‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 70 sur 210 · ET LA LITTERATURE IRLANDAISES. CX · texte numérisé non relu

ET LA LITTERATURE IRLANDAISES. CX

Je n'ai pas oublié cette musique tendre Qui remplissait les airs d'un murmure enchanté; Dans ma chaîne souvent il m'a semblé l'entendre, J'ai dit : Le rossignol là-bas a-t-il chanté?

Penchent-elles encor leurs tètes couronnées, Ces belles fleurs, dans l'eau que j'écoutais gémir? Non, elles étaient Heurs ; le temps les a fanées , Et leur chute a troublé le calme Beiideinir.

Mais lorsqu'elles brillaient dans l'éclat de leurs charmes , Avant de s'effeuiller sur l'humide tombeau, On puisa dans leur sein ces odorantes larmes Qui rappellent l'été dont le règne est si beau !

Ainsi le souvenir rend à mes rêveries Les chants du rossignol que j'écoutais gémir ; Et ma chaîne s'étend jusqu'aux rives fleuries Où je crois voir couler le calme Bendemir.

Il nous reste maintenant à parler de leurs successeurs, et on doit faire observer ici qu'il n'est question dans cet ouvrage que des poètes qui ont écrit dans leur langue nationale ; on trouvera en note une liste des principaux des deux derniers siècles (1). lia

(t)«La poésie, dit le vénérable Charles O'Connor dans ses dissertations, tomba à mesure que la nation déclina ; cependant il parut encore de temps en temps quelques poètes éminens qui trop souvent consacrèrent leur talent à de stériles sujets de panégyriques.» Quoique cet estimable auteur soit en général juste envers l'Irlande, on ne peut pas admettre ici son opinion sans restrictions. Les poètes les plus célèbres qui ont paru depuis le règne d'Elisabeth sont : Fcrgal et Eogan Mac an Bhaird (bardes de Magennis, de Down, Mac Sweeny de Donagal, O'Donnell de Tvr onnell tl O'Neill de Tyrone), O'Hussey, moine franciscain, auteur de plusieurs hymnes et poèmes sacrés; John Mac Waller "Walsh de Kilkeny, poète éiegiaque et pastoral d'un grand mérite; Angus O'Daly, poète satirique énergique; O'Hussey d'Orgial, beau génie dont il reste plusieurs excellens poèmes mêlés; O'Brudar de Limerick, dont la muse décrivit d'une manière fort pathétique les troubles politiques d'Irlande au dix-septième siècle; Jacques Courtney de Louth, auteur de plusieurs pièces élégiaques et pastorales fort estimées, et de plusieurs épigrammes pleines d'esprit et d'une agréable raillerie; Mac Gouran de Leitrim, barde spirituel et gai , dont le poème intitulé Banquet de O'Rourke, a été imité par Swift; O'Neachtan de Meatb, poète d'un grand talent et d'un grand savoir; Eogan O'Rahelly de Kerry a laissé plusieurs poèmes d'un mérite reconnu ; Linden d'Armagh , poète lyrique, a déployé beaucoup de génie dans ses productions ; O'Keeffe de Cork, auteur de plusieurs beaux poèmes sur des sujets moraux et patriotiques; O'Neachtan de Dublin, auteur d'un dictionnaire irlandais et de pli nus excellens poèmes sur divers sujets, mourut vers l'an 1744 ; Colla Mac Shean , poète lyrique et musicien, auteur de plusieurs chansons populaires; Macnamara, génie original, qui écrivit une Enéide burlesque en style vif et élégant; Mac Curtin de Clare, lexicographe irlandais, et auteur de plusieurs odes et élégies. Les poèmes de Mac Donald sont comptés parmi les meilleurs que possède la langue irlandaise.

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été si long-temps à lamode de les décrier, ditNardiman, qu'il est à regretter que d'autres plus capables ne les aient pas vengés de l'ignorance et des préjugés quiles ont attaqués, surtout dans le derniersiècle. Cependant quelétaitleur crime? nous répondrons, à la honte de l'humanité, qu'en Irlande, c'en était un d'aimer son pays. Or, qui a attiré sur eux la vengeance des persécuteurs? leur invincible attachement à l'ancienne foi et aux anciennes familles du pays, même dans leur infortune. Si ce sont là des crimes, ils étaient en effet coupables; mais si ce sont de précieuses qualités, comme nous aimons à le croire, il est temps d'honorer la mémoire de ces hommes calomniés dont le savoir et le génie auraient été défendus et vénérés dans tout autre pays. Ils possédaient au plus haut degré toutes les brillantes qualités dont l'exercice a placé aux premiers rangs leurs compatriotes plus fortunés, mais non plus habiles, tels que Swift, Grattan, Curran, Sheridan, O'Leary, Burke, Canning.

Les bardes pensaient, parlaient, écrivaient en irlandais ; ils étaient invariablement catholiques, patriotes et jacobites; ils avaient même dédaigné de soumettre à la politesse du raffinement saxon leurs surnoms celtiques : de là l'opinion erronée qu'on a eue et qu'ont encore d'eux plusieurs de leurs compatriotes, qui ne purent distinguer le noble génie de ces poètes rustiques, et leur refusent des titres aux talens et au savoir qu'ils possédaient dans un degré si eminent. Le docteur Parsons s'exprime ainsi en parlant des bardes : « Quelques- » uns d'entre eux ont eu la complaisance de me réciter des » poèmes sur l'amour, sur l'héroïsme, sur l'hospitalité, aussi » sublimes qu'aucune langue en ait produit. Plusieurs de » ces poèmes se distinguent par une beauté et une noblesse de )-» sentimens qui m'ont souvent frappé d'admiration. Homère et » Virgile ont donné pour sujet à leurs ouvrages des faits histo- » riques, et les poètes irlandais de nos temps écrivent et » suivent le même plan. C'est le génie du peuple, et leur lan- » gage naturellement en est susceptible plus qu'aucun autre.

Claragh, excellent poète lyrique ; O'Sullivan, auteur de plusieurs poèmes exceller)? : Owen O'Sullivan de Kerry, poète élégiaque pastoral, qu'il ne faut pas confondre avec Daniel O'Sullivan, auteur d'une admirable traduction irlandaise de l'Imitation de Jésus-Christ; "William English de Cork, écrivain facétieux et satirique, a laissé plusieurs poèmes d'une gaieté et d'une originalité exquises; Edmond Lee de Coils, poète pastoral et lyrique'; O'Brien, auteur de plusieurs odes et chansons, et Collins, poète du premier ordre, qui est mort il y a quelques années. L'espace nous manque pour ciler même la moitié des bardes qui, durant le dernier siècle-, ont acquis de la célébrité.

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» Plusieurs d'entre eux improvisent sur-le-champ des éloges et » des poèmes d'une longueur considérable sur toute sorte de » sujets, avec une élégance surprenante. » Le docteur Parsons ajoute qu'il a personnellement connu les bardes dont il vient de parler, et dont on trouvera les noms dans les notes. Mac Pherson lui-même, dans sa dissertation sur les poèmes d'Ossian, en parlant de ces bardes, dit : «Leurs sonnets sur l'amour et » leurs élégies sur la mort de personnes de mérite se distin- » guent par une simplicité et une harmonie inimitables. La beauté » de ces sortes de compositions dépend beaucoup d'une heu- » reuse expression qui disparaît en partie dans une traduction.» Lord Byron et Walter Scott ont exprimé leur opinion sur la poésie irlandaise dans des termes qui peuvent nous faire croire ce que ces illustres écrivains auraient pensé s'ils avaient connu les beautés des bardes dans leurs compositions originales. Nous donnerons plusieurs de ces sonnets et de ces élégies dont parle Macpherson, avec des notices sur leurs auteurs. Leurs noms seront ainsi rappelés au souvenir de leurs compatriotes , dans l'espoir d'éveiller l'attention nationale et de la diriger vers ces enfans du génie et vers leurs ouvrages.

La langue invariablement employée dans leurs compositions était celle du pays. Us y étaient attachés pour plusieurs raisons indépendantes de la nationalité; les plus grands savans de l'Europe, depuis la renaissance des lettres, ont fait hautement son éloge. Usher l'a rangée parmi les premières langues pour la richesse et l'élégance; Leibnitz et Lhuyd nous ont laissé leur opinion sur son mérite. Le dernier fait observer que les Irlandais ont conservé leurs connaissances littéraires plus que toutes les nations voisines. L'ancien langage différait de celui qu'on parle maintenant; il se divisa en plusieurs dialectes, dont le bearla feine ou phénicien était le plus estimé, et sans la connaissance duquel il est impossible de comprendre les anciens poètes. L'usage du latin, introduit par le christianisme, ne produisit pas sur ce langage primitif l'effet qu'on pourrait supposer ; car longtemps après il n'avait point subi de changement matériel. Enfin, dans le seizième siècle, [es savans irlandais commencèrent à tourner leurs pensées vers ce sujet, et s'ils n'en eussent été empêchés par la jalouse intervention des Anglais, il est probable que cette langue aurait éprouvé des améliorations semblables à celles qui furent introduites dans la plupart des autres dialectes de l'Europe. Quand on réfléchit sur l'état politique des îles Britanniques, il est difficile de déterminer jusqu'à quel point cette

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circonstance est aujourd'hui à regretter. Depuis le règne de Henri VIII, le gouvernement anglais a travaillé à l'annihilation totale du langage national ; mais le temps a démontré la folie de cette entreprise, si justement flétrie par l'évêque Heber. Cette politique étroite et illibérale, qui est parvenue en partie à détruire l'ancienne langue, a laissé dans le cœur de la nation une division bien plus déplorable que celle du langage. Plusieurs concessions de terre faites par la couronne sous les règnes de Henri et de ses successeurs jusqu'à Charles Ier, contenaient des clauses spéciales touchant l'abandon de la langue natale et l'encouragement de l'anglais, que l'on voulut y substituer. Mais tous ces efforts auraient échoué sans les fatals désastres du dix-septième siècle. Immédiatement avant la guerre civile de 1641, une lueur d'espérance brilla sur cette langue proscrite. Les savans antiquaires de Donegal entreprirent de recueillir et de publier les restes de l'ancienne littérature; mais leurs intentions patriotiques furent malheureusement paralysées par les troubles qui suivirent, et cette langue, qui avait résisté au choc de tant de siècles, finit par succomber dans ce naufrage général. Depuis , bannie du château du chef et du baron , elle fut reléguée dans la chaumière de son vassal, et après avoir servi de moyen de communication entre les seigneurs et les habitans des campagnes, elle fut, par degrés, bornée à l'usage du pauvre. Qu'on ne s'étonne donc pas si ce langage fut regardé comme dur et grossier; mais il est aussi injuste déjuger la langue irlandaise d'après cette règle, qu'il le serait déjuger le français par le patois de l'Auvergne. Cependant la mesure de ses vicissitudes n'était pas encore comblée.

Dans le dernier siècle, les inquisiteurs du parlement d'Irlande la dénoncèrent comme le dialecte de ce fantôme qui effraie la politique anglaise, c'est-à-dire du papisme. Suivant le système machiavélique du gouvernement britannique, on avait résolu d'abrutir les pauvres catholiques , afin de pouvoir plus facilement leur faire embrasser le culte protestant. L'antique foi résista à toutes ces tentatives criminelles ; mais un épais nuage d'ignorance couvrit bientôt le pays, et la langue de plusieurs millions d'hommes cessa d'être dès lors un moyen de communication écrite. Ces circonstances l'ont peut-être préservée de ces innovations qui ont corrompu le gaélique d'Ecosse. Les bardes des temps modernes s'attachèrent avec soin à son orthographe et à sa structure grammaticale; aussi distingue-t-on dans leurs écrits un degré de pureté vraiment étonnant, lorsqu'on considère les dés-

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