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allégorique, renferme des allusions politiques. Elle fut écrite sous le règne d'Elisabeth , pour célébrer le héros irlandais O'Donnell, de Tyrconnell. Le soldat patriote qui raconte ses souffrances est l'amant; l'Irlande est la jeune fille qui est l'objet de son affection. Elle se termine en annonçant la lutte acharnée que le pays soutiendrait avant de se livrer à l'ennemi implacable de ce héros. Cette ballade n'est plus aujourd'hui qu'une chanson d'amour. L'air en est plaintif comme tous ceux de la musique irlandaise.
Vile can dubh o, ou chant de douleur. — Les paroles furent composées par un de ces malheureux Irlandais proscrits sous Jacques Ier, lorsque la province deConnaught fut confisquée presque en entier au profit d'aventuriers anglais et écossais. L'exilé, s'adressaut à sa fiancée, l'engage à le suivre dans cette province; mais il paraîtrait qu'elle resta sourde à sa voix. L'air remonte à une date extrêmement ancienne.
Cean dubh dilish, l'aimable jeune fille à la noire chevelure. — Cette chanson atteste la supériorité de la langue irlandaise pour la poésie lyrique. Mademoiselle Brookes a renoncé à traduire beaucoup de jolis couplets irlandais, tant cette tâche lui a paru difficile. «J'ai cherché, dit-elle, à traduire la chanson de Cean dubh deelish; mais je n'ai jamais pu reproduire la beauté du texte. » Puis elle ajoute, après avoir cité les quatre premières lignes : « Il est inutile de faire des commentaires sur ces vers ; le lecteur anglais ne me comprendrait pas, et celui qui entend l'irlandais n'en a pas besoin; il est même impossible de les parcourir sans en concevoir la beauté. Le mot deelish, qui veut dire aimable, répété dans le premier vers, est très-expressif.
Le chasseur de Bearhaven. —Le jeune héritier d'O'Sullivan, de la province de Munster, prince de Bearhaven, conçut une vive passion pour une belle et noble fille de la maison d'O'Connor, qu'il rencontra dans une partie de chasse sur les limites de la province de Connaught. Le barde prodigue les expressions les plus poétiques à cette héroïne. — Ses yeux d'azur captivent les cœurs. — Ses lèvres vermeilles ressemblent à la rose. — C'est une pierre précieuse qui brille de l'éclat de mille couleurs. — Elle charme le savant, le jeune homme et le vieillard. — C'est la plus belle des filles d'Eve, l'étoile polaire de Slieve Guillen, le trésor des bardes, le cygne de Lochglin, blanc comme le lis. — Sa chevelure dorée surpasse l'éclat du soleil. Ceux qui connaissent la poésie orientale seront frappés de sa ressemblance avec les ballades sentimentales de l'Irlande. Des recherches sur cette
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matière jetteraient peut-être quelque lumière sur l'histoire des temps primitifs de cette île.
Des ménestrels irlandais qui visitèrent dans le siècle précédent les montagnes de l'Ecosse, y opérèrent une véritable révolution musicale en répandant leurs mélodies parmi les montagnards : de là provient la grande ressemblance qui existe entre ces derniers et les lunings ou airs écossais. Le laboureur irlandais en conduisant son attelage aux champs, et la laitière en se rendant auprès de ses troupeaux, fredonnent ces airs agrestes mais passionnés, qui leur font oublier leurs fatigues. — Écoutez Shakspeare décrire cette douce influence de l'harmonie.
« Jesica. — Je ne suis jamais gaie lorsque j'entends de doux accords.
» Lorenzo. — C'est que vos esprits sont attentifs. Voyez un troupeau sauvage et vagabond, ou un haras de jeunes chevaux que la main de l'homme n'a pas encore domptés ; voyez leurs bonds folâtres, leurs cris, leurs hennissemens sonores, effet naturel de l'ardeur de leur sang : que la trompette guerrière ou toute autre musique vienne à frapper leurs oreilles, vous les verrez à l'envi s'arrêter tout court, vous verrez leurs regards farouches s'adoucir aux douces influences de l'harmonie. Voilà pourquoi les poètes ont supposé qu'Orphée attirait sur ses pas les arbres, les rochers et les fleuves; car il n'est rien de si insensible, de si endurci, de si cruel, dont la musique, du moins pour quelque temps, ne puisse changer la nature. L'homme qui n'a en lui aucune musique, qui n'est pas touché par l'accord des sons harmonieux, est propre aux stratagèmes, etc. »
Quelle beauté dans cette exclamation de Milton:
« Que ne puis-je m'enlever pour jamais aux soucis dévorans, bercé par de doux chants lydiens qui se marient à des vers immortels, tels que l'âme peut les produire et les faire entendre sur les notes habilement variées qui réunissent et développent tous les ressorts cachés de l'harmonie, ou tels enfin qu'Orphée lui-même soulèverait la tête au milieu des fleurs où il sommeille aux champs Élysées et que Pluton, touché de ses accords, laisserait entièrement libre son Eurydice que son époux avait à moitié conquise.»
Le tableau gracieux que Milton a fait des plaisirs et de la vie champêtre dans son poème {l'allégro}, convient bien plus à la vivacité irlandaise qu'à la gravité saxonne.
« Toi qui présides à la gaieté, aimable habitante du ciel, charmante Euphrosyne, viens à moi, gracieuse déesse, amie du plai-
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sir et de la liberté, viens, escortée des Grâces tes sœurs, et suivie de Bacchus couronné de lierre et de pampre. On dit que tu naquis du souffle joyeux du printemps... Hate-toi, nymphe chérie, déesse au regard si suave, viens, escortée des plaisirs et des jeux de l'enfance, tels que les propos folâtres, les innocentes espiègleries, les regards furtifs, les serremen6 de mains et ces aimables sourires qui se jouent sur le front épanoui de la déesse Hébé, viens avec tout le cortège enchanteur des Amours. Dissipe sur ton passage et fais fuir les soucis et les chagrins, car le rire habite à tes côtés : viens, déesse aux pieds légers, bondis dans ta course rapide, et conduis par la main la nymphe des montagnes, la douce liberté. Si ma muse te rend l'hommage qui t'est dû; daigne m'admettre à ta suite, que je puisse habiter au milieu de tes compagnes et des innocens plaisirs.
Oh! qu'il est doux d'entendre l'alouette frétillant sur sa couvée, et préludant du haut des cieux à la naissance du jour, comme le tintement du beffroi qui annonce aux humains le lever de l'aurore! Que j'aime à te voir le matin me saluer à ma fenêtre à travers le buisson d'aubépine et le pampre verdoyant, ou l'églantine aux branches entrelacées, tandis que le coq, de ses cris aigus et perçans disperse les dernières vapeurs de la nuit, et s'avance fièrement à la tête de son sérail, comme un vainqueur orgueilleux de son triomphe, et se dirige vers la meule de foin ou la porte de la grange.
Par fois, je me plais à entendre le son du cor annoncer joyeusement le réveil du jour , tandis que les cris de la meute aboyante viennent traverser les bois qui bordent le vallon, et fatiguent les échos de mille sons discordans ; ou bien encore franchissant la blanche colline, je dirige ma course vers le soleil levant, et là, à travers un rideau d'ormeaux verdoyans je contemple avec extase le lever de l'astre du jour, j'admire l'éclat et la variété des couleurs qu'il projette sur les nuages comme autant de feux étincelans, tandis que le laboureur prélude à son travail par quelque gai refrain, et que l'active ménagère fait entendre sa'joyeuse chansonnette, que le moissonneur aiguise sa faux tranchante, et que le berger, assis mollement sous la blanche aubépine, raconte à son voisin une gentille historiette.
Bientôt, de nouvelles jouissances attendent mes yeux éblouis; devant moi se déroule un vaste paysage qui m'offre mille objets qui m'enchantent, des plaines immenses couvertes d'épis dorés, des terres en friche, à la couleur grisâtre, où de légers trou-