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retraite, se voyaient des écoles pour l'instruction de la jeunesse, et des bibliothèques enrichies des productions de la science sacrée et profane, ainsi que du dépôt des annales nationales. A la porte de l'église, souvent l'orgueilleux baron fut ramené par le ministre de la paix à un sentiment de justice et d'humanité; le pauvre, l'étranger, l'homme sans défense, trouvaient également dans ce saint lieu un asile inviolable contre le caractère vindicatif, hautain ou avare du despote féodal. Ces portes massives, dont la rouille a rongé jusqu'aux gonds, furent toujours ouvertes au pauvre et à l'infortuné; la veuve, l'orphelin et le vieillard, y vinrent tous les jours chercher leur part des bienfaits des monastères (1).
Le noble chevalier, en passant devant le portail gothique, baissait, en témoignage de son respect pour cet asile sacré, son panache orgueilleux, en invoquant sur ses périlleuses entreprises la bénédiction de l'homme de Dieu. Que les temps sont changés ! je cherche et je ne trouve plus ceux où elle envoyait ses prédicateurs éclairer du flambeau du christianisme et de la civilisation les royaumes barbares qui tiennent aujourd'hui un rang élevé parmi les nations de la terre; je cherche en vain ces temps heureux où elle donnait des évêques et des savans à l'Église et aux unirersités, des ambassadeurs et des hommes d'état aux rois ; des confesseurs aux papes ; au ciel des martyrs !
Laisserons-nous périr l'histoire de ces établissemens, asiles de la piété et de la science? Ne trouvera-t-on pas une plume éloquente pour célébrer les œuvres de ces hommes savans et pieux qui faisaient la gloire de la religion et de l'humanité ? Lorsque l'antiquaire et le philosophe s'empressent de visiter ces ruines monastiques, ces fragmens de l'antiquité sacrée, pour méditer sur l'instabilité et le néant des institutions humaines, la puissance, la sagesse, les grandeurs de ce monde, confondus dans la poussière et le silence des tombeaux; lorsque le poète, le peintre, le romancier, fréquentent ces anciennes abbayes pour s'inspirer aux lieux où le génie peut recueillir les faits les plus intéressans, et les plus féconds, n'est-il pas étrange qu'aucun écrivain ne réclame ce sol sacré comme la propriété exclusive de l'historien? Tandis que d'autres auteurs cherchent au milieu de ces ruines et de ces scènes de l'antiquité les sources de la fiction, n'est-il pas étonnant que l'on ne recherche point les richesses im-
(1) L'on sait que c'est par suite de la suppression des couvens , dont les biens furent confisque's au profit des courtisans, qu'il a fallu établir la loi des pauvres, une des plaies de l'Angleterre.
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périssables de l'histoire, la vérité religieuse et l'intérêt littéraire qu'offrent les antiquités monastiques, où le vulgaire ne voit que des débris, où le savant aime à retremper son génie dans le recueillement et le silence de ce qui fut un des domaines du savoir, de la piété et de la bienfaisance? C'est ainsi que je vais étudiant les monumens de l'Irlande païenne et de l'Irlande chrétienne, fouillant dans les archives , les souvenirs populaires, les traditions nationales, que l'antiquité nous a légués sur ces tours rondes dont l'origine se perd dans la nuit des temps; méditant au milieu des cloîtres et des monastères dont les ruines majestueuses témoignent, comme nous l'avons déjà dit, du zèle et de la haute civilisation de leurs pieux fondateurs. Comme l'âme du spectateur est saisie d'une crainte respectueuse, à l'aspect de ces débris vénérables qui offrent un contraste si frappant avec ces masures décorées du nom de temples protestans, élevés aux frais d'une population catholique, pour satisfaire l'orgueil et la ty- Tannie de l'Église anglicane, dont les ministres s'enrichissent des sueurs d'un peuple noble et généreux qu'ils osent encore même insulter et opprimer ! C'est dans ces sanctuaires que de pieux cénobites ont conservé les faibles lueurs que répandaient la religion et la science à une époque où l'Europe fut plongée dans l'ignorance la plus profonde, quand les seigneurs et les rois ne savaient pas même signer leurs noms. Lorsque les hordes du Nord détruisaient jusqu'aux germes mêmes de la science dans le monde entier, l'Irlande, si justement surnommée la patrie des bardes et des saints, entretenait le feu sacré des lettres; elle offrait un asile aux religieux de tous les pays. Nous ne pouvons mieux terminer ces réflexions sur la ruine des monastères irlandais qu'en citant ces belles paroles de Volney :
c 0 noms à jamais glorieux! combien votre aspect présente » de leçons profondes ! combien de vérités sublimes sont écrites » sur la surface de cette terre! Souvenirs des temps passés, re- » venez à ma pensée ! Lieux témoins de la vie de l'homme en » tant d'états divers, retracez-moi les révolutions de sa fortune! » Dévoilez à lui-même les causes de ses maux; redressez le par la » vue de ses erreurs ; enseignez-lui sa propre sagesse, et que » l'expérience des races passées devienne un tableau d'instruc- » tion et un germe de bonheur pour les races présentes et futures.
» Ruines solitaires! murs silencieux! combien d'utiles leçons, » combien de réflexions touchantes ou fortes n'offrez-vous pas » à l'esprit qui sait vous consulter! » — « Les yeux de l'homme » seront-ils donc toujours fermés à la lumière, et son cœur aux
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» insinuations de la vérité et de la raison? Elle s'offre partout » à lui, cette vérité lumineuse, et il ne la voit point ! Le cri de » la raison frappe son oreille, et il n'entend pas! Homme in- » juste ! si tu peux un instant suspendre le prestige qui fascine » tes sens, si ton cœur est capable de comprendre le langage » du raisonnement, interroge ces ruines 1 Lis les leçons qu'elles » te présentent, Et vous, témoins de vingt siècles divers, tem- » pies saints, tombeaux vénérables, murs jadis glorieux, parais- » sez dans la cause de la nature même ! Venez au tribunal d'un » sain entendement déposer contre une accusation injuste! Ve- » nez confondre les déclamations d'une fausse sagesse, et ven- » gez la terre et les cieux< de l'homme qui les calomnie! » {Les Ruines, ch. m.)
La belle réflexion du docteur Johnson en parlant de l'île d'Iona, s'applique avec plus de justesse encore à l'Irlande. « Loin de moi et de mes amis cette froide philosophie qui » nous porterait à fouler avec insensibilité les lieux consacrés » par la sagesse , la science ou la vertu. 11 n'est pas à envier, » l'homme dont le patriotisme ne s'échaufferait pas en parcourant » les plaines de Marathon, et dont la piété ne sera pas excitée » au milieu des ruines d'Iona. »
» Puissé-je visiter ces cloîtres, s'écrie Milton, asiles de la science! ces voûtes élevées jusqu'au ciel, ces antiques piliers, ces vitraux de mille couleurs , livres vivans de l'histoire , et qui répandent sur l'édifice une lumière sombre et religieuse tout à la fois! Ici retentit l'orgue aux sons bruyans; au-dessous, le chœur résonne du chant des hymnes et des cantiques.
» Puisse enfin ma vieillesse fatiguée trouver le chemin d'un tranquille ermitage! Là , couvert d'un cilice pour vêtement, enfoncé dans une grotte tapissée de mousse, puissé-je étudier et connaître le nom et les révolutions de toutes les étoiles qui brillent à la voûte des cieux et les herbes de la terre qui boivent la rosée des nuits ! Là peut-être ma vieille sagesse produira-t-elle un jour quelque chose qui durera comme un chant prophétique.»
Les Irlandais paraissent avoir embrassé le christianisme au commencement de l'ère chrétienne ; la nation fut entièrement convertie par saint Patrice, vers le quatrième siècle. Au commencement du sixième siècle, le christianisme était devenu presque universel dans toute l'Irlande ; et avant la fin de ce siècle, ses églises pouvaient se vanter de posséder un nombre considérable de personnages pieux, distingués par leur sainteté et leur savoir.
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Pour donner au lecteur une notion exacte des travaux apostoliques de cette foule de savans missionnaires que l'Irlande envoya dans toutes les parties de l'Europe, il faudrait le transporter sur les scènes de leurs missions respectives, montrer les difficultés qu'ils éprouvèrent la patience et le courage admirable avec lesquels ils les surmontèrent; s'étendre sur le généreux dévouement de ces saints aventuriers, qui s'avançaient, s'exposant ainsi au milieu des infidèles et des étrangers; gagnant pour leur pays ce noble titre de l'Ile de la piété et de la science, qu'à travers la nuit qui couvrait tout le reste de l'Europe, elle porta si long-temps et avec tant d'orgueil. Parmi les illustres personnages qui dominent l'époque dont nous parlons, se distinguent en première ligne les apôtres Columb- Kill, Columbanus, Killian. Sous les auspices du grand Charlemagne, la France, où les amis des lettres n'avaient jamais manqué de trouver l'hospitalité et la gloire, était devenue un asile encore plus attrayant pour le savant et l'exilé. Ce prince plaça Clément à la tête d'un collège qu'il établissait alors en France, et il envoya Âïbinus présider une pareille institution à Pavie. Dungal, autre savant irlandais, fut également honoré du patronage de Charlemagne. Parmi les autres noms distingués de ces temps, se trouvent Claudius, Sédulius et Donatus. Mais l'homme le plus remarquable que l'Irlande ou peut-être aucun autre pays ait produit dans ces temps, est le savant Jean Scotus Eringena. L'introduction des doctrines mystiques d'Alexandrie par Eringena fournit un nouvel élément à la théologie de l'Occident, et fit à son pays le plus grand honneur, par l'immense réputation qu'il acquit. Il serait impossible, dans ce court abrégé , de parler de tous les savans rlandais qui rendirent des services inappréciables en entretenant le feu sacré de la science prêt à s'éteindre. Qu'il suffise de dire (et rien n'est mieux établi dans l'histoire) que l'Irlande, pendant les sixième, septième, huitième et neuvième siècles, fut le foyer principal des lettres et de la science dans l'Occident. Les autorités sur ce sujet sont nombreuses; elles sont de toutes les nations et ne peuvent être accusées de partialité. Des milliers d'étudians de toutes les parties de la chrétienté remplissaient les salles à' Armagh, de Timolegue, de Lismore et d'autres écoles et collèges irlandais (1). Là, les Écritures saintes furent conservées et étu-
(1) Nous devons les renseignemens suivans à l'obligeance du docteur Mac-Sweeny, administrateur des clablissemens britanniques en France, qui, par sa persévérance,
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diées, et les sciences et les langues de l'antiquité cultivées avec
son talent et son zèle éclairé, est parvenu à rendre au collège des Irlandais son ancien renom.
Lorsque la religion catholique fut persécutée, ainsi que les ministres de cette religion, sous le règne d'Elisabeth, le premier pays sur le continent où les Irlandais avaient l'habitude de se rendre pour leur éducation fut l'Espagne, pays où leurs ancêtres, disaient-ils, avaient autrefois vécu.
Vers le même temps, les Irlandais se rendaient dans la Flandre française et dans les Pays-Bas, sans doute à cause de l'influence que l'Esp3gne exerçait alors dans ces contrées.
La révolution française, qui nuisit aux collèges irlandais établis sur le continent, fut également funeste à celui de Paris ; cependant ce séminaire a été rendu à sa première destination par Napoléon, et s'appelle aujourd'hui Collège des Irlandais. La communauté se compose ainsi : le docteur Mac Sweeny, président; l'abbé Mo- RIA.RTY, vice-président, six professeurs ( tous ecclésiastiques ) ; un économe et environ cent élèves, dont la moitié boursiers et demi-boursiers. L'enseignement comprend les humanités, les belles-lettres, les sciences physiques, l'histoire naturelle, la philosophie, la théologie (dogme et morale ). Les professeurs sont choisis par le président, qui est nommé en dernier ,lieu par le gouvernement français. Les fonds, placés principalement par les Irlandais chez l'étranger ou envoyés de l'Irlande, sufGsent pour l'entretien d'environ cent élèves à 800 francs par an.
Dans les séminaires étrangers qui existent actuellement sur le continent , il y a environ cent soixante élèves : cent de ceux-ci sont à Paris, quarante environ à Rome, et le reste à Salamanque, à Lisbonne, et dans quelques séminaires particuliers.
Leschangemens causés parles guerres de la révolution nécessitèrent l'établissement du collège de Maynooth près de Dublin. Le tableau suivant indique les villes où les catholiques irlandais fondèrent des séminaires; l'année de leur fondation; le nombre d'élèves à cette époque et à présent.