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tissement pour l'avenir. Nous devons ajouter que depuis la réforme des lois pénales , l'état de l'Irlande s'est amélioré d'une manière sensible. L'intempérance a diminué graduellement dans la classe moyenne. Grâce aux sociétés de tempérance et aux efforts d'O'Connell , on ne pourra plus désormais reprocher ce vice au peuple irlandais.
Les Écossais, qui s'étaient appropriés une foule de légendes et de poèmes irlandais, ne purent résister à la tentation que leur offraient les charmantes mélodies qui font les délices du peuple de ce pays. Hélène, trésor de mon cœur, est une des chansons irlandaises les plus populaires. — Handel déclara qu'il aurait donné ses compositions les plus estimées pour en être l'auteur. Cet air charmant d'EiLEEN a Roon parut en Ecosse sous le nom de Robin Adair ; Gramachrée sous celui de Molly Astore; plusieurs autres airs, qu'il serait trop long d'énumérer, ont subi de pareilles métamorphoses. Depuis long-temps Walker, Hardiman, Bunting, O'Connor, en ont fait justice en dévoilant ces plagiats. Ces airs exquis et les paroles qui les accompagnent ont été transmis dès le temps le plus reculé au peuple irlandais, auquel ils sont très-familiers. D'ailleurs les expressions tendres et passionnées dont ces vieilles légendes sont si riches, indiquent assez leur origine. Burns, l'inimitable Burns lui-même a voulu s'approprier quelques-uns de ces airs ; le mérite qu'il y attache en fait le meilleur éloge.
Le docteur Burney, auteur d'un ouvrage fort volumineux sur la musique, s'était donné des peines infinies pour découvrir la première chanson de sa collection. Soit la fatuité connue à la plupart des auteurs anglais qui écrivent sur l'Irlande, soit ignorance, il a passé sous silence le seul pays auquel cet air appartient. Ce qu'il n'a pas fait, il était réservé à des auteurs consciencieux de le faire, en restituant à leur pays ces perles du génie dont d'autres nations se sont enrichies. L'évêque Young a démontré que cet ancien air de Burney n'était autre que le Samhre Teacht, l'été vient. Après avoir fait partie des mélodies nationales des ménestrels irlandais, cet air se trouve dans la collection de Bunting. Les beautés de la nature, les sites si ravissans de leur pays natal, avaient les plus grands charmes pour un peuple aussi sensible que le peuple irlandais. Leurs ancêtres, héritant des traditions païennes, chantaient au commencement du printemps cette hymne mélodieuse qu'ils offraient à leurs dieux en signe de reconnaissance. De nos jours même cette mélodie est familière aux personnes qui ont vécu
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parmi les habitans du midi et de l'ouest de l'Irlande, où les traditions nationales se sont le mieux conservées.
L'antique manoir des Cavanahs retentissait du bruit des préparatifs d'une fête que l'on donnait pour célébrer les fiançailles de la jeune héritière de ce nom avec un chef puissant du Connaught. Grande fut la joie des parens d'Eillen Cavanagh en cette occasion. Mais quels furent les scntimcns de la personne la plus intéressée? La veille du jour lixé pour son mariage , Eillen , retirée dans son appartement , pleurait amèrement. On lui avait arraché son consentement en lui persuadant que le jeune O'Daly, qu'elle aima dès son enfance , venait de l'abandonner pour en épouser une autre. Carol O'Daly, frère de Donough More, chef d'une des plus anciennes familles de Connaught, n'avait pas son égal parmi les jeunes seigneurs de son pays. Celui qui brilla au champ d'honneur se livra avec non moins d'ardeur à la culture des beaux arts. Dans des jours plus fortunés, Carol, aimé et recherché par le chef de Cavanagh, fut l'un des visiteurs les plus assidus du château. Les talens et les grâces de sa personne ne tardèrent pas à produire une vive impression sur la jeune Eillen. Celle-ci aimait passionnément la musique, et O'Daly se chargea avec empressement de lui apprendre à jouer de son instrument favori, la harpe. Grands furent les progrès de la jeune enthousiaste sous un pareil maître; au dire même de Carol, Eillen fut le seul rival qu'il craignait pour sa gloire. Ils s'aimèrent de l'amour le plus tendre , et alors tout favorisait leurs amours. Mais un désaccord étant survenu entre les Cavanaghs et les O'Donough, les jeunes amans furent contraints de se séparer non sans avoir échangé des gages de leur foi et s'être juré une constance éternelle. Le jeune O'Daly fut obligé de se rendre à la cour du vice-roi , et les parens d'Eillen profitèrent de l'absence de l'amant pour la décider à donner sa main à son rival. Mais à mesure que le jour fixé pour le mariage approcha , ses forces l'abandonnèrent. L'idée d'avoir sacrifié son ami la poursuivait sans cesse. Une lettre qu'elle reçut d'O'Daly lui apporta un rayon d'espoir. 11 avait appris le mariage projeté et les calomnies que l'on avait répandues contre lui ; il la suppliait de lui accorder une entrevue pour l'assurer de sa fidélité et pour déjouer les machinations de leurs ennemis. Eillen, triste et pensive, attend son amant; les heures s'écoulent et il ne vient pas, et pourtant chaque minute est un siècle. Bientôt le château se remplit des parens et des alliés des deux familles. Malgré ses angoisses, Eillen fut obligée de leur en faire les honneurs.
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Retardé par mille obstacles sur sa route, O'Daly ne put revenir que trop tard pour l'entrevue. Se livrant alors à son désespoir, il cherche un endroit sauvage et solitaire sur le bord de la mer, où , inspiré par l'amour, il composa cet air ravissant d'Eillen Aroon , qui reste comme un souvenir ineffaçable de son talent et de sa sensibilité. Déguisé en ménestrel , O'Daly s'introduit au milieu de la foule qui encombrait le vieux manoir. Eillen, exténuée de fatigue et de souffrance, demande à se retirer un instant dans son appartement ; mais , en traversant la salle , les sons d'une harpe solitaire frappent ses oreilles; elle s'approche et prie le ménestrel de jouer. Ce fut alors que le jeune amant, flottant entre la crainte et l'espérance, et faisant résonner sa harpe avec cette sensibilité touchante que sa position lui inspirait, essaya de peindre ses sentimens dans ce chant passionné,* on eût dit que l'âme du poète s'exhalait dans un soupir d'amour.
Dans la première stance, il fait entendre, selon l'idiome irlandais , qu'il voudrait se promener avec elle , c'est-à-dire être son compagnon et son ami chéri pendant la vie. Dans la seconde, qu'il lui procurerait les jouissances et les délices du monde. Ensuite il fait un tendre appel à son cœur, et lui demande si elle veut partir avec liii, ou, d'après les paroles expressives de l'original : Veux-tu rester ou veux-tu venir avec moi, Eillen Aroon?
La jeune fille se trouble ; elle sait que son amant est devant elle; mais sentant toute la force de ce tendre appel , elle n'a que le temps de lui dire : A toi! à toi seul! et disparaît. Le jeune amant, dans une extase de délices, se livre à toute la fougue de son imagination.
O'Daly, qui connaît toutes les issues du manoir, est bientôt auprès de sa bien-aimée; ses partisans l'attendent pour faciliter et protéger son évasion : pour récompenser sa fidélité et son affection , sa bien-aimée part avec lui le soir même. O'Daly , réintégré bientôt dans son patrimoine, se réconcilie avec le père d'Eillen , qui devint de nouveau l'ange tutélaire du vieux château de ses ancêtres. Les incidens qui donnèrent lieu à ce chant sont religieusement conservés dans les souvenirs du peuple irlandais. La stance finale Cead mille fealte (mille fois le bienvenu ) est devenue la devise bien connue de l'hospitalité irlandaise.
C'est ici le lieu de parler d'un chant populaire de Mayo, composé par un frère de l'ancienne abbaye de Ballyhaunis, du nom