LETTRE NEUVIEME
DE PHELIM O'CONNOR A ?**.
Oui, — jamais héros ne mourut pour soutenir une plus noble cause, — les droits d'un peuple à parler en peuple ; à n'avouer de pouvoir que celui qu'il a choisit — C'était là la grande, la glorieuse cause, qui, maintenant n'ayant d'arbitre que le seul Napoléon, restait indécise et tremblante à son froncement de sourcil; c'était la pensée qui, jaillissant des yeux du patriote, environnait son épée d'une auréole, éclair glorieux qui jamais encore, depuis la brillante aurore de ses premières victoires, n'avait illuminé sa route.
Oh! ce n'était pas l'heure des débats domestiques, fils de la Gaule, lorsque le bruit des fers résonnait à vos portes! Ce n'était pas le moment d'hésiter, lorsque les rois de l'Europe ( astres lointains dont la funeste conjonction annonce la peste et la guerre) se rapprochaient, amenant des armées de tous les points du globe, en haine de la liberté plus encore que de Napoléon ; lorsqu'ils frémissaient de voir, en ce combat si proche, une chance, une seule laissée à la liberté du monde! Non, ce n'était pas à cette heure terrible qu'il fallait mettre un frein au pouvoir de ce chef, qu'il fallait brider et dompter le coursier de guerre, qui impatient frappait la terre du pied! Son impétuosité , son énergie n'étaient-elles donc pas votre unique espérance? — Non, ce n'était pas alors qu'il fallait perdre en dispute' le temps d'agir, cherchant comment devaient croître les jeunes rameaux de la liberté, quand la hache de l'étranger frappait déjà ses racines.— 0 déesse sacrée! Dieu, qui projette ta lumière sur les âmes comme celle du soleil sur les mondes, Dieu sait combien je t'aime et combien je hais les tyrans usurpateurs ou légitimes, et cependant, à cette heure de lutte, si la France eût été ma terre natale, j'aurais suivi, j'aurais servi d'un cœur ardent, d'une main active, Napoléon, Néron, — peu im-
porte, pour sauver mon pays de la malédiction terrible, de la sentence de mort qui suit la conquête.
Oui, l'autre fut trompeur,— despote, — tout ce qu'il vous plaira, lia foulé aux pieds les plus saints droits de l'homme ; — avec un génie formé pour de plus nobles fins que celles que se proposent les souverains vulgaires, il n'a élevé l'espoir des peuples que comme les aigles enlèvent les tortues au ciel, — pour les précipiter de plus haut et les briser plus aisément ! tout cela, je l'avoue, mais encore (51) !