ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. 1ÎX
intéressans sur le culte que les Irlandais rendent aux fontaines. J'ai, dit-il, souvent interrogé vos fermiers, pour connaître ce qu'ils pensaient des pèlerinages qu'il font à Kill-Archt, à Tobbar-Brighde, à Tobbar-Muire, près d'Elphine et Moore, dans les environs duCastlereagh, où se rendait tous les ans un concours immense de peuple, pour célébrer ce qu'ils appelaient en mauvais anglais les Patterns (fête patronale). Comme je pressais un vieillard de me dire quel avantage il comptait retirer de ses visites aux fontaines qui se trouvaient auprès d'un vieux chêne ou d'une pierre droite non taillée , et de m'expliquer pourquoi l'on suspendait des morceaux de linge aux branches des arbres, il me répondit : « Que ses ancêtres l'avaient toujours fait, que c'était un préservatif contre le geasa-draoidecht, ou sorcelleries des druides; que, par ce moyen, leur bétail était à l'abri de toute maladie épidémique, et qu'ils s'attiraient ainsi les faveurs des daoini maithe ou des fées. » Ces pratiques païennes avaient une telle importance à leurs yeux, qu'ils faisaient quelquefois jusqu'à vingt milles nu-tête et nu-pieds, pour se donner le plaisir de ramper à genoux autour de ces fontaines, de ces pierres droites et de ces vieux chênes. La figure tournée vers l'ouest, ils en faisaient tantôt trois fois le tour, tantôt six fois, tantôt neuf fois, et ainsi de suite, en comptant les tours d'après les nombres impairs, jusqu'à ce qu'ils eussent exactement accompli leurs pénitences volontaires.
De tout temps, les eaux de Logh-Con furent regardées comme sacrées ; l'on y jetait des morceaux de beurre, comme préservatifs contre le geasa-draoidecht, que dans leur crédule superstition ils supposaient tarir le lait des vaches.
La fontaine de Tobbar-Na-Molcht à Tubrid, dans le comté de Kerry, est une des plus célèbres de l'Irlande. Un grand nombre de personnes y viennent tous les samedis de plusieurs lieues faire leurs stations, et boire l'eau de cette fontaine, qui a été si souvent témoin des jeux de mon enfance. Au lieu d'une pierre non taillée, celle devant laquelle le peuple prie porte sur une de ses faces les images de trois saints. Selon la légende populaire, trois prêtres, au moment de célébrer la messe, furent obligés, pour se soustraire à leurs persécuteurs, de se jeter dans cette fontaine; à leur arrivée, les émissaires d'Elisabeth ne trouvèrent que trois béliers, au lieu des trois prêtres qu'ils voulaient immoler.
Le culte des fontaines, selon Stanley, remonte jusqu'aux Chaldéens. Le passage suivant, extrait des voyages d'Hanway,