‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 29 sur 210 · HERCULE PHÉNICIEN · texte numérisé non relu

HERCULE PHÉNICIEN

D'après Varron, les Grecs comptaient quarante-trois personnes du nom d'Hercule, dont ils attribuaient les exploits aux grands

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. XXXVÎj

hommes de leur nation. Mais l'on ne sait rien de positif sur aucun des personnages de ce nom.

L'Hercule phénicien s'appelait Melicarte, en irlandais Malna Catair, roi de la ville, c'est-à-dire de Tyr, la ville par excellence, car c'est ainsi que les Phéniciens la désignaient.

L'Hercule des Phéniciens était le même que celui des Gaulois. L'Hercule ou Ylarcul des Phéniciens commandait les armées. Ce dernier peuple, après avoir conquis l'Espagne, les îles Britanniques et la Gaule, jugea nécessaire de nommer un gouverneur général qui réunît dans sa personne l'autorité civile et militaire. Ce chef reçut le nom à'iarcul, le gardien ou protecteur de Vouest, lar, Vouest, et Cul, le protecteur. Ainsi s'explique le mystère qui enveloppait ce personnage extraordinaire. Il y eut plusieurs gouverneurs de ce nom pendant la domination des Phéniciens dans l'ouest, et leurs exploits réunis donnèrent lieu à la fable des travaux d'Hercule. Les Grecs, éblouis par la vaillance de ces Iarculs, qu'ils prirent pour une seule et même personne, en firent [une de leurs divinités (1).

Il est également probable que les Tyriens placèrent leurs colonies de l'occident sous la protection de Baal, ou Apollon, et qu'ils lui donnèrent à cette occasion le titre de Baal lar Cul, ou de Baal le protecteur de l'ouest. Ce fut l'origine du culte de l'Hercule Tyrien. On l'adorait en Bretagne sous plusieurs noms, mais principalement sous celui de Baal Tuad Cadreach.

Géryon vaincu par Hercule personnifiait aussi un peuple qui habitait les bords de la Garonne conquis par l'un des Iarculs phéniciens. D'après Virgile, ce géant ayant enlevé son troupeau à Hercule, ce héros le tua. La Garonne se prononçait Garyonn, et les habitans des rives de ce fleuve ayant fait de nombreuses excursions sur le territoire phénicien, Iarcool les pilla et s'empara par représailles de leurs troupeaux, ainsi que de ceux de Géryon, qu'il envoya en Grèce.

(1) Le mot Cabiri, qui signifie les dieux ou les mystères des Samolhraces, est l'expression de puissance, de grandeur, en langue phéuicicnne. Cabair, Cabara veulent dire soutien, bouclier, defense, et Cabaire un caqueteur, à cause probablement du langage inintelligible dont se servaient les initiés en parlant au peuple. Il reste à e'claircir un point qui n'a point jusqu'ici été expliqué par aucun auteur, c'est que tout lepaysvoiMti àeTyr et de Sidon jusqu'à Acre portait autrefois le nom de Galilée ou pays des Gaels sur la cote de la mer, de Gaël, nom que les colonies phéniciennes de l'Europe se donnaient ; la, pays de, et Li, côte de la mer. Il me semble ainsi parfaitement démontré que les Phéniciens étaient les ancêtres des Gaëls, dont la Galilée était la patrie primitive.

XXXViij APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS.

Strabon, Appien, Diodore, Arrien et Philostrate, font mention d'un temple bâti par les Tyriens au détroit de Gibraltar, en l'honneur d'Hercule , qui , après avoir conquis les îles d'Albion et d'Ibernie, chassa de cette dernière les Belges, appelés dans l'histoire de l'Irlande Firbolgs, FEARBOLG, hommes belges. Le nom de vaisseau dérive de bolg, sac de cuir. Marcellin donne des éloges à Timagène pour avoir recherché les documens qui contenaient le récit des exploits d'Hercule. M. Sammes suppose que ces documens étaient syriens ou phéniciens, car Bochart a démontré que Timagène était natif de Syrie. Ce dernier a, selon Plutarque, écrit l'histoire de la Gaule. Hercule, après avoir passé le détroit de Gibraltar, conquit les côtes de la Gaule, liberie, la plus grande partie de l'Espagne et sans doute les îles Britanniques, car l'étain fut connu dans l'Orient long-temps avant qu'un navigateur grec eût parcouru les mers de l'Occident. Il existe sur la côte occidentale du comté de Devon un promontoire qui prit le nom d'Hercule; on l'appelle aujourd'hui pointe d'Hertland. Toland dit que l'irlandais, le plus pur de tous les dialectes celtiques, a plus d'analogie avec la langue mère que l'idiome du pays de Galles, dont les documens sont moins nombreux et moins anciens que ceux de la langue irlandaise. Cette dernière est par conséquent indispensable pour connaître la religion et les sciences des Celtes.

Lucien rapporte que dans les Gaules il avait vu, sous le nom d'Ogmius, Hercule représenté comme un petit vieillard, traînant à sa suite une foule nombreuse avec des chaînons presque imperceptibles, dont un bout s'attachait à leurs oreilles et l'autre à l'extrémité de sa langue. Il apprit d'un savant Druide qu'Hercule ne désignait pas dans les Gaules, comme en Grèce, la force du corps, mais celle de l'éloquence. Il affirme ensuite qu'Ogmius était un mot gallique « un mot du pays,» mais ce mot est celtique , et pour me servir de la phrase de Tacite en parlant des Germains, signifie le secret des lettres. Ainsi Hercule Ogmius est Hercule le protecteur du savoir.

Les Grecs et la plupart des nations européennes empruntèrent leurs divinités aux Phéniciens. Baal, Meloch, Thammis, Thammuz, Astaroth, Chiun, Remphan, Dagon, furent les principales divinités de ces derniers. Bel, divinité des Chaldéens et des Babyloniens, en l'honneur duquel fut bâti la célèbre tour de Belus, fut la source qui infecta le monde entier de polythéisme. Les Phéniciens introduisirent leur culte de Baal à Tyr et à Sidon, d'où il passa aux Cananéens et aux Juifs, qui adoptèrent les

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