‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 82 sur 210 · CXXX1V APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

CXXX1V APERÇU SUR LES ANTIQUITÉS

peaux semblent errer à l'aventure; des montagnes incultes sur les flancs desquelles les nuages semblent se reposer, des prairies émaillées de marguerites de diverses couleurs, des ruisseaux qui s'échappent en murmurant, et en vastes rivières. A travers les arbres touffus des tours élèvent leur tête altière; là peut-être repose quelque jeune beauté dont l'image attire les regards passionnés et fait palpiter le cœur des bergers d'alentour.

Plus loin s'élève une chaumière dont la fumée s'échappe en tournoyant entre deux chênes antiques où Corydon et Tyrsis viennent de se rencontrer. Assis tous deux sous le feuillage épais, ils prennent un repas frugal qu'ont préparé les mains de Phylis; elle vient de quitter sa chaumière à la hâte pour rassembler les gerbes nombreuses; ou si la saison est plus avancée, elle court à la prairie amonceler le foin jaunissant.

Les hameaux des montagnes ont aussi leurs plaisirs : déjà les cloches par leur joyeux carillon ont annoncé un jour de fête. Les montagnards se rassemblent, filles et garçons se dispersent en groupes folâtres, et aux sons de la musette ils forment de joyeux quadrilles à l'ombre d'un vieux hêtre; jeunes et vieux, tout prend part à la joie, tout cède à l'influence d'un beau jour de fête, jusqu'à ce que l'astre du jour fasse place à la nuit; alors on se rend gaiement au cabaret le plus proche, on sable l'aie épicée, et bientôt commence une série d'historiettes. Celle-ci raconte comment la fée Mab fait des repas mystérieux; celle-là, comment elle fut pincée et froissée par elle. Celui-ci dira comment un esprit follet l'écarta de son chemin, ou comment un lutin sua à grosses gouttes pour gagner sa tasse de crème, lorsque pendant une certaine nuit, avant l'aurore, il battit avec son fléau plus de blé que dix laboureurs ne pourraient faire en un jour, et qu'ensuite il alla se reposer en s'étendant le long de la cheminée, pour réchauffer ses membres robustes et velus, et qu'après ce manège, et s'être repu, il s'envola dans les airs avant le premier chant du coq.

La nuit vient, le conte est achevé, chacun va se mettre au lit. etMorphée prodigue ses pavo's.

Dans les poèmes et chansons irlandaises , principalement les vieux contes et romans, qui, pour l'originalité de l'invention et l'élégance de l'expression, le disputent aux histoires orientales dont l'Europe fit si long-temps ses délices, la langue irlandaise a déployé les plus grandes beautés; il en est de même des compositions lyriques, pour lesquelles elle a conservé une supériorité remarquable. Malgré les vicissitudes que ce bel idiome a

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