‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 84 sur 210 · ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. CXXXIX · texte numérisé non relu

ET LA LITTÉRATURE IRLANDAISES. CXXXIX

Le langage doux et harmonieux des Italiens a été justement célébré pour avoir prêté les mêmes charmes à leurs productions. Nous démontrerons que la langue irlandaise ne lui cède en rien pour les grâces qui caractérisent leurs compositions lyriques. Un trait dominant des chants irlandais, c'est celui du choix exquis et du placement des mots qui ajoutent le plus grand effet aux notes principales des mélodies auxquelles ils sont mariés.

L'enthousiasme chevaleresque pour le beau sexe, qui a toujours caractérisé la jeunesse irlandaise, s'est conservé malgré tous les malheurs de leur patrie et le joug de fer de ses oppresseurs qui a pesé sur elle pendant tant de siècles. Jamais les sentimens d'un amour vertueux ne furent exprimés avec plus de délicatesse et d'ardeur que dans les fragmens qui nous restent de l'ancienne poésie pastorale de l'Irlande. Le langage dans lequel ils sont exprimés est chaste, élégant et pur; les images qu'ils présentent offrent une peinture fidèle et attrayante des scènes de la nature et des beautés champêtres. La richesse des sites, le parfum des fleurs, la verdure des prairies, le murmure des ruisseaux, le bruit des cascades, les perles de la rosée, le brillant plumage du cygne, la douceur de la colombe, les chants harmonieux du merle, l'or liquide de l'abeille, reviennent constamment et continuent à répandre un vif éclat sur les riches descriptions de ces chants rustiques, qui ne sont pas inférieures aux plus brillantes images que Milton a prodiguées dans ce chant si vanté de VAnge gardien.

Je vole maintenant vers l'Océan immense

Et vers ces régions heureuses où le jour

Ne clot jamais les yeux : vers le ciel je m'élance.

J'aspire l'air liquide et qui flotte à l'entour

Du jardin d'Hesperus, où ses trois filles chantent

Sous les bosquets en fleurs et sous l'arbre aux fruits d'or

Où du printemps naissant les parfums nous enchantent,

Où les Grâces souvint apparaissent encor.

Dansant avec leurs sœurs les Heures bien aimées,

Les Heures au sein rose étalant leur beauté,

Sur ces bords qu'embellit un éternel été.

Là le vent de l'ouest aux ailes parfumées

Sous les rameaux du cèdre épand de toutes parts

L'encens de Circassie et le parfum du nard.

Là l'arc-en-ciel humide incessamment arrose

Les gazons où fleurit l'hyacinthe et la rose

Et mille fleurs encore étalant sur les prés,

Comme Iris dans les deux, leurs atours diaprés.

ker, Evans, O'Connor, Bunting, Hardiman, Bentham, pour la composition de cet aperçu.

CXl APEBÇU SUR LES ANTIQ. ET LA LITTER. IRLANDAISES.

Là le jeune Adonis, à la fraîcheur des ondes,

Oublie en sommeillant ses blessures profondes.

La reine d'Assyrie, assise dans ce lieu,

Est triste et désolée, et son fils l'enfant dieu,

Le fougueux Cupidon, planant au-dessus d'elle,

S'avance dans les airs, dont l'azur étincelle.

Son bras soutient Psyché, Psyché qu'il voit enûn,

Après tant de périls, qui n'auront pas de fin .

Jusqu'à ce que des dieux le vouloir unanime

La rende de l'Amour l'épouse légitime.

Alors, pour effacer la trace de ses maux,

Naîtront de ses flancs purs deux célestes jumeaux,

La jeunesse et la joie : ainsi, lui faisant trêve ,

L'a juré Jupiter. Mais ma tâche s'achève,

Et je puis m' envoler selon ma volonté

Des frontières du globe à son extrémité,

Puis monter dans l'Éther où la lune flamboie.

Mortels, si vous voulez suivre la même voie,

Oh ! suivez la vertu, la vertu qui viendra

"Vous prendre sur son aile, et vous transportera

Vers la sphère étoilée où la voix de Dieu vibre ;

Ah! suivez la vertu, la vertu seule est libre ;

Si ses forces jamais viennent à défaillir,

Alors le ciel lui-même irait la soutenir.

Imité par madame Louise Colet.

Le volume des ballades irlandaises renfermera quelques-uns des chants les plus populaires de ce pays et l'histoire de ces charmantes mélodies qui ont valu à sa musique une si juste célébrité. Les paroles à la fois brûlantes et harmonieuses, les sentimens nobles et élevés, les expressions ardentes adressées à la jeune vierge, l'objet de l'affection la plus pure, étaient irrésistibles ; elles manquaient rarement d'obtenir pour l'heureux soupirant la récompense tant désirée, le cœur et la main de sa bien-aimée. C'est à l'influence attrayante de ces chants que l'on a attribué la plupart de ces mariages précoces, et, par suite, la population surabondante de l'Irlande. C'est une nouvelle découverte dans l'économie politique, soumise aux méditations des Malthus et des Say de nos jours. Quoique ce soit m' exposer aux . censures de ces prétendus sages, ennemis de l'humanité, que d'augmenter les malheurs de l'Irlande en répandant ces ballades, je m'y résigne volontiers , si mes recherches parviennent à soustraire à l'oubli une portion des chants ravissans de ma terre natale.

D. O'Sullivan.

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