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n'avait pas vu depuis long-temps; arrivé au terme de son voyage, il rencontra, près du cimetière de Kilronan, un paysan à qui il demanda la demeure de Carolan : celui-ci lui montra sa tombe en versant des larmes.
L'émotion causée par cette nouvelle inattendue rendit Mac Cabe muet un instant; ses genoux tremblèrent, tout son corps fut saisi d'un mouvement convulsif , et il eut à peine la force de se traîner jusqu'à la tombe de son ami, sur laquelle il répandit un torrent de larmes, après avoir exhalé dans une touchante élégie toutes les angoisses de son âme. Cette élégie est simple, mais en même temps extrêmement pathétique. Elle se termine à peu près comme celle du docteur Johnson sur Claude Phillips, musicien du pays de Galles.
«Dors tranquille dans cette paisible demeure, jusqu'à ce que les anges t'éveillent au son d'une musique mélodieuse comme la tienne ! »
L'élégie de Carolan sur la mort de sa femme et celle qui lui fut inspirée par Mac Cabe sont les seules compositions de ce genre que je connaisse de notre barde; elles ne font pas moins honneur à son cœur qu'à son esprit. Simples et sans ornemens, elles respirent la douleur la plus sincère; il fut même plus heureux dans ces inspirations que lorsqu'il entonnait dans les festins, au milieu d'un auditoire enthousiaste, ces couplets mélodieux qui rendront immortel le nom de leur auteur.
Mable Kelly est une des ballades les plus poétiques de Carolan. Le mètre adapté à ces couplets par la traductrice anglaise, mademoiselle Brookes, n'est pas des plus heureux. C'est le même que celui dont s'est servi Phillips pour sa fameuse ode de Sapho, qui semble avoir été choisie à dessein, à cause de la ressemblance frappante qui existe entre le premier vers du poème grec et celui du poème irlandais : Voici la traduction de Sapho :
« Il est heureux comme un dieu ce jeune homme chéri, qui te doit son bonheur, qui t'entend et qui lit dans tes regards cette gaieté si sereine, tandis que tu parles et fais naître la joie dans son âme. »
Traduction de Carolan : «Le jeune homme à qui le ciel propice promet d'unir ta destinée, ô toi l'objet de mon amour, et qui voit ta charmante tête se reposer nonchalamment sur son bras, ne peut avoir dans le cœur d'autre pensée que celle de son bonheur.»
Notre barde favori, même dans cette traduction, peut sou-
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tenir la comparaison avec ce reste si beau du génie grec.
Bridget Cruise avait été le premier objet de l'amour de Carolan ; bien que son affection eût été payée de retour, la destinée a voulu que leur union ne fût jamais accomplie. L'ode qui porte le nom de Bridget a toujours été jugée une des plus tendres et des plus mélodieuses de ses ouvrages. Le vénérable Charles O'Connor dit avoir souvent entendu Carolan chanter cette ode à mademoiselle Cruise. « Les couplets, dit-il, » étaient à mon avis très-poétiques, et je regrette de ne pas » les avoir retenus. » Walker appelle cette ballade son chefd'œuvre ; c'était l'expression de son cœur, alors qu'il avait encore toute la vigueur de son génie. Depuis Spenser jusqu'à nos jours, la poésie irlandaise a été tour à tour critiquée et louée, tandis que l'absence des originaux ou de leurs traductions ne permit pas au monde d'en juger le mérite.
L'ode intitulée Mary Maguire respire la tendresse et l'affection ; il est à remarquer que dans ces couplets il évite de parler de la bouteille qu'il aimait tant ! Cette ballade est peut-être la seule qui en fasse une exception.
Walker dit que Mary Maguire était une jeune dame de bonne famille, du comté de Fermanagh, aussi fière qu'extravagante, mais c'était la femnre de son choix ; il l'aima tendrement et vécut heureux avec elle. On trouvera dans le volume des ballades irlandaises la belle monodie qu'il composa pour elle. Si un grand nombre des airs de Carolan est perdu pour nous, les paroles du moins nous restent, tandis qu'une foule d'autres jolis airs dont la poésie est inconnue ont échappé à l'oubli. Tout le monde sait combien il est difficile de marier la mesure des vers anglais aux sons variés de la plupart des mélodies irlandaises. Les tentatives faites à ce sujet ont été rarement couronnées de succès ; son style rapide, qui diffère tant des complaintes de l'ancienne musique, la vivacité de ses tournures, sa versification si variée et si agréable, ne pouvaient s'adapter qu'à la langue dans laquelle ils furent écrits et chantés ; les traductions ont été mariées aux airs qui s'accordaient le mieux avec le rhythme des vers anglais.
Sir William Temple dit : Que de son temps les chefs des septs irlandais retenaient dans leur suite non seulement un médecin, un piqueur, etc., mais aussi un poète, un barde et un sgealaighthe (conteur). — Le premier célébrait les hauts faits de ses ancêtres, et égayait les festins par ses récits. Les contes amusans des derniers servaient à dissiper leur mélancolie.
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Cormac Conn, le dernier de cet ordre, naquit en 1703, dans le comte" de Mayo, de parens pauvres mais honnêtes. Dès l'âge le plus tendre le jeune Cormac faisait ses délices des chansons et des légendes qu'il entendait réciter dans les veillées. — Ayant embrassé la profession de conteur, il récitait les généalogies et les légendes dont Mac Pherson a enrichi son pseudopoème d'Ossian. Doué d'une belle voix, il charmait ses auditeurs en leur chantant les airs de Carolan, ou léchant célèbre d'Oisin, — Il a laissé plusieurs élégies, panégyriques et chansons d'un mérite reconnu.— Cormac, qui fut marié deux fois, laissa plusieurs enfans. L'un de ses petits-lils le conduisait aux châteaux des seigneurs irlandais, qui le traitaient toujours avec les égards dus à ses talens et à son excellent caractère.
Dans la solitude dos montagnes et dans le fond des vallées de l'Irlande, on entend les chants les plus mélodieux dans une langue dont la musique et la poésie n'ont point d'égale. Plusieurs de ces airs, réunis et publiés, ont été l'objet d'une admiration presque universelle ; mais les paroles', si remarquables, sont restées dans l'oubli, malgré leur mérite attesté par tant d'hommes distingués, grâce à l'ignorance de l'idiome national, si peu connu des gens de lettres. Mac Pherson, auteur ou, selon nos amis d'Ecosse, traducteur des poèmes d'Ossian, dans sa préface à cet ouvrage, déclare que les élégies et les sonnets irlandais se distinguent par leur mélodie, et qu'ils renferment des sentimens dont la beauté égale la simplicité. Une plus grande autorité en poésie, Spenser, en vante l'élégance. Nous pourrions citer d'autres autorités; mais en mettant ces mélodies sous les yeux du lecteur, nous préférons le laisser juge de leur mérite.