‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 87 sur 210 · LES TROIS BARQUES DE MOORE · texte numérisé non relu

LES TROIS BARQUES DE MOORE

Sur les bords d'une source où fermente la vie , L'Espérance et l'Amour se penchaient en riant ; La source était limpide, et l'Amour prit envie De se livrer sans guide au rapide courant ;

L'Espérance, sur la rive ,

S'arrêta, toute pensive.

Ma voile, dit l'Amour, a besoin de s'étendre Sur les flots scintillans d'écume et de clarté ! Et son regard d'adieu se prolongea si tendre , Qu'elle dit : Au revoir ! avec sécurité.

Hélas! la jeune Espérance

Ne connaissait pas l'absence !

Son repos dura peu. Triste, errante, peureuse,

ClXXXVJ NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES

Jusqu'à l'heure où, le soir descendant sur les eaux , Elle chercha des yeux la barque aventureuse , Et sa main, sur le sable envahi par les flots ,

Traça le nom qu'elle adore ,

Et l'eau l'effaçait encore !

Une voile apparaît enfin ! le vent l'apporte ; La crédule immortelle a cessé de gémir ; Mais quoi ! c'est l'opulence et sa froide cohorte ; Dans sa nacelle d'or elle semble dormir.

Oh ! celle où l'Amour voyage

Illumine davantage!

Une autre voile encor s'enfle plus gracieuse , C'est l'Amitié paisible au milieu du torrent ; La lueur de sa lampe est calme et radieuse ; Mais l'Amour ! ah ! l'Amour brûlait en éclairant !

D'où vient donc que sa lumière

Ne revient pas la première?

Sur les monts, sur les bois, sur l'eau, sur le rivage ,

La nuit jette sa chaîne et ses pavots pesans;

Chaque voile s'endort sur un pâle nuage ;

Des larmes ont noyé les songes séduisans ; L'Amour laissa passer l'heure , Il ne vient plus quand on pleure !

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