‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 38 sur 210 · ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES · texte numérisé non relu

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES

Qui trouvent leur repos dans leurs illusions ; De là naît dans leurs cœurs cette bouillante envie D'affronter une mort qui donne une autre vie, De braver les périls, de chercher les combats Où l'on se voit renaître au milieu du trépas.

Les anciens Bretons adoraient le soleil et le feu; leur religion avait une très -grande influence sur le gouvernement. Les druides, qui en étaient les gardiens, étaient investis d'une grande autorité, nulle part la superstition n'eut plus d'empire sur les peuples. Outre les peines sévères que les prêtres pouvaient infliger dans ce monde, ils enseignaient la doctrine de la transmigration des âmes; la crainte superstitieuse des peuples servait à étendre leur autorité. Us sacrifiaient des victimes humaines qu'ils brûlaient dans des mannequins d'osier assez grands pour contenir plusieurs personnes à la fois. L'austérité de leurs mœurs et la simplicité de leur vie contribuèrent à établir cet empire absolu des druides, qui avaient pour but de maintenir le peuple dans l'ignorance et le respect. Non seulement ils étaient respectés, mais ils furent même presque adorés comme des divinités.

Il y avait cette différence entre les druides gaulois et bretons et les druides irlandais, que les derniers communiquaient, au moyen de l'oghum ou de caractères, les mystères que les premiers ne mettaient jamais par écrit.

La grande influence qu'ils exerçaient sur le peuple leur attirala persécution des Romains et des autres conquérans. Tous les ans les druides s'assemblaient en divers endroits, et en dernier lieu à Stonehenge, bâti par Ambroise, vers l'an 460, sur l'emplacement d'une ancienne construction païenne. Bons poètes, bons moralistes, ils croyaient néanmoins aux lutins, aux démons et aux enchantemens. Pour aider la mémoire, ils exprimaient en tirades leurs maximes de morale, qui égalaient au moins celles des philosophes les plus célèbres de l'antiquité païenne. Les productions des principaux poètes gallois, tels que Taliesen et Merlin, ont un mérite classique. Les bardes les plus renommés du pays de Galles furent Pleuydd, Alawn et Gwron.

Vers l'ère chrétienne, la langue de ces peuples était probablement celle des Celtes. Pendant la domination des Romains, le latin devint la langue des villes municipales, de la religion et des lois. Et enfin, quand la religion catholique vint succéder aux armes romaines, la langue du peuple-roi garda sa supériorité sur les idiomes de ce pays.

lyj APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS

Tous les Bretons tenaient des assemblées annuelles à Albury et à Stonehenge, où les lois étaient promulguées.

On montre encore dans l'île d' Anglesey le lieu où Suétone fit massacrer par ses barbares légions les druides inoffensifs. Les Saxons avaient de pareilles assemblées du Michel-synoth ou Michel-gemote, ou grand conseil, Wittenagemote, ou réunion des sages.

César dit que les sacrifices humains faisaient la principale partie de la religion des druides. « Ils souillent et profanent leurs autels en les arrosant de sang humain, dit Cicéron, comme si, pour remplir les devoirs de leur religion, ils devaient auparavant les déshonorer par le meurtre, comme s'ils ne pouvaient adorer les dieux sans égorger les hommes.

» Ala mort de César ils recommencèrent ces sacrifices impies, que la conquête des Romains fit cesser pendant quelque temps.

Et vos barbaricos ritus, rnoremque sinîstrum Sacrorum druidœ positis repetistis ab armis.

Le druide en repos reprend ses exercices Et l'appareil sanglant de ses noirs sacrifices.

» Il est juste, cependant, d'ajouter que ce culte impie qu'on reproche aux druides fut répandu chez plusieurs peuples de l'antiquité. Tous les ans dans la Thessalie, un homme était immolé à Pelée et à Chiron. Le Messénien Aristomène sacrifia deux cents Grecs sur l'autel de Jupiter. Les Rhodiens donnaient annuellement le sang d'un Grec à Saturne. Dans les calamités publiques, les Phéniciens faisaient sur les autels du même dieu le sacrifice sanglant de leurs meilleurs amis. Les femmes de Crète égorgeaient en son honneur leurs propres enfans. C'est au dieu Mars que Lacédémone offrait les victimes humaines. Les Scythes immolaient les étrangers sur l'autel de Diane, et Diane Taurique voyait se multiplier ces affreux égorgemens. Le sang d'une vierge arrosait dans Laodice , l'autel de Pallas. Les habitans de Salamine croyaient honorer Diomède en lui sacrifiant des hommes. Carthage, vaincue par Agathoclès, crut apaiser la colère de Saturne par un hécatombe de deux cents de ses principaux citoyens... Pourquoi, » dit M. Villenave, qui nous fournit ces détails, « reprocherait-on plus particulièrement à nos ancêtres une barbarie répandue dans tout le monde des anciens?

» S'il est vrai, comme l'a remarqué Pline, que la magie soit née de la médecine, la médecine des druides peut venir à l'appui

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. lvij

de cette opinion, car elle ne consistait qu'en formules magiques. La glu était le premier de leurs médicamens; ils la disaient puissante contre tous les poisons, ils lui attribuaient la vertu de rendre féconds les êtres stériles; et cette glu consacrée, objet de leur vénération, était extraite du gui de chêne avec des cérémonies qui rappellent celle que, plus tard, les poètes ont fait employer par Médée et Circé quand ces magiciennes allaient mystérieusement cueillir sur les monts de la Thessalie les simples destinés à leurs enchantemens : cérémonie que Moore avait sans doute en vue, lorsqu'il composa ces stances dont madame Valmore nous a donné cette élégante imitation.

Page 1