‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 178 sur 210 · QUINTILIEN · texte numérisé non relu

QUINTILIEN

Doucement, doucement, comme tintent les douces cloches du soir, que nos voix gardent l'accord et nos rames la cadence.

(13) J'écrivis ces paroles sur un air que nos bateliers nous chanlaient très-fréquemment. Le vent était si contraire, qu'il leur fallut ramer tout le chemin, et nous mîmes cinq jours à descendre le Saint-Laurent de Kingston à Montréal, exposés à un soleil brûlant durant le jour, et forcés de nous abriter de la rosée delà nuit dans la première des misérables huttes éparses sur le rivage qui voulait bien nous recevoir ; mais la vue des magnifiques sites du fleuve compensait de reste tous ces inconvéniens.

Nos voyageurs avaient de belles voix et chantaient parfaitement d'accord. Les paroles originales de l'air sur lequel j'ai adapté ces stances paraissaient être une longue et incohérente légende, dont je ne comprenais pas grand'chose, grâce à la prononciation barbare des Canadiens. Elle commençait ainsi :

Dans mon chemin j'ai rencontre Deux cavaliers très-bien montés.

Et le refrain de chaque couplet était:

A l'ombre d'un bois je m'en vais jouer, A l'ombre d'un bois je m'en vais danser.

Je me suis aventuré à écrire l'air avec accompagnement, et je l'ai publié. Privée du charme que l'association donne aux moindres souvenirs des scènes et des émotions passées, peut-être que la mélodie en semblera vulgaire et vide ; mais je me rappelle, au moment du couchant, dans un de ces beaux lieux où le Saint-Laurent se déploie avec une grandeur si imposante et si inattendue, je me rappelle avoir entendu cet air si simple avec un plaisir que la composition la plus travaillée des plus habiles maîtres n'aurait pu me donuer ; et aujourd'hui encore, il n'est pas une note de cette mélodie qui ne ranime en ma mémoire le bruit cadencé de nos rames plongeant dans le fleuve, le rapide vol de notre nacelle glissant sur les rapides eaux, et toutes les impressions pleines de fantaisies et de délices dont mon àme fut nourrie pendant cet intéressant voyage.

Les stances ci-dessus sont supposées être chaulées par les voyageurs qui vont au grand Portage, à travers la rivière des Otaouais. Pour le récit de celte merveilleuse entreprise, lisez l'Histoire générale du commerce des pelleteries, par sir Alexandre Mackensie, annexée au journal de son voyage.

Bientôt, l'ombre des bois noircissant sur la rive, nous chanterons à Sainte-Anne notre hymne de départ (14). Ramez, frères, ramez ; le courant se précipite, les Rapides (15) sont proches, et le jour va pâlir !

Pourquoi nous faudrait-il déployer notre voile, quand pas une brise ne fait onduler la vague bleue ! mais quand le vent soufflera du rivage, alors doucement nous laisserons reposer nos rames fatiguées. Soufflez, brises, soufflez ; le courant se précipite, les Rapides sont proches, et le jour a pâli!

Flot d'Outaouais! cette lune tremblante bientôt nous verra flotter sur ta lame écumeuse ; Sainte de l'île Verte, écoute nos prières : accorde-nous des cieux sereins et des vents favorables ! Soufflez, brises, soufflez ! le courant se précipite, les Rapides sont proches, et le jour s'est éteint.

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