XC APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS
résolurent de disputer en champ clos la main de cette célèbre beauté, qui consentit à devenir le prix du vainqueur. Le sort des armes favorisa Conrigh, mais le cœur de Blanaide appartenait déjà à son rival. Celui-ci, profitant de l'absence de Conrigh, obtint de Blanaide une entrevue, où il fut convenu que Congculioni prendrait le château d'assaut et enlèverait l'épouse infidèle. Congculioni, aidé par ses partisans, surprit le château et fit passer au fil de l'épée tous ses défenseurs. Le fidèle barde seul échappa au carnage ; il suivit Blanaide et son cruel ravisseur à la cour de Macnena, résolu de sacrifier sa perfide maîtresse aux mânes de l'infortuné Conrigh. 11 la surprit écartée de sa suite et se promenant sur le haut d'un rocher, d'où l'on découvrait une vue magnifique. Il y vole soudain; il était déjà auprès d'elle et restait inaperçu, tant celle-ci était absorbée par ses méditations ; une larme roulait dans ses beaux yeux. Pensait-elle à son époux égorgé sous ses yeux, à son nom autrefois si honoré, maintenant flétri pour jamais, aux jours heureux de son enfance, lorsque son cœur candide ignorait encore la lutte terrible des passions ? Ne connaissant que la vengeance, le barde approche, et, profitant de leur isolement, il s'élance sur elle, la saisit, et la précipite avec lui dans la mer. L'onde engloutit l'épouse adultère et le fidèle barde, dont la mort héroïque avait vengé l'honneur outragé de son infortuné bienfaiteur.
Nous avons déjà fait connaître d'anciens bardes antérieurs à l'ère chrétienne ; depuis cette époque jusqu'à une période récente, il y en eut un grand nombre dont les noms pourraient paraître durs aux oreilles de nos lecteurs modernes. Les ouvrages de ces hommes sont marqués au coin du génie et du savoir, et ont laissé de mémorables souvenirs. On conserve encore desfragmens de Ciothruadh, Fingin, Luachna et de Fergus Fionnbell, qui vécut au troisième siècle. Plusieurs vieux manuscrits renferment des poèmes attribués à Oisin, mais il y a lieu de douter de leur authenticité.
En admettant même que ces œuvres nous fussent parvenues, on aurait de la peine à les traduire. Plusieurs passages des poèmes irlandais des cinquième et sixième siècles sont et resteront toujours inexplicables. Il est même impossible d'indiquer l'époque ou le lieu de la naissance d'Oisin ; mais ce qui est certain, c'est que dans le comté de Donegal se trouve une montagne appelée Alt-Oissin, dans le voisinage de laquelle se passèrent la plupart des hauts faits que Mac Pherson a si élégamment décrits dans son pseudopoème d'Ossian. Au nord de