‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 77 sur 210 · ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. CXXV · texte numérisé non relu

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. CXXV

» dant des mois entiers, réclamant l'hospitalité sans être même » invités; il semblait qu'on ne pouvait leur refuser cette fa- » vcur.» L'auteur de cette ballade appartenait à cette dernière classe de gentilshommes. Comme la plupart de ses compatriotes, il est facile de voir qu'il avait plus d'esprit que de prudence.— Cette composition offre un tableau parfait des mœurs irlandaises.

Les chansons à boire sont nombreuses et d'un style qui fait honneur au talent des bardes. Prises dans leur ensemble, elles représentent parfaitement le caractère national. L'on sait qu'autrefois les Irlandais étaient renommés pour la sobriété et la tempérance autant qu'ils l'ont été depuis pour les excès de table. Cambrensis, Camden et d'autres auteurs anglais, si injustes envers le peuple de l'Irlande,, ne lui ont jamais reproché ce vice. Le docteur Samuel Madden , qui publia des essais sur ce pays, dit avoir connu quelques vieillards qui se rappellent l'époque où la sobriété était dans les habitudes de ce peuple, autant que les excès de boisson le sont aujourd'hui. Les préjugés politiques et religieux du docteur Madden l'empêchèrent cependant de faire connaître la cause réelle de ce changement si subit, qu'il attribua à la religion catholique. S'il avait eu la franchise d'avouer les faits, il en aurait reconnu la triste source dans l'état appauvri et dégradé de la grande majorité du peuple. Tout en omettant à dessein ce qui a produit cette habitude funeste, il a cependant eu soin d'en décrire minutieusement les effets. Nous pourrons , dit-il, appliquer aux Irlandais la description que Tacite a donnée des anciens Germains. «Nous buvons nuit et jour, et après avoir empoisonné le corps, abruti l'esprit, enrichi nos ennemis, appauvri nos familles et ruiné notre malheureuse patrie, on peut dire à notre honneur (triste consolation, à la vérité) que nous supportons les misères de la patrie avec la meilleure grâce du monde, que nous sommes les plus joyeux compagnons de table. » 11 termine en présentant un tableau hideux de la pauvreté, de la paresse et de la misère sous lesquelles gémissent tant de milliers de malheureux. Mais il aurait pu ajouter : Cette dégradation est causée par la tyrannie de l'Angleterre et de ses lois pénales.

Tandis que les nobles enfans de l'Irlande erraient par toute la terre, dépouillés du patrimoine de leurs ancêtres, le petit nombre de ceux qui avaient joui du triste privilège de séjourner dans leur patrie courbèrent la tête sous le joug de leurs oppresseurs. L'Angleterre a contracté une dette immense envers ce malheureux pays. Puissent les erreurs du passé servir d'aver-

Page 1