CXX APERÇU SUR LES ANTIQUITES
ran? là, point d'anniversaires pour encourager l'essor du génie, tout est morne, tout est d'une tristesse désespérante! Mon cœur s'indigne de cette apathie nationale ; on serait tenté de l'attribuer à l'ingratitude; les malheurs du temps ne peuvent la justifier, elle leur a survécu; interrogez plutôt l'ombre de Furlong sur la tombe de Drumconda!
Ce dernier, enlevé trop tôt aux lettres, traduisit en vers anglais des poésies de Carolan et d'autres ballades irlandaises. Égaré par les jugemens erronés et la fatuité des écrivains anglais, Furlong eut beaucoup de peine à croire qu'il y eût dans la langue irlandaise aucun ouvrage de mérite , il doutait même de l'existence de sa poésie lyrique ; mais le résultat a démontré combien il s'était trompé à ce sujet.
On connaît l'amitié de Carolan pour Mac Cabe(l),et la circonstance qui donna lieu à cette élégie. Ce dernier, homme fort gai, faisait quelquefois briller son esprit, dans d'innocentes saillies, aux dépens de son ami aveugle. L'ayant une fois rencontré après une longue absence, il déguisa sa voix, l'abordant comme un homme qui lui était inconnu. Ayant nommé à dessein les environs de la demeure de Mac Cabe, Carolan lui demanda avec empressement s'il connaissait Charles Mac Cabe. — « Je l'ai connu naguère, reprit celui-ci. — Comment, naguère? qu'entendez-vous par là? dit Carolan. — Je veux dire, répondit Mac Cabe, que j'ai assisté, il y a huit jours, à son convoi. » Carolan, vivement frappé par cette triste nouvelle, composa surle-champ cette petite élégie sur son ami; quelques instans après, Mac Cabe se fit connaître, et railla à ce sujet le barde, qui donnait des preuves si sincères de son amitié à un homme qui l'avait tant de fois choisi pour but de ses plaisanteries.
Mac Cabe, qui a vécu pour pleurer la mort de Carolan, s'est montré digne de l'attachement de son ami. La circonstance qui a donné lieu à son élégie sur la mort de Carolan est extrêmement touchante. Mac Cabe allait rendre visite à Carolan, qu'il
(1) Le barde Mac Cabe, fidèle ami et compagnon de CarolaD, était lui-même Irèsversé dans sa langue natale. Il connaissait assez bien le grec, le latin el l'anglais ; il jouait parfaitement de la harpe. Mac Cabe était un homme jovial, et l'on raconte de lui une foule d'anecdoles qui dénotent un homme d'esprit et d'un commerce agréable. Il composa une élégie sur la mort de Carolan, auquel il survécut plusieurs années. Il obtint l'autorisation d'ouvrir une école catholique, qui lui procura une modique subsistance pendant quelque temps, ce qui ne l'empêcha pas demourirfort pauvre, semblable à laut de milliers de ses compatriotes. Il aurait été probablement un des ornemens de son pays, s'il n'avait vécu à une époque où les Anglais persécutaient avec tant d'acharnement ses co-religionnaires.