MÉLOLOGUE
gers ramènent leurs troupeaux à l'étable au sonde leurs pipeaux. Oh ! chaque note fait tressaillir le cœur du soldat exilé, éveille dans son âme les pensées les plus tendres, rassemble autour de ses genoux les enfans aux joues de rose qu'il a laissés dans sa patrie; il voit les yeux des chérubins se remplir de larmes, qui semblent lui demander pourquoi il erra, loin de sa chaumière, à la recherche des scènes de carnage !
En vain alors la trompette d'airain retentit; il n'entend plus que les doux chants de la patrie, de l'amour ; et ses yeux impitoyables et avides de sang, maintenant adoucis et voilés, sont noyés de pleurs !
Fanfares.
Mais que la trompette résonne de nouveau et réveille les guerriers! 0 Bellone, quand la vérité arme ton bras, et que l'esprit de la liberté guide l'orage, alors ta vengeance prend une forme révérée, et semblables au feu du ciel, tous tes coups sont sacrés! Toi-même , divine musique, tu ne possèdes pas dans ton vaste empire un son plus mélodieux à l'oreille de celui qui créa toute harmonie que le son glorieux des fers qui se brisent, l'accent de la première hymne que l'homme adresse à la liberté en sortant du sommeil de l'esclavage!
Chœur espagnol.
Silence ! l'Espagne indignée , l'Espagne glorieuse fait éclater la première le chant hardi et inspiré qui s'élève- vers les cieux comme l'hymne du matin !
Dans chaque accent elle semble jurer, par les rues désolées de Saragosse, par la mort du brave Gerona, de souiller de sang la gloire du vainqueur, tant qu'un cœur espagnol palpitera encore !
Air espagnol: «Ya desperto.»
Mais, hélas! si le zèle du patriote est vain, si la force de la va-
leur, si la lumière de la sagesse ne peuvent ni fondre ni briser le sceau cimenté par le sang qui scelle les annales des droits de l'Europe, quel chant racontera, dans sa tristesse, les rêves de l'orgueil abattu, les nuages de l'avenir obscurci, la mort des espérances ensevelies, mais non oubliées? Qui dira comment l'ardeur s'éteignit, comment l'honneur fut flétri sans retour? Quelle muse chantera, sur l'autel du souvenir, l'hymne funèbre des braves qui ne sont plus? — Ce sera toi, ô muse d'Érin !
Quelle harpe soupirera sur la tombe de la liberté? — Ta harpe, ôÉrin!