‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 182 sur 210 · AU POISSON VOLANT · texte numérisé non relu

AU POISSON VOLANT

Quand j'ai vu ton aile de neige, par un beau soir d'été, jaillissant hors de la vague bleue, faire si joyeusement reluire à l'œil du jour tes écailles argentées, comme si tu avais été fait pour t'élever et vivre au sein du glorieux, firmament; oh! j'ai senti, plein d'une orgueilleuse joie, qu'ainsi, animée de l'impatiente ardeur de ton vol, l'âme pure, dédaignant delanguir sur l'ignoble sein du monde , déployait les ailes que Dieu lui donna pour s'élancer aux sources du jour ! Puis, quand j'ai vu cette aile si brillante lasse, épuisée en un si court essor, tenter vainement les routes de l'air, et retomber de nouveau dans les ondes, hélas ! ce décevant orgueil a fléchi. Comme toi, un instant l'âme prend son vol ; mais que l'homme fragile et plein d'erreur rougisse à la pensée que, comme toi aussi, l'âme se fatigue et tombe!

0 vertu ! quand je cherche ta sphère, ne laisse pas fléchir l'aile de ma pensée, ne me laisse pas, comme cette frêle créature, l'écume salée dégouttant de ses plumes, étinceler à peine aux feux de ton soleil, pour me replonger aussitôt dans l'abîme; mais quand j'abandonne la foule grossière avec laquelle mon âme a erré trop long-temps, ah! qu'aspiré dans ton rayon de gloire, je secoue loin de moi toute tache terrestre, et haletant pour ton air plus pur, que d'un élan je m'y plonge et m'y fixe à jamais !

(16) L'opinion de saint Augustin sur la Genèse est, ainsi que celle de la plupart des pères, à ce que je crois, que les oiseaux, comme les poissons, furent dans l'origine tirés des eaux. Cette idée a élé appuyée de toutes les circonstances , imaginaires ou non, qui pouvaient tendre à montrer quelque similitude entre les deux espèces : cruyyevsiav toTç 71-etojjuvocç izpoç rà v/jx-à. L'esprit préoccupé de cette pensée, quand j'aperçus pour la première fois un poisson volant, je pouvais presque imaginer que, présent à l'heure même de la création, je voyais le premier oiseau éclore du cIiog de la vague.

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