‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 161 sur 210 · ECRIT EN RENVOYANT UN LIVRE BLANC · texte numérisé non relu

ECRIT EN RENVOYANT UN LIVRE BLANC

Reprenez la page virginale encore blanche; quelque main plus calme et plus sage la remplira. Les pensées naissent aussi pures que le jour, pures comme vous les aimez ; mais l'amour change en flamme chaque mot que j'écris.

(52) Ces vers m'ont été* inspirés par la perte d'un parent très-proche et très-cher, mort récemment à Madère. ( Note de V auteur. J

Ah ! laissez-moi garder ce livre ; au seul aspect de ces feuilles des souvenirs bien chers s'éveilleront dans mon cœur! comme vous il est beau et brillant, comme vous trop radieux et trop beau, pour que la passion délirante puisse y tracer un vœu coupable !

Peut-être, lorsque j'errerai loin, bien loin de vos yeux, mes pensées plus calmes se tourneront vers vous, vers la patrie; alors mon imagination trouvera quelques vers dignes de vos regards, inspirations qui brillent et ne brûlent pas, candides, calmes et douces.

Et comme le registre que tient le marin vagabond, guidé sur les profondeurs de l'abîme par son étoile cachée, les mots que j'écrirai vous diront quelles tempêtes j'ai traversées, tandis que vous étiez la lumière invisible de ma route.

CHANSON BACHIQUE

Une rasade encore avant de nous quitter! Quoique plus d'une coupe ait fait le tour de la table, la plus pleine, la plus triste de toutes nous reste à vider. Les douceurs que recèle le plaisir sont toujours si lentes à éclore, que bien souvent, hélas ! nous n'en sentons le prix qu'alors qu'elles nous échappent.

Mais que la trame de notre heureuse vie se compose de pareils momens; nés au sein du plaisir, qu'ils expirent dans les pleurs de la coupe.

A mesure que nous avançons dans notre voyage, qu'il est doux de faire une pause, et d'habiter un jour ces rares oasis échauffées du soleil, seuls points riants au milieu du désert monotone. Mais le Temps, cet impitoyable maître, crie : «En avant!» et aiguillonne les heures folâtres. Oh! jamais le temps ne voyage plus vite que lorsque sa route passe au travers des fleurs.— Mais

courage! puisse la trame de notre heureuse vie se composer de pareils momens !

Di quel éclat rayonnait le soleil couchant! comme les vagues étincelaient au-dessous ! Oh ! croyez-moi, l'adieu du banquet doit être comme l'adieu de l'œil du jour! Vous l'avez yu se fermer en dardant ses rayons à la surface de la vague profonde. Versez donc ! qu'au départ nous brillions comme lui , radieux d'une auréole liquide.

Oh ! puisse notre heureuse vie se composer de momens tels que celui-ci ! né au sein du plaisir, qu'il expire noyé dans les pleurs de la coupe !

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