‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 167 sur 210 · SOUVIENS-TOI · texte numérisé non relu

SOUVIENS-TOI

Cours où t'attend la gloire ; mais dans l'exaltation du succès, oh î souviens-toi, souviens-toi ! quand la louange emmiellée à ton oreille est plus suave, oli! souviens-toi de moi! D'autres bras peuvent t'enlacer, de plus chères caresses te charmer; les joies qui te bénissent peuvent te paraître plus douces, mais quand les amis sont plus proches, quand les joies sont plus enivrantes, oh ! souviens-toi de moi !

Lorsque sur le soir tu erres aux lueurs de ton étoile chérie, oh ! alors , rappelle-toi de quels feux elle étincelait quand au logis nous revenions ensemble, et souviens-toi ! Souvent vers la fin de l'été, quand tes yeux s'arrêtent sur ces roses tardives qu'autrefois tu aimais^ tant, pense à celle qui en tressait des guirlandes, à celle qui te les fit aimer. Oh! alors pense à moi !

Quand les feuilles de l'automne tombent et meurent à tes pieds, oh ! souviens-toi de moi ! et le soir, quand le foyer brillant étincelle, souviens-toi, souviens-toi encore! Puisse l'àme de l'harmonie toute vibrante d'émotion pénétrant jusqu'à ton cœur t'arracher une larme! oh! laisse alors ta mémoire évoquer ces airs que je chantais pour toi, et souviens-toi, oh! souviens-toi de moi!

Je te vis dans l'orgueil de ta jeunesse, ô Marie! je ne songeais pas alors que la pâle maladie dût devancer le temps, et te flétrir ainsi dans ta fleur ! Cependant sur ton visage resplendissait une lumière qui ne passe pas avec le souffle; et la vie

n'apparut jamais plus pure et plus brillante que dans ton sourire de mort, ô Marie!

Comme les ruisseaux qui coulent sur des mines d'or glissent avec un murmure modeste, ignorant eux-mêmes les richesses qu'ils roulent dans leurs flots, ainsi voilé de candeur et de simplicité, brillait ton radieux génie, et ce qui charmait tous les yeux, aux tiens seuls semblait sans valeur.

S'il était donné aux âmes de toujours habiter là-haut, tu n'eusses jamais quitté ta sphère céleste, ou s'il nous était permis de retenir ici-bas les âmes d'élite, jamais nous ne t'eussions perdue, Marie ! Nous pourrons rencontrer encore des esprits richement doués, nous pourrons voir de plus beaux visages, mais vivre parmi eux est moins doux que se souvenir, ô Marie !

la vie.

Cette vie est toute bigarrée de plaisirs et de maux qui se chassent l'un l'autre comme les flots sur l'abîme. Chaque vague qui roule, brillante ou sombre, mire en passant nos yeux, ou rians ou pleurans : nos capricieuses joies suivent de si près nos tristesses, que le rire s'éveille avant que les larmes soient taries. L'aile de la folie disperse au loin les pleurs que la pitié nous fait répandre. Mais que la coupe circule, et faites-moi raison ! Si l'existence est à charge, même aux cœurs toujours sereins, aux têtes toujours sages, gardons pour lot la douleur légère, sœur de la jouissance, et la courte et brillante folie qui flambloie et meurt I

Lorsque Hylas s'achemina avec son urne vers la fontaine, à travers les champs baignés de soleil , et le cœur plein de joie, l'enfant erra par les monts et par les prairies, négligeant son message pour les fleurs du chemin (56) ; ainsi d'autres qui, comme

(56) Proposilo florem prœlulit officio. — Properce, liv. I, élégie 20.

moi, devaient puiser et boire à la source qui coule près du sanctuaire de la philosophie, ont perdu le temps à cueillir les fleurs de la rive, et ont laissé au bord leurs urnes tout aussi vides que la mienne, Que la coupe circule, et faites-moi raison ! — Si parmi les fleurettes que tresse ma joyeuse paresse étincellent çà et là une ou deux brillantes gouttes de la source sacrée, c'en est assez pour moi !

riN DES MELODIES.

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