ET LA LITTERATURE IRLANDAISES. XXXIX
rites et jusqu'au nom de cette divinité. Tous ces peuples, comme les Celtes plus tard, lui offrirent des sacrifices humains. Les Phéniciens adorèrent leurs divinités dans les forêts. Ils s'appliquèrent de bonne heure à l'étude de la philosophie. On raconte que Moschus de Sidon enseigna la doctrine des atomes long-temps avant la guerre de Troie. Abomeneus de Tyr avait embarrassé Salomon par les questions qu'il adressa à ce monarque. Tyr et Sidon produisirent leurs philosophes Bœthus et Diodatus de Sidon, Antipater et Apollonius de Tyr; ce dernier a laissé un travail sur les écrits et les disciples de Zenon. Les Phéniciens avaient acquis tant de puissance sur terre et sur mer, qu'ils purent se défendre contre Josué et les Israélites. David et Salomon recherchèrent leur alliance. La belle description que Diodore de Sicile donne du siège de Tyr démontre que la prise de cette ville a coûté plus d'efforts à Alexandre que la conquête de toute l'Asie. Après toutes ces glorieuses entreprises, qui oserait révoquer en doute que les Phéniciens n'eussent fait d'assez grands progrès dans les sciences et dans la navigation pour envoyer des flottes et des colonies conquérir et peupler les îles Britanniques, qui étaient loin d'offrir autant de difficultés ou de dangers.
Les Gaëls paraissent donc être une colonie phénicienne qui s'établit en Europe à une époque tellement reculée, que lorsque les Romains les trouvèrent dans les Gaules, en Bretagne et en Irlande, ces peuples ne conservaient que de vagues souvenirs de leur religion, de leur langage et de leur pays primitif. Les Phéniciens, qui les premiers découvrirent les îles Britanniques, donnèrent des noms aux promontoires, aux montagnes, et aux rivières de ces pays, comme ils avaient déjà fait pour les côtes et les îles de la Méditerranée. Tout porte à croire que ces noms sont gaéliques, et que par conséquent ce dernier idiome est le seul débris qui nous reste aujourd'hui de l'ancien langage des Phéniciens et des Celtes, les colonies de ce peuple entreprenant dont les marchands furent les princes et les grands de la terre.
L'espace ne nous permet pas d'insister davantage sur l'identité de ces langues. Nous nous bornerons à reproduire le discours carthaginois qui se trouve dans le Penulus de Plaute; on ne doute plus aujourd'hui que ce discours n'ait été écrit en langue gaélique. Voici l'analyse de la pièce :
Des pirates ayant enlevé un jeune Carthaginois, le vendirent à un citoyen d'Atolie en Calydonie ; celui-ci, l'ayant adopté pour son fils, le nomma son héritier. Le jeune Carthaginois
Xl APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS
s'éprit de la fille de son oncle, dont il ignorait la naissance; car celle-ci avait été enlevée avec sa sœur, ainsi que leur nourrice, par d'autres pirates, et vendues à un nommé Lycus, tenant une maison de prostitution àAnactorium, ville d'Acarnanie. Le jeune Carthaginois, ne pouvant arracher sa bien aimée des mains de son infâme maître, se laissa guider par les conseils de son serviteur Milphio ; il tendit un piège à Lycus, et le fit condamner pour vol. Sur ces entrefaites, l'on découvrit que les jeunes filles étaient d'une naissance illustre. Leur père Hannon, après avoir fait de nombreuses recherches dans l'espoir de les retrouver, les