‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 43 sur 210 · ORIGINE DES COUTUMES RELIGIEUSES DE L'IRLANDE PAÏENNE · texte numérisé non relu

ORIGINE DES COUTUMES RELIGIEUSES DE L'IRLANDE PAÏENNE

Il est impossible de lire ces détails sans remarquer une parfaite analogie entre ces rites et ceux de la religion de Baal. Les Scelligs d'Irlande sont au-delà du cap Bolus, et celles de l'Angleterre à peu de distance du cap Belerium. Tous deux sont à l'orient du cap Belerium en Espagne, et ne furent autres que les Scelligs occidentales ou pics sacrés, qui s'offrirent d'abord aux Phéniciens. Strabon dit expressément que tous les promontoires de l'Europe où les Phéniciens faisaient le commerce, furent consacrés par des colonnes ou des temples érigés à une époque très-ancienne. Ces monumens de la superstition druidique se multiplièrent tellement, que Dicearchus, Eratosthenes, cités par Strabon, avaient peine à retrouver les véritables colonnes d'Hercule.

Chaque promontoire , nommé scylla ou scy Ileum, en Grèce, en Italie, dans les mers de la Bretagne et de l'Irlande, se distinguait par des temples, des traditions religieuses et des fontaines sacrées d'une grande antiquité.

On supposait que l'entrée des enfers se trouvait près de celui du Péloponnèse ( Hermionœ in Argiœ littore. Inde brevis ad inferos descensus. Huic vicinum est Scylîeum promontorium).

lïiV APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS

Celui d'Italie, vis-à-vis le cap Pelorus, est bien connu par les traditions fabuleuses de Virgile et d'Ovide, dont l'imagination poétique ne fit qu'embellir l'histoire véritable des rites religieux de ce pays. Sur le rocher de Scylla se trouvait anciennement un magnifique temple et un oracle, et la fontaine sacrée de Circé fut adorée surtout par les marins, qui faisaient des sacrifices aux dieux infernaux, long-temps avant que les fables de Virgile et d'Ovide fussent connues.

A l'établissement du christianisme, le nom et les fêtes des divinités druidiques et les sacrifices humains furent abolis et remplacés par le culte de l'archange saint Michel, qu'on avait choisi de préférence, comme chef des anges, pour l'opposer au Baal des druides.

L'identité parfaite qui existe entre le culte de Baal et celui des druides est ainsi parfaitement démontrée. Ausonius, qui fut lui-même un druide, dit : Tu Baiocassis stirpe druidum satus. — Belini sacraium ducts e templo genus.

Une inscription gallique, publiée par Gruter, fait mention de la fontaine de Baal; il y avait aussi une fontaine sacrée dans le temple phénicien de Gadeira. Facciolati parle dans son dictionnaire des fontaines sacrées de Baal.

La fontaine du Soleil, dans le temple de Jupiter Arnmon, doit son origine à la même divinité phénicienne, car le soleil et Baal étaient un seul et même dieu. Eschyle et Priscien font mention de la fontaine miraculeuse de Palicore en Sicile, et ils ajoutent que les parjures qui buvaient de ses eaux étaient frappés de cécité. Diodore dit que cette fontaine et l'oracle qui en dépendait existaient depuis une époque extrêmement ancienne.

Solimes rappelle quelques fontaines sacrées de la Sardaigne, qui fut habitée primitivement par les Phéniciens, et Philostrate parle d'une autre qui existait à Tyanœa.

Ces détails démontrent que le culte des fontaines dans les Scelligs irlandais, peuplés par le clan Hua Bhascoine, fut emprunté par leurs ancêtres, les Vascons ou Biscayens de Ylbérie, aux colonies phéniciennes. Ces derniers s'étaient établis le long des côtes de l'Europe, jusqu'en Irlande. Les Scillées au-delà du cap Belerium, dans la Cornouaille, et ceux du cap Bolus, dans le comté de Kerry, ont dû être fréquentés par les Phéniciens qui se rendaient au cap Belerium, près de Corunne, en Espagne ; tous ces promontoires furent consacrés à Baal. Les anciens parlent d'un phare qui se trouvait près de Corunne et que l'on supposa avoir été bâti par l'Hercule des Phéniciens,

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. \x.\

pour servir de guide aux vaisseaux qui faisaient voile pour les îles Britanniques.

Les poèmes irlandais d'Eochoid, qui a écrit dans le neuvième siècle, rapportent que les Scuit ou Scott partirent d'un port en Galicie où existait une tour nommée tur-Breogan; c'était celle des Brigantes. Ces détails sur les promontoires sacrés de Baal sont d'autant plus dignes de remarque, que l'itinéraire d' Antoninus fait mention d'une ville phénicienne du nom de Tangier, dans l'ouest de l'Afrique, qui faisait le commerce avec l'Europe par le port de Baal en Bétique, et que Strabon et Pline s'accordent sur ce point.

Les temples nombreux en forme de colonnes ou les tours rondes répandues dans l'Irlande forment une partie remarquable de ses antiquités; c'étaient, à ce que l'on croit généralement, des temples consacrés au culte du feu.

Les collines sacrées etles tombeaux des anciens Irlandais étaient appropriés à divers usages ; c'était dans ces temples que le prêtre offrait des sacrifices, que le législateur rendait ses décrets, et que l'on présentait au roi le sceptre, à son avènement.

En parlant des monumens druidiques de l'antique Armorique, voici commentM. delà Pylaies'exprime:«Danstous, c'estla pierre brute, comme si le ciseau de l'homme eût profané l'ouvrage de Dieu ou de la nature en modifiant le bloc du rocher au gré de ses caprices. Aussi tous les vieux dolmens n'ont-ils jamais d'images ni de caractères gravés sur leurs pierres. Celui de Lockmariaker, appelé Men-Plate, qui nous offre des espèces d'écussons armoriaux, avec des feuilles de palmier, avec des fers à cheval, pris pour symbole, si je ne me trompe, par les Carthaginois, avec des cercles offrant un point central, et considérés comme le symbole du soleil, ou de l'univers, est le seul qui présente ses figures remarquables dans notre France occidentale , figures qui nous certifient les relations de l'Armorique avec les navigateurs des peuples septentrionaux de l'Afrique. »

L'Irlande, entièrement séparée du reste de l'Europe, trouvait toutes ses ressources sur les côtes de l'Atlantique ; et son commerce fut maintenu avec les marchands de liberie et avec les descendans des anciens colons phéniciens, qui habitaient les côtes occidentales de l'Espagne.

Selon Strabon, ce fut principalement à Marseille que se firent les préparatifs des expéditions que les Phéniciens dirigèrent contre les îles Britanniques; mais les traditions des Irlandais regardent la Galice comme le point de départ de leurs colo-

IXVJ APERÇU SUR LES ANTIQUITES

nies. Ce ne fut que bien long-temps après que les Belges ou Firbolgs , comme les appelaient les bardes, s'établirent dans l'île. Ils furent à leur tour défaits et supplantés par les Tnatha de- Danaans. Mais le dernier et le plus important de tous les établissemens fut celui des Scythi ou Scoti, qui s'établirent en Irlande environ deux ou trois cents ans avant Jésus-Christ. De là vient que tout le peuple reçut le nom d'Ecossais, qu'il conserva jusqu'au dixième siècle. La race à laquelle le sud de l'Irlande dut ses Iberi et ses Hyberni, le nom de sa rivière Ierne et de son promontoire sacré, existait bien long-temps avant que les Scoti vinssent se fixer sur ses côtes. Ceux-ci à leur tour firent place au Gaël, dont les descendans furent maîtres du pays à l'époque de l'invasion anglaise, sous le règne de Henri II, au douzième siècle.

Le héros irlandais le plus célèbre dont il soit fait mention dans les légendes des bardes est Finn Mac-Cumpal, ou, plus communément, Fingal, général delà fameuse Fianna Eirinn, ancienne milice irlandaise. Guerrier et barde illustre , ce chef transmit aussi à ses descendans, Oisin et Oscar, les dons de l'héroïsme et du chant; il périt, dit-on, sous les coups d'un assassin en 273.

Ce fut à la bataille mémorable de Gabhra qu'Oscar, fils d'Oisin ou Ossian, fut tué. Cette bataille sanglante et les braves qui y trouvèrent un trépas glorieux furent pendant long-temps le sujet favori dés chansons des bardes et des romanciers irlandais. De vieilles ballades sur les héros de ce combat et sur d'autres chefs non moins fameux et d'une époque plus ancienne, ont été l'origine de ces brillantes fables, qui, sous le nom emprunté d'Ossian, ont, pendant si long-temps , ébloui et trompé l'univers.

Il est certain que les fragmens originaux de la poésie erse qui ont donné naissance au poème de Mac Pherson, n'étaient, à proprement parler, que des versions d'anciennes légendes irlandaises sur les héros finiens. Ces légendes, quoique attribuées au poète Oisin, étaient principalement des productions de bardes irlandais des onzième et douzième siècles. Le nord de la Grande- Bretagne, aujourd'hui YÉcosse, fut peuplé par une colonie irlandaise qui lui donna son nom. Par suite de l'union intime de cette colonie et de la mère-patrie , les montagnards du nord de la Bretagne finirent par s'approprier les héros et les chants irlandais.

Les différens changemens que subirent les ballades originales

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. Ixvij

et les noms des chefs Finn, Oisin, Oscar, Cuchullin, Goll- Mac-Morn, métamorphosés, dans les chants erses, en héros écossais, ont été dévoilés par les critiques qui connaissaient le dialecte des deux pays. L'omission fréquente du nom de l'Irlande et de saint Patrice, la suppression de l'histoire véritable des établissemens irlandais en Argyleshire (en Ecosse), vers le milieu du troisième siècle , ne peuvent venir que d'un système délibéré de déception.

Cette première colonie fondée en Ecosse, constamment protégée par l'Irlande, avait souvent couru le risque d'être anéantie par les forces supérieures des Pietés, leurs voisins et leurs rivaux. Cependant, en 503, les princes de l'Irlande établirent une nouvelle colonie dans le nord de l'Angleterre, qui non seulement étendit son pouvoir sur l'Albanie entière, ou Ecosse moderne, mais encore transmit par la race des Stuarts une longue suite de monarques à la Grande-Bretagne. A des faits historiques d'une telle évidence, et qui renversent d'un seul coup l'échafaudage et les fictions de Mac Pherson, l'on peut ajouter que, bien loin que les Écossais de l'Albanie, descendans de ces colonies irlandaises , eussent aucune prétention à une littérature originale ou à une école distincte de poésie , il n'avait jamais existé parmi les Écossais d'autres livres que des livres irlandais, tandis que lessavans de cette dernière île pouvaient se vanter de posséder dans leur propre langue des manuscrits qui remontent à plus de mille ans : ce ne fut guère qu'en 1778 que parut une grammaire du dialecte erse du gaélique.

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