‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 68 sur 210 · ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. CY · texte numérisé non relu

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. CY

Enfin l'esprit patriotique fit sortir les bardes de leur stupeur, et pendant le règne cruel d'Elisabeth, plusieurs hommes de génie parurent en Irlande et consacrèrent leurs talens à la défense de leur infortuné pays. Les plus célèbres furent Maolin, O'Gnive, auteur d'un excellent poème sur la Chute du Gael, et d'autres productions pleines de feu , et composées dans le but d'exciter les Irlandais contre leurs envahisseurs; les poésies d'O'Higgin, frère de l'archevêque deTuam, sont comptées parmi les meilleures que possède cette langue; O'Mulconry, qui adressa une épître fort estimée à 0' Rourke de Breffny ; le savant Mac Daire de Thomond et son digne contemporain O'Clery de Donegal, dont les talens brillèrent avec tant de lustre dans une assemblée de bardes, vers 1600.

Arrivés aux limites qui séparent l'histoire ancienne des bardes de l'histoire moderne, consultons un écrivain anglais de l'époque pour savoir de quelle estime ils jouissaient dans leur pays. Cet excellent auteur, sir Philip Sidney, nous apprend, dans sa Défense de la poésie, qu'en Irlande les bardes sont en quelque sorte un objet de vénération. En effet, aucun peuple n'a jamais été plus disposé à honorer ceux qui joignirent le talent de la musique au don de la poésie. Aussi, si le patriotisme, le savoir et le génie sont des titres à l'estime générale, personne ne l'a plus méritée que les anciens bardes irlandais.

L'élégant Percy fait observer avec justesse, que lorsque l'histoire, ayant pris une forme plus durable, commença à être écrite en prose , les chants des bardes et des scaldes offrirent plus d'attraits que d'utilité; il en fut de même en Irlande. A partir des douzième et treizième siècles , les annales de ce pays cessèrent d'être mises en vers.

Les bardes, autrefois vénérés, commencèrent à tomber dans l'oubli sous le règne d'Elisabeth. Voici une description curieuse qu'en donne le poète Spenser, qui les flagelle sans pitié, tout en rendant justice à leurs compositions. «Il y a chez les Irlandais une certaine classe de gens appelés bardes qui leur tiennent lieu de poètes. Leurs poèmes contiennent des éloges ou des critiques sur leurs concitoyens. Ces bardes jouissent d'une telle faveur auprès du public , que personne n'ose les contrarier, de crainte d'être exposé aux railleries du peuple; car leurs compositions sont accueillies partout avec des applaudissemens. Elles sont chantées dans les fêtes et les réunions par une autre classe d'hommes appelés conteurs qui en font leur profession.

» Loin d'inculquer des préceptes de morale à la jeunesse, ces

Page 1