C APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS
Sainte Èrin, île des Saints, et O' Dun, premier barde du prince de Leinster. Tels furent les principaux bardes d'Irlande jusqu'à l'invasion des Anglo-Normands en 1184. Loin d'être des personnages d'une existence fabuleuse, comme l'ont prétendu quelques écrivains peu jaloux de revendiquer pour leur pays le rang distingué qu'il doit occuper dans les fastes de la littérature et de la civilisation, ces auteurs dont nous venons d'énumérer les productions avec autant de clarté que peut le comporter la courte étendue de cet a perçu, furent long-temps célèbres dans les annales d'Irlande. La nature et le caractère de ces ouvrages méritent une attention particulière : l'on n'y trouve pas la chaleur sauvage et barbare des scaldes Scandinaves, ni la mollesse efféminée des professeurs de la gaie science, des troubadours et chantres populaires des autres pays de cette époque. La simplicité d'expression et la dignité de pensées qui caractérisent les écrivains grecs et romains des siècles de Périclès et d'Auguste, respirent dans les productions des bardes irlandais. Elles sont aussi le meilleur guide que l'historien puisse suivre pour connaître l'ancien état de cette île intéressante.
Pendant deux siècles après l'invasion de Henri II, la voix des muses ne se fit que faiblement entendre; le génie national était flétri par l'esclavage. Cependant, quoique les bardes fussent en petit nombre, il en resta quelques-uns d'un mérite eminent. Ainsi le vertueux abbé O'Daly, doué d'un talent remarquable, fut surnommé l'Ovide irlandais ; il mourut en 1244, laissant plusieurs poemes excellens, qui sont encore familièrement récités par le peuple. Conway célébra en très-beaux vers les actions héroïques de la famille d'O'Donnell de Tyrconnel, dont il était le barde. Un des écrivains les plus distingués de cette époque, O'Dugan, de Conaught, mort en 1372, composa un poème qui renferme l'histoire et la description des princes de Conaught, du Meath et de l'Ulster, au temps de l'invasion anglaise. Presque tous ces poèmes sont inédits; ils ont été copiés par les annalistes des onzième et douzième siècles dans divers recueils qui sont conservés dans la bibliothèque de l'université de Dublin et du duc de Buckingham à Stowe.
Les limites que nous nous sommes prescrites nous ôtent la possibilité de signaler les poètes des deux siècles suivans. S'ils montrèrent moins de talent que leurs prédécesseurs, c'est qu'ils furent plus opprimés, car ce fut toujours contre les bardes que les envahisseurs dirigèrent leurs traits les plus aigus ; quand ils ne pouvaient les soumettre, ils essayaient deles corrompre. Ils torn-