LES TROIS BARQUES DE MOORE
Sur les bords d'une source où fermente la vie , L'Espérance et l'Amour se penchaient en riant ; La source était limpide, et l'Amour prit envie De se livrer sans guide au rapide courant ;
L'Espérance, sur la rive ,
S'arrêta, toute pensive.
Ma voile, dit l'Amour, a besoin de s'étendre Sur les flots scintillans d'écume et de clarté ! Et son regard d'adieu se prolongea si tendre , Qu'elle dit : Au revoir ! avec sécurité.
Hélas! la jeune Espérance
Ne connaissait pas l'absence !
Son repos dura peu. Triste, errante, peureuse,
ClXXXVJ NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES
Jusqu'à l'heure où, le soir descendant sur les eaux , Elle chercha des yeux la barque aventureuse , Et sa main, sur le sable envahi par les flots ,
Traça le nom qu'elle adore ,
Et l'eau l'effaçait encore !
Une voile apparaît enfin ! le vent l'apporte ; La crédule immortelle a cessé de gémir ; Mais quoi ! c'est l'opulence et sa froide cohorte ; Dans sa nacelle d'or elle semble dormir.
Oh ! celle où l'Amour voyage
Illumine davantage!
Une autre voile encor s'enfle plus gracieuse , C'est l'Amitié paisible au milieu du torrent ; La lueur de sa lampe est calme et radieuse ; Mais l'Amour ! ah ! l'Amour brûlait en éclairant !
D'où vient donc que sa lumière
Ne revient pas la première?
Sur les monts, sur les bois, sur l'eau, sur le rivage ,
La nuit jette sa chaîne et ses pavots pesans;
Chaque voile s'endort sur un pâle nuage ;
Des larmes ont noyé les songes séduisans ; L'Amour laissa passer l'heure , Il ne vient plus quand on pleure !