‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 42 sur 210 · IX APERÇU SUR LES ANTIQUITES · texte numérisé non relu

IX APERÇU SUR LES ANTIQUITES

fait connaître que ces superstitions druidiques nous viennent des peuples de l'Orient :

« Nous arrivâmes à un caravansérail abandonné , où nous » ne trouvâmes que de l'eau. J'y vis une grande quantité de » morceaux de linge suspendus aux branches d'un arbre. C'é- » taient autant de charmes que les pèlerins, venus de la province » de Ghilaw, y avaient déposés, dans l'espoir de se guérir ainsi » de leurs maladies. » De la Chaldée et de la Perse, le culte des fontaines passa en Arabie, où la source de Zimzim à la Mecque fut célèbre plusieurs siècles même avant l'arrivée de Mahomet. De là il se répandit dans l'Egypte, dans la Libye, fameuse pour sa fontaine sacrée de Jupiter Ammon, appelée par Pline fontaine du Soleil, et plus tard en Grèce, en Italie, en Espagne et en Irlande.

Saint Athanase dit en parlant du culte des fontaines : « De » tous les peuples, les Égyptiens étaient sur ce point les plus » superstitieux. »

En remontant à l'origine des peuples et en suivant leurs émigrations de l'orient en occident, nous trouvons la fons Egeriœ de Numa, les fontinalia romana, les Âquœ Ferentinœ, et le bois sacré où se célébrèrent les feriœ Latinœ.

Ces bois et ces fontaines étaient sous la protection spéciale de quelque divinité : Cui numen etiam et divinus cuîtus trihutus fuit , et les fêtes des fontinalia de la Rome païenne eurent lieu, comme celles des Scelligs irlandais, vers l'équinoxe de l'automne.

Selon les Grecs, Persée, le plus ancien de leurs héros, conquit l'Egypte, la Libye et les nations voisines du mont Atlas, que Léo et Hercule, dit-on, ont seuls franchi. De là il porta ses conquêtes plus loin que les colonnes d'Hercule; il subjugua les provinces voisines de la ville de Tartesse (Tharshish dans l'Ecriture sainte). Sa femme, Astérie (l'Astarté de Tyr, de Sidon et de Carthage), était fille de Baal. Persée apprit aux marins, guidés jusque alors par la grande Ourse, à se diriger par l'étoile polaire; et enfin quelques fontaines sacrées qui se trouvaient près de Carthage furent nommées après lui fontaines de Persée.

Pausanias dit qu'à Pœhrœ, dans l'Achaïe, il y avait une fontaine consacrée à Hermès, appelée Hama, et auprès de laquelle trente énormes pierres droites furent élevées à une époque fort reculée, lorsque au lieu d'images les Grecs adoraient des blocs de pierre. Telle était la religion de l'Irlande païenne.

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Aujourd'hui même le peuple de cette île se sert du mot ailithre pour désigner un pèlerinage.

Ainsi l'on trouve dans les annales des quatre maîtres que « Arthgal, fils de Cathal, roi de Connaught, prit le bâton de pèlerin et partit pour Hiona dia ailithre, » c'est-à-dire en pèlerinage; ce mot ailithre est composé de ail, un roc ou pierre droite, et de itriallam, aller autour, et il n'existe pas, en irlandais, pour exprimer les pèlerinages des chrétiens à Hiona, à Jérusalem ou à Rome, d'autre mot que celui à' ailithre, dont se servaient les Irlandais païens pour désigner un pèlerinage à la pierre sacrée du Carne ou du Tobar, le dieu emblématique des druides.

Smith, sans en avoir expliqué l'origine, a donné une description minutieuse du culte des Scelligs, sur la côte de Kerry, dans cette partie de l'Irlande qui fut envahie d'abord par les Espagnols. Un immense concours de peuple, composé en partie de personnes infirmes, visite tous les ans, le 29 septembre, la fontaine de Saint-Michel, près JBallynascellig, sur la côte de Kerry, dans l'espoir d'être guéris par cette eau miraculeuse. Ainsi la fête de Saint-Michel coïncide avec l'équinoxe de l'automne, et par conséquent avec les sacrifices et les Baal-tinnes des druides, qui avaient lieu à cette époque.

La plus grande des îles Scellig de cette côte, où se trouvent les deux fontaines sacrées les plus fameuses de toute l'Irlande, se nomme Scellig-Michael ou Scellig de Michel. Le promontoire sacré de Scillée en Grèce fut aussi dédié à saint Michel, et s'appelle de nos jours cap Saint-Angèle.

Sur plusieurs autres promontoires, autrefois célèbres par les sacrifices humains que les druides y offraient, par des purifications et par le culte de ses fontaines , des monastères furent dédiés à saint Michel, pour effacer jusqu'au souvenir des rites païens. Tel était le mont Saint-Michel, près Penzance, dans la Cornouaille; tel est aussi celui de Saint-Michel, en Normandie, sur la côte de la Bretagne, dédié au même saint, dans le sixième siècle.

D'après les annales d'Innisfallen, de Tigernach et des quatre maîtres, un monastère fut fondé dans la plus grande des Scelligs irlandaises, en l'honneur de saint Michel, par saint Finian, au sixième siècle ; ce monastère, que les Danois pillèrent et détruisirent en l'an 812 de notre ère, fut rebâti en 860.

Les invasions des Danois forcèrent les moines d'abandonner les Scelligs et de s'établir sur la côte opposée de Kerry, où ils fondèrent

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l'abbaye de Ballynascellig ou de Saint-Michel , dans la baronie d'Ivereach, près du lieu où se trouve aujourd'hui Derrinane Abbey, séjour favori d'O'Connell. Ce monastère fut un des plus remarquables du onzième siècle. Giraldus parle des ruines du monastère de Scellig-Michel, qui était beaucoup plus ancien que celui de Ballynascellig. On les aperçoit même encore sur une plateforme d'environ trois arpens, au centre de l'île, à cinquante pieds au-dessus du niveau de la mer. Ces ruines renferment un grand nombre de cellules en pierres entassées les unes sur les autres, qui laissent pénétrer les vents de tous côtés. Ici se trouvent les deux fontaines auprès desquelles les pèlerins, le 29 septembre, répétaient les prières d'usage avant de commencer leur ascension au sommet de la montagne. D'après Keating, cette île n'est qu'un immense rocher entouré de précipices, qui domine la mer à une hauteur effrayante. Un sentier fort étroit conduit au sommet ; le chemin est si rapide que peu de personnes ont le courage de s'y risquer. Néanmoins le pèlerin druidique , après avoir déposé son offrande auprès des fontaines sacrées , s'avançait vers l'objet principal de son culte , la pierre qui se trouvait au sommet de la partie la plus élevée de l'île.

A la hauteur d'environ cent cinquante pieds au-dessus de la mer, il se glissait à travers une ouverture étroite, semblable au tuyau d'une cheminée, que l'on nommait trou de l'aiguille. En cet endroit, l'ascension devenait fort difficile, même pour ceux qui marchaient nu-pieds, malgré les trous creusés dans le rocher pour faciliter la marche des pèlerins. Ces obstacles une fois vaincus, il s'en présentait un nouveau. L'étroit sentier qui conduit au sommet, et qui se nomme en irlandais leac an docra, pierre de la douleur, s'avance au-dessus de la mer. Il est fort difficile de franchir cette pierre, même pendant un temps calme; mais lorsque le Yent souffle, comme cela arrive le plus souvent, la crainte de tomber ou d'être enlevé par le vent, et le vertige que l'on éprouve, ont de quoi glacer d'effroi l'homme le plus hardi. Lorsqu'on a franchi ce rocher d'une hauteur d'environ douze pieds, la route qui mène de là jusqu'au sommet est beaucoup moins rapide ; mais il existe encore deux stations fort dangereuses à franchir : la première s'appelle le nid de l'aigle ; c'est là que les moines remplacèrent par une croix en pierre le roc, objet du culte des druides, et qui exigeait préalablement la cérémonie de la purification dans les fontaines sacrées.

Pour se faire une idée de la crainte superstitieuse que les

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rites effrayans des druides devaient inspirer au peuple, que l'on se représente un homme suspendu pour ainsi dire au milieu des airs, à quatre cent cinquante pieds au-dessus de la mer, avec un horizon sans bornes d'un côté, et de l'autre les montagnes de Kerry.

Cependant il restait encore à ces pèlerins audacieux une dernière station à parcourir, avant d'atteindre le point le plus élevé du rocher. Arrivés à cette hauteur, ils se trouvaient à quatre cent soixante pieds au-dessus des vagues, et la mer est ici tellement profonde, que le plus grand vaisseau de guerre peut sans danger y mouiller à l'ancre. Parvenu à cet endroit, le pèlerin devait subir l'épreuve la plus bizarre et la plus dangereuse que la superstition druidique ait jamais pu suggérer. La cime du rocher de douze pieds de longueur sur deux de largeur, ayant la forme d'une i-a renversée, se projetait sur la mer ; le pèlerin était obligé de franchir à califourchon un espace de douze pieds, afin de baiser une croix taillée dans la partie la plus élevée de cette projection par quelque hardi aventurier, comme préservatif contre les sorcelleries des druides.

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