XIÎV APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS
HAN. Prô di ininiortales ! plurimi ad hune modum Periere pueriliberi Karthagine.
mil. Quid ais, tu? ag. Quid vis? mil. Vin' appellem hune Punicè? ag. An scis? mil. Nullus me est hodie Pœnus Punior.
ag. Adi atque appella quid velit, quid venerit, Qui sit quojatis, unde sit : ne parseris.
mil. Avo ! quojatis estis ? aut quo ex oppido ?
han. Hanno Mutkumballe bi Ckaedreanech.
Irlandais.
Hanno Muthumbal bi Chatar dreannad (i).
Je suis Hanno Muthumbal, le célèbre chef de marins, demeurant à Carthage.
ag. Quid ait ? mil. Hannonem sese ait Carthagine Carthaginiensem Muthumballis filium.
han. Avo. mil. Salutat. han. Donni.
mil. Doni volt tibi dare hinc nescio quid, audin' pollicerier?
Avo! donni!
Hélas 1 que je suis malheureux !
ag. Salutahunc rursus Punicè verbis meis.
mil. Avo donni! hic mihi tibi inquit verbis suis.
han. Me bar bocca !
Irlandais.
a ma babacht!
0 mon cher enfant! (voulant dire son neveu.)
mil. Istuc tibi sit potius quam mibi. ag. Quid ait?
mil. Miseram esse prœdicat buccam sibi Fortasse medicos nos esse arbitrarier.
ag. Si ita est. Nega esse, nolo ego erfare hospitem.
mil. Audi tu rufen nuco istam. ag. Sic volo, Profecto verar cuncta huic expedirier.
Roga, nunquid opus sit? mil. Tu quizonam non habes Quid in banc venistis urbem, aut quid queeritis? han. Muphursa! ag. Quid ait? han. Mi vule chianna!
Irlandais.
Mo thuirse ! — Mo buile chionna !
O ma douleur 1 mon chagrin est de longue durée. ag. Quid venit?
mil. Non audis? mures africanos preedicat In pompam ludis dare se velle eedilibus. han. Laech la chananim liminichot.
Irlandais.
Zuach le cheannaighim liom miocht.
(1) 11 est démontré que le mot carthaginois Muthumbal est un nom propre. Car une médaille punique qui se trouve dans le cabinet du comte de Charlemont, porte sur son exergue le mot Muthumballos, et sur le revers la ville de Carthage avec des caractères pliéniciens.
ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. xlv
A quelque prix que ce soit, je voudrais racheter mes enfans. mil. Ligulas canalis ait se advexisse et nuces :
Nunc orat, operam ut des sibi, ut vea veneant. ag. Mercator credo est. han. Is am ar uinam. Irlandais.
Is am ar uinneam !
Voici le moment décisif.
ag. Quid est?
han. Palum erga dectlia!
Irlandais.
Ba Horn earga deacta.
Je me soumettrai à la volonté du ciel.
ag. Milphio, quid nunc ait?
MIL. Palas vendundas sibi ait et mergas datas, Ut hortum fodiat, atque ut frumentum metat. Ad messim credo missus hic quidem tuam. ag. Quid istuc ad me? mil. Certiorem te esse volui,
Ne quid clam furtive accepisse censeas.
HAN. Ma phannium sucorahim.
Irlandais. me fuinim ; socaraidhim ;
Afin qu'à l'avenir je puisse mettre un terme à mes fatigues, et que maintenant je puisse me reposer.
mil. Hem ! cave sisfeceris Quod hic te orat. ag. Quid ait? aut quid orat? expedi. mil. Sub cratim uti jubeas sese supponi, atque eo
Lapides imponi multos, ut sese neces, han. Gan ebel Balsameni ar a san.
Irlandais.
Guna bil Bal-samen ar a son !
Puisse le bienfaisant roi du ciel les favoriser ! ag. Quid ait?
mil. Non Hercle nunc quidem quicquam scio. HAN. At ut scias nunc, de hinc latine jam loquar, etc, etc.
L'on trouve dans la troisième scène du cinquième acte, où l'intrigue commence à se développer, deux vers carthaginois qui ont avec l'irlandais une ressemblance bien plus grande encore que les précédens. Dans cette scène, la vieille nourrice reconnaît Hanno.
giddeneme, milphio, hannon, agorastoclès.
gid. Quispultat? mil. Qui te proximus est. gid. Quid vis? mil. Eho,
Novistin' tu illunc tunicatum hominem, qui siet.
gid. Nam quem ego aspicio ? pro supreme Jupiter, herus meus hic quidem
est Mearum alumnarum pater ; Hanno Carthaginiensis.
Xlyj APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS
mil. Ecce auteni mala, praestigiator hic quidem Pœnusprobus est Perduxit oninis ad suam sententiam. gid. 0 mi here, salve Hanno, Insperatussime mihi, tuisque filiis, salve atque eo Mirarinoli, nequenie contemptarier. Cognoscin' Giddenemen Ancillam tuam? han. Novi, sed ubi sunt meee gnatee? id scire expeto. gid. Apud eedern Veneris, han. Quidibi faciunt, die mihi? gid. Aphrodisia, hodie Veneris est festus dies. Oratum ierunt deam, ut Sibi esset propitia. mil. Pol satis scio impetrarunt, quando bic, hic Adest. ago. Eo an hujus suntillcefiliee. gid. Ita ut prœdicas. Tua pietas nobis plane auxilio fuit. Cum hue advenisti hodie in ipso Tempore. Namque bodie earum mutarentur nomina. Facerentque indignum génère quœstum corpore.
Carthaginois et Irlandais.
han. Handone silli hanun bene silli inmustine.
Toutes les fois que Vénus se montre propice ou accorde une faveur, elle ne la donne jamais exempte de malheurs. Irlandais.
gid. Meipsi et en este dum et a lam na cestin um. Meisi an eisti dum alaim na ceistin ain.
Écoute-moi et sois juge, et ne me presse point trop vivement de questions (à ce sujet).
Nous croyons devoir ajouter ici la traduction de ces deux dernières scènes. Nous empruntons l'élégante version de M.Naudet:
Milphion. Je vais leur parler en langue carthaginoise; s'ils me répondent, je continuerai en carthaginois ; sinon... je conformerai mon langage à leur caractère. Dis-moi, te souviens-tu encore de la langue carthaginoise?
agorastocles. Je n'en sais pas un mot, par Pollux. Comment pourrai-je le savoir, je te le demande, puisque je fus enlevé de Carthage dans ma sixième année ?
hannon, àpart, sur un ton lamentable. 0 dieux immortels! biens des enfans de condition libre ont été enlevés ainsi à Carthage.
mil. Ah çà! — agor. Que veux-tu?
mil. Te plaît-il que je lui parle en carthaginois?
agor. Tu le sais donc ?
mil. Il n'y a pas de Carthaginois plus consommé que moi en carthaginoiserie.
agor. Va, demande-lui le motif, le but de son voyage, qui il est, de quel pays, de quelle ville : n'épargne pas les questions.
mil. s'approchant d'Eannon. Aval de quel pays êtes-vous? de quelle ville?
han. Hanno Muthumballe bechadreanech (Je suis Hannon Muthumbal, le célèbre chef des marins, demeurant à Carthage.) agor. Qu'est-ce qu'il dit ?
mil. Qu'il s'appelle Hannon, venant de Carthage, qu'il est Carthaginois, fils de Muthumbal.
ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. xlvij
hàn. Avo. mil. Il salue. han. Donni.
mil. Il veut te donner quelque chose ; il te le promet, entends-tu?
agor. Avo donni. (Hélas ! que je suis malheureux !) Rends-lui son salut de ma part en carthaginois.
mil. àHannon, faisant le simulacre de saluer. Avo donni. C'est ce qu'il me charge de te dire de sa part. (Montrant Agorastocles.)
han. Me bar bocca. (0 mon cher enfant : voulant dire son neveu.)
mil. J'aime mieux que tu l'aies que moi. agor. Que dit-il?
mil. Il dit qu'il a la bouche malade ; il nous prend peut-être pour des médecins.
agor. S'il en est ainsi, dis-lui que nous ne le sommes point ; je neveux pas induire un étranger en erreur.
mil. à Hannon. Écoute : Rufen nuco istam.
agor. C'est que je veux très-positivement qu'on ne lui dise rien que la vérité. Demande-lui s'il a besoin de quelque chose.
mil. à Hannon. Toi qui n'as pas de ceinture, dis-moi pourquoi vous êtes venu dans cette ville, et ce que vous cherchez ?
han. Muphursa. (0 ma douleur! ) agor. Que dit-il?
han. Merulechianna. (Mon chagrin est de longue durée.)
agor. Pourquoi est-il venu?
mil. Tu n'entends pas? il annonce qu'il se propose de donner aux édiles des rats africains, pour paraître dans la pompe des jeux.
han. Lœch Lachananim limi nichot. (A quelque prix que ce soit, je voudrais racheter mes enfans.) agor. Qu'est-ce qu'il dit à présent?
mil. Qu'il apporte des langues, de la cannelle et des noix ; il te prie de lui en procurer le débit.
agor. Il est marchand à ce qu'il paraît.
han Is am ar uinam. (Voici le moment décisif.) agor. Qu'est-ce?
han. Palum erga dectha. (Je me soumettrai à la volonté du ciel.)
AGOR. Milphion, que dit-il?
mil. Qu'on l'a chargé de vendre de la paille et des fourches pour cultiver les jardins et pour faire la moisson. On te l'aura, je crois, envoyé pour moissonner tes champs.
aor. Je n'en ai que faire.
mil. Il veut te le faire savoir, pour que tu ne croies pas qu'il ait l'intention de te dérober quelque chose.
han. Mu phonnium sucorahim. ( Afin qu'à l'avenir je puisse mettre un terme à mes fatigues, et que maintenant je puisse me reposer.)
mil. (à Agorastocles) Il ne va pas faire ce qu'il demande.
agor. Qu'est-ce qu'il dit? Que demande-t-il ? Explique-le-moi7
mil. Que tu l'étendes sous une claie, qu'on chargera ensuite de pierres pour le mettre à mort.
han. Guna bil Balsamen ar a son. (Puisse le bienfaisant roi du ciel les favoriser.)
agor. Interprète-moi ces paroles. Que dit-il?
mil. Ma foi, je n'y comprends plus rien.
han. Mais, pour que tu me comprennes, je vais m'expliquer en langage
Xlviij APERÇU SUR LES ANTIQUITES
romain. Il faut, par Hercule, que tu sois un mauvais coquin d'esclave, pour t'amuser ainsi aux dépens d'un étranger, d'un voyageur, etc.
GUIDDENÊME , MILPHIO , HANNON , AGORASTOCLÈS.
guid. Qui est-ce qui frappe? mil. L'homme tout près de toi.
guid. Que veux-tu?
mil. lui montrant Hannon. Ah çà! connais-tu ce voyageur à la tunique flottante ?
guid. 0 Jupiter souverain ! Que vois-je? C'est mon maître lui-même, le père de celles que j'ai nourries, Hannon de Carthage.
mil. Voyez la friponne ! Et le Carthaginois, c'est un bon sorcier ; il tourne les esprits comme il veut.
guid. Hannon, ô mon cher maître, salut, toi que ni tes filles ni moi nous n'espérions plus revoir, salut l.... Eh bien! pourquoi me regarder avec un air d'étonnement ? Est-ce que tu ne reconnais pas Guiddenême, ton esclave?
han. Si... mais où sont mes filles? Je suis impatient de le savoir.
guid. Au temple de Vénus, han. Qu'y font-elles? dis-le-moi.
guid. C'est aujourd'hui les Aphrodisies, la fête de Vénus ; elles sont allées offrir leurs prières à la déesse et lui demander sa faveur.
mil. Par Pollux, à ce que je vois, elles l'ont obtenu, puisqu'il est arrivé ici. (Montrant Hannon.)
AGOR. à Guiddenême. Oui-dà ! est-ce que ce sont ses filles?
guid. Comme tu dis.
agor. Ta tendresse paternelle est venue tout-à-fait à point pour nous secourir aujourd'hui; car elles allaient changer leurs noms et faire un honteux trafic de leur personne.
un esclave de la suite, à Guiddenême. Handone silli hanun bene silli in mustine. (Toutes les fois que Vénus se montre propice ou accorde une faveur, elle ne la donne jamais exempte de malheurs.)
guid. Meisi an eisti dum alaim na ceistin ain. (Écoute-moi et sois juge, et ne me presse point trop vivement de questions à ce sujet.)