‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 88 sur 210 · LE GONDOLIER · texte numérisé non relu

LE GONDOLIER

Sur l'eau qui nous balance ,

Glisse et vogue en silence;

Poursuis, mon gondolier,

Ton chemin familier ;

Dans le flot qui sommeille

Frappe si doucement,

Que l'attentive oreille

D'une amante qui veille Devine seule, en ce moment, Que la barque porte un amant !

Vois ! si le ciel parlait aussi bien qu'il regarde , Quand ses yeux étoiles brillent au sein des nuits , Que raconterait-il de tout ce que hasarde Une errante jeunesse en ses tendres ennuis?

Sur l'eau qui nous balance , Glisse et vogue en silence ; Poursuis, mon gondolier , Ton chemin familier ;

DE TUOMAS MOORE. clXXXVij

Dans le Ilot qui sommeille

Frappe si doucement ,

Que l'attentive oreille

D'une amante qui veille Devine seule, en ce moment , Que la barque porte un amant 1

Au pied de ce balcon tourne et suspends ta rame ; J'y suis... je monte... O Dieu ! si nous prenions pour vous Les soins que nous prenons pour l'amour d'une femme , Quels anges nous serions 1 Mais l'amour est si doux !

Sur l'eau qui te balance ,

Reste seul en silence ;

Garde, mon gondolier ,

Ton poste familier ;

Que la craintive oreille

D'une amante qui veille Devine seule, en ce moment , Que la barque attend un amant !

C'est dans l'île de Zéa, (le Céos des anciens) la patrie de Simonide de Bacchylide que le poète a placé la scène de ses chants sur la Grèce ; il les a liés ensemble par des narrations poétiques. Il voulut ainsi en unissant le récréatif au chant, faciliter à un plus grand nombre de personnes les moyens de prendre part à ces divertissemens, et associer comme lecteurs les personnes auxquelles la nature a refusé le don d'une mélodieuse voix.

L'idée d'un poème sur l'Orient date de 1812. M. Perry se chargea d'en parler à Longman, qui, sans avoir vu un seul vers du manuscrit, consentit à payer quatre-vingt mille francs pour cet ouvrage, dont la composition ne fut terminée qu'en 1816. Madame Belloc en ayant donné l'analyse, nous nous bornerons à insérer ici le jugement que YAthénéum a porté de ce poème, et du roman en prose poétique l'Épicurien : « Je saisis cette occasion, dit le correspondant du journal, de constater l'exactitude extraordinaire qu'apporte M. Moore dans ses détails topographiques et caractéristiques des mœurs et des coutumes que renferment Lalla Rookh' et l'Épicurien. J'ai eu occasion de lire ses Odes Atlantiques et Américaines dans le pays et au milieu du peuple dont il fait la description. J'ai eu le plaisir de lire Lalla Rookh en Perse, et j'ai parcouru l'Épicurien tandis que mes souvenirs de l'Egypte et de ses merveilles étaient encore aussi récents que si je venais de quitter les bords du JVil

clXXXViij NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES

pour l'Arabie. Je me plais à reconnaître la satisfaction que me fit éprouver la lecture de ses ouvrages et à en constater la fidélité et l'exactitude. »

Parmi les incidens qui se rattachent à Lalla Rookh, nous ne devons pas passer sous silence le magnifique divertissement mêlé de chants et de danses qui eut lieu au château de Berlin pendant une visite du grand duc Nicolas en 1822. Les différentes histoires que renferme ce poème furent représentées sur le théâtre de la cour. Les principaux acteurs qui parurent dans cette représentation furent : le grand duc, le prince Guillaume frère du roi, le duc de Cumberland ( roi de Hanovre), le comte de Maak, la grande duchesse, la princesse Louise Radzivill, sans compter cent cinquante personnes qui remplirent les rôles de seigneurs et dames de Bucharie, dames de ( dansantes à la fête des roses, etc.

Voici quelques détails sur cette fête :

Les décors représentaient les portes brillantes du Paradis en* tourées de nuages. Dans le premier tableau on voyait la Péri, triste et désolée, couchée sur le seuil des portes fermées, et l'Ange de lumière qui lui adresse des consolations et lui donne des conseils. Le second tableau offre le moment où la Péri, dans l'espoir que ce don lui ouvrira l'entrée du Paradis, recueille la dernière goutte de sang que vient de verser le jeune guerrier indien en combattant pour la liberté de son pays.

La Péri et l'Ange de lumière répondaient pleinement à l'image et à l'idée qu'on est tenté de se faire de ces deux personnages, et l'impression généralement produite par les tableaux de cet épisode délicat et intéressant est loin de s'effacer de notre souvenir.

Cette grande fête décida le baron de La Motte Fouquet à traduire en vers allemands Lalla Rookh ; il décrit dans un poème adressé à l'impératrice de Russie, et placé en tête de cette traduction, les motifs qui le portèrent à l'entreprendre.

Nous sommes redevables de nouveau de deux autres fragmens au talent si gracieux de madame Tastu, qui a répandu tant de charmes sur les emprunts qu'elle a faits à la poésie anglaise.

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