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et philosophique; mais, nous le répétons, sans offrir de traits caractéristiques. Elle s'est plutôt bornée à nous donner des résumés ou des vues succinctes des productions des temps précédens, qu'à ajouter à nos connaissances en nous dévoilant les secrets de la nature humaine, ou la peinture des désordres des passions. Nous sommes entrés avec ardeur dans une nouvelle période littéraire. Le passé nous a semblé en quelque sorte vieilli; le passé, a-t-on dit, est comme la distance, la vue y décroît; il a pâli devant ces mâles caractères, ces innombrables illustrations qu'ont fait naître les étonnans et mémorables événemens de notre siècle. Le théâtre tragique, grâce à l'inattention scénique des directeurs, aux exigences du siècle et à l'insouciance des acteurs pour se bien pénétrer de l'esprit de leurs rôles, s'étant placé audessous du goût de nos jours, est passé de mode. Le talent qui aurait pu remplir la scène de ses peintures énergiques et vraies, a pris une autre direction. Poètes, littérateurs, critiques, journalistes, tous rivalisent pour remplir non seulement leurs livres, mais les revues et encore les journaux, d'un genre de productions indigestes, de contes et de romans dont l'extravagance est souvent le moindre inconvénient. Dans leur empressement de fournir des nouvelles, ils ne se bornent pas à dénaturer l'histoire ancienne et moderne, à violer les secrets des familles, mais encore à insulter à la morale et à la pudeur, et à nous peindre avec le pinceau de la calomnie les caractères les plus honorables, même ceux du siècle présent, que leur aveugle passion poursuit à travers le prisme de l'erreur.
Plusieurs de ces contes, souvent remplis de sentimens élevés, de passions désordonnées, d'ornemens poétiques, ne ressemblent en rien au roman du siècle dernier ; ils s'approchent plutôt du genre dramatique. Lorsque la mode en sera passée, nous entrerons probablement dans une période historique moins obscène et plus juste. Quelle éloquence, quelles magnifiques descriptions, les calamités, les grands crimes, les entreprises gigantesques et sublimes de la guerre révolutionnaire (sans contredit le sujet le plus complet, le plus épique qu'ait fourni l'histoire entière du genre humain ) doivent offrir aux Hume et aux Gibbon futurs !
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et dont nos Thiers, nos Mignet, nos Southey et nos Napier sont les brillans avant-coureurs !
Mais, en attendant, veut-on savoir où en est la poésie aujourd'hui? Moore et Southey se sont faits historiens.— Lamartine a quitté la lyre pour la tribune, Béranger, l'inimitable Béranger, vit de souvenirs!! ! Le moyen, au milieu de ce découragement presque universel, d'entreprendre un essai sur la poésie du moyen âge, quand les sommités littéraires l'abandonnent pour la très-incertaine politique, pour cette politique où le plus habile n'est souvent qu'un faible enfant!
D'ailleurs cet intéressant sujet de la littérature du moyen âge a été maintes fois traité dans les savantes dissertations et les brillantes leçons des plus illustres écrivains. Nous préférons renvoyer nos lecteurs à l'admirable Histoire de la littérature romane du savant Raynouard, dont les conseils bienveillans nous ont encouragé et aidé dans nos travaux. Le Cours de littérature de M. Villemain, les Études historiques de M. de Chateaubriand, les savantes Analyses du moyen âge de M. Guizot, et de M. Charpentier de Saint-Priest, les travaux de MM. Saint-Marc Girardin, Philarète Chasles, Fauriel, Ampère, Marmier, Geruzez, Nisard, Leroux de Lincy, ne laissent rien à désirer à cet égard.
La littérature irlandaise est donc la seule qui soit entrée dans notre cadre. Si notre plan nous force d'en sortir quelquefois, ce n'est que pour glaner là où tant d'illustrations ont si largement moissonné ; peut-être parviendrons-nous à cueillir encore quelques fleurs.
Le moment nous paraît favorable pour entreprendre un pareil travail. Le diadème de l'impérieuse Elisabeth a ceint un front ravissant de vingt ans. Une jeune souveraine s'est assise sur le trône du grand Alfred, aux acclamations de tout un peuple enivré de ce spectacle imposant qui lui offrait la réalisation d'un conte de fée, ou, si l'on veut, d'une de ces délicieuses créations de Shakspeare. Sous son règne bienfaisant, l'Irlande, après huit siècles d'esclavage, commence enfin à respirer. — Une population immense circule autour des lacs enchanteurs, sur les coteaux pittoresques, ou au milieu des gras pâturages de la verte
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Èrin, et n'attendent qu'une justice plus impartiale pour reprendre le rang distingué que la patrie des bardes et des héros occupa dans les premiers siècles du christianisme, lorsqu'elle resta le seul foyer des lettres.
Le savant et l'antiquaire visitent de nouveau la patrie des saints pour fouiller les ruines que l'intolérance protestante a répandues presque à chaque pas au milieu de ses plaines fertiles, et recueillir les fragmens des vieux manuscrits que les descendans des bardes ont cachés ou abandonnés pour se soustraire à la fureur de leurs oppresseurs. L'invasion successive des Danois et des Anglais, en décimant cette île et en détruisant la plupart des monumens de son histoire, étaient parvenus, non moins que l'insolente fatuité, l'ignorance ou les préjugés des historiens salariés, à faire oublier une des plus belles littératures anciennes.
Espérons enfin que des jours plus heureux vont luire pour l'antique berceau des lettres, et lui permettront de sortir de la misère où tant de maux accumulés l'ont plongée, et de s'élever dans l'échelle de la civilisation moderne.
C'est donc une dette que nous devons à la fois à la patrie et à la vérité, que de fouiller nos vieilles annales et de nous opposer aux ravages du temps. La vénération des plus célèbres artistes et savans pour la poésie et la musique irlandaises, la haute opinion qu'en avaient eue les nations étrangères pendant plusieurs siècles, devraient faire naître dans le nôtre des sentimens analogues. La laisserons-nous périr? A Dieu ne plaise! Ce n'est donc pas uniquement pour flatter l'orgueil national que nous lui consacrons nos veilles ; nous nous proposons un but plus noble, celui de tracer les progrès de l'esprit humain.
On a long-temps regretté que les débris des bardes irlandais, de ces hommes qui , suivant des témoignages irrécusables , ont fait preuve d'un génie digne de tous les âges, fussent ensevelis dans l'oubli, tandis que l'Ecosse a tiré tant de célébrité littéraire de quelques fragmens qu'elle en a publiés. L'on sait maintenant que c'est dans les fragmens précieux des bardes irlandais, aussi brillans d'éloquence que de poésie, que Macpherson a puisé un