SUR DIFFÉRENS AIRS NATIONAUX
11 est un langage, connu et senti en tous lieux où l'air pur étend son vivifiant empire, en tous lieux où le cœur peut s'émouvoir à la colère, à la pitié. Depuis les plaines brûlantes où jadis, du sommet d'une tour élevée, le jeune et tendre Péruvien, confiant ses soupirs à la nuit, appelait son amante avec une si douce puissance, qu'aussitôt que ses chants atteignaient son oreille, l'attrait du monde entier n'eût pu la retenir (1), jusqu'aux régions désolées habitées par la nuit, où, sous un ciel sans feux et sans rayons, le Lapon amoureux fait voler son renne, et chante en glissant sur le sentier neigeux qui semble s'allonger devant lui, aussi joyeux que si la vive lumière du soleil printanier éclairait son front. 0 musique ! ta divine puissance est partout irrésistible, partout la même. Aussi dociles que le terrible Océan à l'astre pâle qui préside à ses changemens, les flots des passions humaines s'élèvent et s'abaissent devant toi!
Air grec.
Écoutez ! c'est une Yierge de la Grèce qui chante, tandis que près des sources étincelantes de l'Ilissus, elle puise dans son
(1] Un Espaguol rencontra une femme indienne dans les rues de Cozco, à une heure avancée de la nuit; il voulut l'amener chez lui; mais elle s'écria : «Pour l'amour de Dieu, monsieur, laissez-moi aller ; car celte flûte qui retentit du haut de cette tour que vous voyez là-bas, m'appelle avec une si vive passion que je ne puis refuser d'obéir; l'amour me contraint d'aller trouver le musicien, aCn que je sois sa femme et qu'il devienne mon mari.» ( Garcilasso de la Véga, dans la traduction désir Paul Rycaut.)
urne gracieuse l'onde fraîche et limpide ; à ses côtés, ravi par le charme de la musique, un jeune patriote revoit le passé glorieux, et rêve aux jours brillans qui ne reviendront plus! â ces jours où Athènes cultivait, d'une main que les tyrans n'avaient point enchaînée, sa branche d'olivier, et tressait pour le front des Muses une guirlande que n'avait point souillée le souffle des tyrans. Alors, les héros couvraient cette terre classique, où chancellent maintenant les pieds du lâche (2) ; alors chaque bras était l'égide de la liberté, et chaque cœur son autel!
Fanfare de trompettes.
Entendez-vous le son guerrier qui charme les oreilles du coursier belliqueux ! A ce bruit redoutable, la mère enlace de ses bras le jeune soldat qu'elle a jadis porté dans ses flancs; et quoique son tendre cœur succombe à la crainte, elle sent avec orgueil bouillonner dans les veines du jeune homme le sang qu'agite la fièvre de la valeur !
Voyez descendre de ses montagnes natales le rustique Helvétien. Il vole à la guerre, insoucieux de savoir pour quelle cause il combat, prêt à tirer le glaive pour l'esclave ou pour le despote, pour le juste ou pour l'opprimé; souvent vainqueur, jamais héros, et cependant prodigue de son sang, comme si, de même que le ruisseau de ses montagnes, il ne devait jamais tarir!
0 divine mélodie ! au milieu de cette carrière de frénésie et d'insouciance, ton charme magique exerce encore son merveilleux pouvoir !
Air suisse : «Ranz des vaches.»
Il est un air que l'on entend souvent résonner dans les rochers de sa terre chérie, vers le déclin du jour, quand les ber-
(2) On doit se rappeler que ces vers furent e'crits long-temps avant la révolte des Grecs, et lorsqu'on ne croyait plus à la résurrection glorieuse de ce peuple.
( Note du traducteur.)