ET LA LITTERATURE IRLANDAISES. CXÎX
qu'il lui tira un coup de pistolet et le brisa en mille morceaux. Il partit sur-le-champ au galop en maudissant tous les papistes irlandais; plusieurs seigneurs des environs le poursuivirent en vain jusqu'au comté de Leitrim. Cet acte de brutalité ne pouvait être inspiré que par l'intolérance religieuse qui désolait à cette époque ce malheureux pays.
Je me suis efforcé de faire connaître notre barde national et ses compositions, sans avoir pu recourir à aucun document écrit capable de m'éclairer ; mais je crains que des détails semblables ne puissent intéresser le lecteur; à défaut d'autre mérite, ils offrent au moins celui de la nouveauté. La mort de Carolan a laissé dans les annales de la musique irlandaise une lacune que les bardes n'ont eu que trop occasion de déplorer. Si l'on réfléchit aux difficultés que cet homme de talent avait à surmonter, à sa cécité, ainsi qu'à l'abaissement politique de l'Irlande à cette époque, nous ne pouvons lui refuser ni nos éloges ni notre admiration. Comme génie musical, il tient le premier rang parmi les compositeurs des temps modernes ; Walker, dans ses mémoires sur les bardes irlandais, lui a rendu justice comme poète et comme musicien. Cet écrit contient cependant quelques erreurs touchant son caractère moral ; il y est représenté comme un joyeux convive dont le génie demandait constamment à être stimulé par des boissons enivrantes. Cependant j'ai appris de plusieurs personnes qui connaissaient les contemporains de Carolan, que rien n'était plus injuste ou moins vrai qu'un tel jugement. L'Irlande lui doit l'honneur d'avoir soutenu sa vieille renommée en musique et en poésie; elle ne s'est pas encore acquittée de la dette qu'elle a contractée envers lui. L'on entend et l'on admire partout ses mélodies ; à l'étranger, les Irlandais ont raison d'être fiers de leur barde national. Cependant quelle récompense a-t-il reçue dans sa patrie! pas une pierre ne dit au passant où il repose; mais sa renommée vivra dans ses mélodies, et nous pouvons prédire, sans crainte d'être démentis, que tant que des accords mélodieux auront des charmes pour l'homme, le nom de Carolan sera un objet de vénération pour ses compatriotes.
Les Écossais, qui diffèrent entre eux d'opinions politiques, ont su rendre justice à la mémoire de Burns; ils lui ont élevé un monument, et ils célèbrent encore aujourd'hui l'anniversaire de sa naissance ; chacun d'eux s'associe à la gloire de son illustre compatriote. 11 n'en est pas ainsi en Irlande. Où sont les monumens de Carolan et de Goldsmith, de Grattan ou de Cur-