (22) n'aura laissé derrière lui que le nom de sa faute et de ses douleurs, oh ! dis, pleureras-tu s'ils ternissent la renommée d'une vie livrée pour toi? Oui, pleure! et quel que soit l'arrêt de mes ennemis, tes larmes l'effaceront; car le ciel m'est témoin que, coupable envers eux, je ne te fus que trop fidèle.
Idole des rêves de mon premier amour, chaque pensée de ma raison fut à toi : dans mon humble et dernière prière à l'Éternel, ton nom se mêlera au mien. Oh! bénis soient les amans, les amis, qui vivront pour voir tes jours de gloire; mais après cette joie, la plus chère bénédiction que puisse accorder le ciel, c'est l'orgueil de mourir pour toi !
crois-moi !
Ah! crois-moi, si tous ces charmes ravissans, que je contemple
(21) Il existait, au temps de Giraldus, une vieille tradition sur le Lough-Neagb, qu'on disait avoir été, dans l'origine, une fontaine qui, par une crue subite, avait inondé le pays, et, comme l'Atlantide de Platon, englouti toute une région. Il dit que, par un temps clair, les pêcheurs montraient aux étrangers les hautes tours ecclésiastiques ensevelies dans les eaux. — « Piscatores aquae illius turres ecclesiasticas, quae more patriae arctœ sunt et altae, necnon et rotundae, sub undis manifesté, sereno tempore conspiciunt et extraneis transeuntibus reique causas admirantibus frequenter ostendunt. » ( Topogr. Hib. Dist. Il, chap. IX.)
(22) Ces vers font allusion à une histoire racontée dans un vieux manuscrit irlandais, qui est trop longue et trop triste pour être insérée ici.
si tendrement aujourd'hui, changeaient demain, et s'évanouissaient entre mes bras, comme les dons fugitifs des fées, tu serais encore adorée comme tu l'es à présent. Si jamais tes attraits doivent se flétrir, chaque désir de mon cœur s'enlacera plus ardent et plus tendre autour de la ruine chérie!
Tant que la jeunesse et la beauté te parent de leur éclat, lorsque tes joues n'ont pas encore été profanées par les pleurs, comment pourrais-tu connaître l'ardeur et la foi d'une âme à laquelle le temps ne te rendra que plus chère? Oh ! le cœur qui a vraiment aimé jamais n'oublie, mais aime encore, fidèle jusqu'à la fin ; comme la fleur du soleil tourne vers son dieu, quand il se couche, le même regard dont elle a salué son lever !