ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. ÎXXV
succès. Les Irlandais se rappellent avec un juste orgueil les jours heureux de leur ancienne renommée; lorsque la jeunesse de l'Europe se pressait en foule à leurs écoles; lorsque des Irlandais célèbres par leur savoir étaient répandus en Angleterre et sur le continent, fondant des collèges dans les déserts, et s'efforçant de maintenir ou de rétablir l'empire de la religion et des lettres, de conquérir à leur patrie le nom de l'île des saints et des savans. La renommée des nations forme leur plus brillant héritage (1), et l'Irlande revendique avec raison sa célébrité primitive. Contrairement à cette opinion, des historiens dignes de foi, trompés par les témoignages erronés des auteurs anglais, représen-
(1) Sans parler d'un grand nombre de monastères fonde's dans cette île, et peuplés par de saints et savans religieux, cette nation avait fourni de zélés missionnaires, qui devinrent les professeurs ou les fondateurs des plus célèbres monastères de l'Europe.
Le savant Sedulius , après avoir visité la France, l'Italie, l'Asie, l'Achaïe, passa à Rome, où il brilla par son érudition, a laissé un grand nombre d'ouvrages, fort estimés, en vers et en prose.
SAINT Fridolin, fils d'un roi d'Irlande, après avoir prêché l'Évangile dans plusieurs endroits des Gaules, devint supérieur du monastère de Saint-Hiiaire, à Poitiers ; secondé par Clovis, il fit rebâtir ce monastère, et fonda par la suite plusieurs maisons religieuses dans l'Alsace, à Strasbourg et sur les frontières de la Suisse.
Saint Columb-Kill, après avoir converti les Picles, fonda sur les côtes de la Grande-Bretagne l'abbaye d'Iona, célèbre par le savoir et la sainteté de ses cénobites, pour avoir servi de lieu de sépulture aux rois d'Ecosse, et pour le grand nombre de monumens d'antiquités irlandaises qui y furent conservés.
Saint Columban, auteur de plusieurs ouvrages latins fort estimés, fut le premier qui donna la Règle monastique aux Français. Il fonda au bas des monts des Vosges le célèbre monastère de Luxieu, qu'il dirigea pendant vingt ans. Chassé de son monastère par lis iutrigues de l'ambitieuse Brunehaut, après avoir prêché la parole de Dieu dans plusieurs provinces de la France, il entra dans l'Italie, où il fonda une abl aye dans le Milanais.
Saint Gall, compagnon presque inséparable du précédent, se choisit une retraite près du lac de Constance, où il bâtit une cellule qui devint célèbre par la suite, parla réputation de son patron et la libéralité des princes voisins. On y bâtit une ville qui porte encore aujourd'hui le nom de Saint-Gall.
Saint Fiacre fonda un monastère dans les environs de Meaux.
Les saints Aidan, Finan et Golman fondèrent des sièges épiscopaux en Angleterre.
Saint Fursey, après avoir fondé un monastère chez les Saxons, passa en France, fonda un mouaslère à Lagny, près Paris. Il mourut dans un voyage qu'il fit en Angleterre. Il fut enterré à Péronne, où il est honoré comme patron.
Saint Argobast, après avoir bâti un oratoire en Alsace, fut promu au siège de Strasbourg, qu'il gouverna pendant douze ans.
SAINT Kilian fut l'apôtre de la Franconie.
Sedulius le jeune fut évêque eu Espagne.
Albuin fut l'apôtre des Tluiringiens.
Saint Virgil, sur la recommandation du roi Pépin, fut promu par le duc de Bavière au siège episcopal de Salsbourg.
lxXVJ APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS
tent les Irlandais'plongés dans l'ignorance et dans la misère. Il faut ajouter aussi, qu'à l'époque où il fut connu de l'Europe, ce peuple était déjà tombé en décadence, par suite des incursions des barbares du nord et de cette série d'invasions anglaises qui arrêta le cours de sa prospérité.
Tandis que la plupart des pays ont été célébrés par leurs historiens, l'Irlande est obligée , pour découvrir quelques traces de son antique splendeur, de recourir à ceux des pays étrangers. Les premières annales de cette île paraissent d'abord fabuleuses ; mais bientôt l'obscurité dans laquelle elles se trouvaient enveloppées disparaît devant les recherches de l'antiquaire; aussi on peut lui appliquer ces belles paroles de Milton : « Mainte-
Saint Donat, après avoir parcouru la France et l'Italie, se fixa en Toscane, et fut élu ensuite évêque de Fiesole.
Saint Findan fonda le mouastère de Richenaw dans une presqu'île du Rhin.
Les saints Buo et Urnolph furent les apôlres de l'Islande.
Clement et Albin passèrent en France, où leur science et leurs vertus leur valurent l'estime de Charlemagne. Ce monarque, ayant fondé, vers 792, deux universités ou écoles, l'une à Paris, l'autre à Pavie, donna la régence de la première à Clément, et envoya Albin à Pavie.
Voici comment l'auteur de la Vie de Charlemagne parle de ces savaus : « Lorsque «Charles commença à régner seul dans l'Occident et que les lettres étaient en » oubli presque partout, il arriva que deux Scots d'Irlande, incomparablement sa- » vans, nommés Clément et Albin, vinrent avec des marchands bretons sur les côtes » de la France, et n'ayant pas d'autres marchandises à exposer en vente pour con- » tenter le peuple qui les entourait, ils criaient: « La science à vendre.' » Les » auditeurs, les croyant insensés, en donnèrent nouvelle à Charles. Ce grand « prince, voulant faire revivre les sciences dans son empire, les lit venir à la cour, » et, après les avoir examinés, il fut rempli de joie, et les fit rester auprès de lui; » mais étant obligé quelque temps après d'aller à la guerre, il établit Clément en » France, et donna ordre de lui fournir tout ce qui est nécessaire à la vie, avec des » logemens convenables pour lui et les écoliers qu'il avait mis sous sa direction. Il » envoya Albin en Italie, et lui assigna le monastère de Saint-Augustin, auprès de » la ville de Ticenium,où tous ceux qui voulaient apprendre pouvaient s'adresser à » lui. »
Il ajoute encore qu'un savant anglais, Alcuin, ayant appris l'accueil que ce monarque avait fait à ces irlandais, vint lui offrir ses services. Polidore Virgile en parle dans les mêmes termes.
Les monastères et les écoles célèbres d' Armagh, de Lismore, de Ros Alilhre, de Clonard et de Mayo, furent les foyers où des étudians de toutes les nations allaient s'instruire. « Nos Anglo-Saxons, dit Campden, allaient dans ce temps en Ir- » lande comme aune foire pour y acheter de belles connaissances; et l'on trouve » souvent dans nos écrivains que, lorsqu'ils étaient absens, on disait qu'lis étaient » envoyés en Irlande pour y recevoir de l'éducation. Il paraît même, continue-t-il, » que les Anglo-Saxons, nos ancêtres, avaient appris en Irlande l'usage des carac- » tères. »
Jean Scot Eringena, l'homme le plus érudit du moyen âge, auteur d'une foule d'ouvrages fort estimés, vint, à la demande du grand Alfred, rétablir les études â Oxford.
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« nant, semblable au voyageur qui a entrepris sa route pendant » la nuit, et traversé les régions poétiques de la féerie et des » rêveries, notre histoire est arrivée aux limites où la clarté du » jour et la vérité nous frappent de leur éclat naissant ; offrant » à notre vue, quoique dans le lointain , des couleurs et des » formes véritables. »