‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 37 sur 210 · LES DRUIDES · texte numérisé non relu

LES DRUIDES

Après la confusion des langues et la dispersion des hommes, chaque famille ou colonie s'était formé un système de religion dans les différens pays où ils s'établirent. Les ministres de ces religions furent connus dans une grande partie de l'Europe sous le nom de druides ; ils furent nommés sophi ou philosophes chez les Grecs, mages chez les Perses, gymnosophistes chez les Indiens et chaldéens chez les Assyriens. Les peuples chez qui la religion fut enseignée par les druides s'efforcent de chercher l'origine et l'étymologie du mot druide dans leur langue. Les Germains croient l'avoir trouvée dans le mot drud, qui veut dire fidèle; Latour d'Auvergne le découvre dans le celtique derwidd-din (l'homme du gui de chêne); les Irlandais, qui se servaient du mot dryethy pour signifier druide, le dérivent du mot dair, chêne, dont leur île était couverte autrefois, et qui reçut des anciens îe nom d'insula nemorosa; l'interprétation grecque du mot druide confirme l'opinion des Irlandais : drus, en grec, veut dire chêne, arbre consacré à Jupiter, sacra Jovi quercus, parce que les druides choisissaient les forêts de chênes ou les bois sacrés pour célébrer leurs cérémonies superstitieuses, ou parce qu'ils se servaient du gui de chêne dans leurs cérémonies religieuses. Ovide fait allusion à ces coutumes lorsqu'il dit :

Ad viscum druidœ, druidœ clamare solebant.

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. liij

Le plus ancien et le plus célèbre oracle de toute la Grèce fut consulté sous les chênes de la forêt de Dodone. Dieu même, dans le temps des patriarches, apparut aux hommes dans des bois de chênes; des temples y furent érigés en son honneur, des sacrifices et des oblations y furent offerts, et des anges y annoncèrent aux hommes les ordres du Seigneur.

« L'origine des druides, dit Banier, se perd dans les ténè- » bres de l'antiquité, et tout ce que nous en pouvons savoir, » c'est que les philosophes grecs, Aristote, Solon, et autres en- » core avant eux, qui en font mention (car ils étaient connus » dans les temps les plus reculés), en parlent comme de gens » savans, très-éclairés dans les matières de religion, et comme » des philosophes consommés dans la spéculation. Pline l'an- » cien, qui avait remarqué une conformité parfaite entre la doc- » trine des mages et celle des druides, semble croire que les » Perses aient pu recevoir l'art magique des druides bretons. » Hodieque earn Britannia célébrât tantis ceremoniis, ut de- » disse Persis videri possit.» (Lib. XXX, cap. iv.)

« Les druides, dit Justin, ayant un génie supérieur, se sont » éclairés par la contemplation des choses cachées et des plus » hautes vérités. Dédaignant les faiblesses humaines , ils ont » prononcé que les âmes étaient immortelles. » (Lib. XV.)

Bailly, dans son Histoire de l'astronomie, dit : «Les connais- » sances astronomiques des Gaulois étaient établies et consa- » crées par la religion. On ne peut juger de leur mérite, parce » qu'elles étaient renfermées dans des vers faits pour être chan- » tés, et qui ne furent jamais écrits; ils auraient cru profaner » la science des choses divines par les caractères vulgaires qui » servaient pour les affaires publiques. On pourrait croire que » ces connaissances avaient passé de l'Orient dans les Gaules par » les Phocéens établis à Marseille, ou par quelques disciples de » Pythagore sortis de l'Italie, si César ne disait pas lui-même » qu'elles étaient venues de la Grande-Bretagne. L'Angleterre » était dès lors une nation éclairée. » On peut juger de leur influence par ce qu'un orateur grec en disait : « Quoique assis sur » des trônes d'or, dans des palais magnifiques, ces rois ne sont » que les ministres, que les exécuteurs des volontés des drui- » des, et ces philosophes régnent plus véritablement que ceux » qui portent la couronne. » M. Yillenave ajoute : « Us rete- » naient le triple empire du culte, de l'instruction publique et » du gouvernement; en un mot, ils étaient les prêtres, les au- » gures ou devins, les législateurs, les juges, les instituteurs,

liV APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS

» les historiens, les poètes, les médecins, les astronomes et les m musiciens du peuple celte.

» Les druides enseignaient non l'immortalité, mais l'éternité » des âmes en leur donnant des formes corporelles; ils confon- » daient les sciences morales et les sciences physiques, et mê- » laient à leur enseignement de la religion et de la morale les » mathémathiques, l'astronomie et l'art de guérir; ils admet- » taient les femmes dans leur institut. Les druides établirent » la loi et les épreuves si longues du silence, l'initiation, l'en- » seignement oral , l'exposition en vers techniques de la reli- » gion, de la morale et des sciences physiques , l'exercice de la » mémoire et l'interdiction de l'écriture. Ils établirent le double » enseignement, l'enseignement élémentaire qui s'adressa à » tous, et l'enseignement supérieur qui était réservé pour les » adeptes. Ils s'entourèrent de mystères, de symboles, d'allégo- » ries; ils prétendaient connaître ce qui était caché dans les se- » crets de la nature et dans la nuit de l'avenir. »

Quoique les druides eussent reçu l'art de l'écriture des Phéniciens environ six cents ans avant Jésus-Christ, ils donnaient toutes leurs leçons de vive voix. Lucain expose ainsi leur doctrine :

Vobis auctoribus ambroe

Non tacitas Erebi sedes, ditisque profundi Pallida régna petunt : regit idem spiritus artus Orbe alio : longœ (canitis si cognita) vitœ Mors media est. Certe populi quos despicit Arctos, Felices err ore suo, quos Me timorum Maximus, haud urget leti metus : inde ruendi In ferrum mens prona viris, animœque capsaces Mortis, et ignavum rediturœ parcere vitœ.

Pharsal. lib. I.

Brébeuf a traduit ainsi ces vers du poète latin :

Ils pensent que des corps les ombres divisées

Ne vont pas s'enfermer dans les Champs-Elysées ;

Et ne connaissent point ces lieux infortunés

Qu'à d'éternelles nuits le ciel a condamnés.

De son corps languissant une âme séparée

En reprend un nouveau dans une autre contrée.

Elle change de vie au lieu de la laisser,

Et ne finit ses jours que pour les commencer.

Officieux, mensonge 1 agréable imposture!

La frayeur de la mort, des frayeurs la plus dure,

N'a jamais fait pâlir ces fières nations,

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