‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 59 sur 210 · ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. XCÎX · texte numérisé non relu

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. XCÎX

d'armes, non moins que la beauté et les grâces de la princesse française, tout conspire contre le bonheur de Moriat.Le jour de son mariage est déjà fixé, le monarque et le prince doivent réunir dans un grand festin l'élite de la noblesse et des guerriers pour leur communiquer cet heureux événement. Sur ces entrefaites arrive le ménestrel ; admis à ce festin, le barde irlandais fait entendre les airs ravissans qui faisaient les délices de l'enfance de Maon ; mais lorsque le ménestrel parle de Moriat, l'émotion du jeune prince le trahit; sa royale fiancée, si heureuse et si fière d'être sa compagne, est la première à faire un généreux effort sur elle-même; elle lui conseille, lui ordonne même de se rendre dans sa patrie, où son devoir et son honneur l'appellent. Le monarque français, un instant irrité, cède avec sa générosité accoutumée. Aussitôt Maon, accompagné de l'élite des guerriers français, fait voile pour l'Irlande , arrache le sceptre des mains du tyran, et s'unit à sa belle et fidèle Moriat.

Telle est la rapide esquisse d'un poème qui n'a pas moins de deux mille vers d'une poésie exquise.

Les invasions des Danois, en décimant cette île et en détruisant la plupart des monumens de son histoire, arrêtèrent l'essor poétique. Cependant quelques bardes célèbres florissaient entre cette époque et l'invasion non moins désastreuse des Anglais. En 884 mourut Maolmura, poète dont les ouvrages se distinguent autant par l'élévation des pensées que par la force de l'expression ; Flann, écrivain gracieux et élégant, appelé le Virgile de l'Irlande , était son contemporain; dans le siècle suivant nous trouvons les bardes Cormacan, O'Hartigan, Mac Giolla et le savant O'Floinn, auteur de poèmes historiques très-estimés. Vers le commencement du onzième siècle vivait Mac Liag, secrétaire et biographe du célèbre monarque irlandais Brian Boroimbe, tué à la bataille mémorable de Clantorf, en 1014. Ses élégies et ses poèmes pathétiques sur la mort de son royal maître sont justement estimés. Les savans poèmes historiques de O'Lochan, Flan de Bute et Giolla Kevin, qui florissaient dans ce siècle, prouvent que l'ignorance profonde dans laquelle le reste de l'Europe fut plongé n'avait pas encore obscurci cette île. Le docteur O'Connor a publié dans ses Rerum Hibernicarum Scriptores les poésies de ce dernier barde avec dés traductions et des notes très-intéressantes sur l'histoire de l'Irlande. Les principaux poètes du commencement du douzième siècle sont l'annaliste O'Mulconry, O'CaS' sidy , auteur d'un poème historique connu sous le nom de

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