‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 89 sur 210 · LA GUIRLANDE · texte numérisé non relu

LA GUIRLANDE

Je connais dans les bois, sur le front des montagnes, La fleur qui sert d'asile aux songes incertains. Cours, ô jeune beauté ! dépouille les campagnes, Que leurs dons parfumés s'assemblent sous tes mains.

DE THOMAS MOORE. ClxXXiX

Hâtons-nous de former la guirlande légère Qui doit rendre l'amour à tes vœux assidus; Hâtons-nous, le temps fuit, la (leur est passagère , Les songes et les fleurs demain ne seront plus !

Le songe de l'amour, vers la vierge timide , S'élance chaque nuit de ce jasmin humide; Le songe de l'espoir, plus fidèle au malheur, Et dont le chant magique assoupit la douleur, Naît de cet amandier, qui dans les airs balance De ses rameaux fleuris la pompeuse imprudence: Hâtons-nous, profitons de ces rians tributs ; Les songes et les fleurs demain ne seront plus !

Cette tleur, où se cache une brillante image , Teint des couleurs de l'or la dent du faon sauvage ; La noire mandragore, en inspirant l'horreur , Poursuit le meurtrier d'un fantôme vengeur. Garde-toi d'approcher cette plante ennemie Qui jette la terreur dans nos sens éperdus ; .Tressons, tressons ces fleurs, hâtons-nous, jeune amie , Les songes et les fleurs demain ne seront plus !

Voici le cannellier, à l'écorce odorante ; Le songe du cœur pur qui l'habite le jour, Oppose au noir soupçon la douceur caressante ; Ah ! ce songe puissant ramènera l'amour. Hâtons-nous, hâtons-nous, achevons la guirlande , Les instans différés sont des instans perdus ; Cours au front d'un amant déposer ton offrande , Les songes et les fleurs demain ne seront plus !

l'odalisque.

Aux bords du Bendemir est un berceau de roses Que jusqu'au dernier jour on me verra chérir ; Le chant du rossignol, dans ses fleurs demi-closes, Charme les flots du Bendemir.

J'aimais à m'y bercer d'un songe fantastique ; M'enivrant de parfums, de repos, d'avenir, J'écoutais tour à tour l'oiseau mélancolique Et les ondes du Bendemir.

Maintenant, loin des lieux où fleurit mon aurore , Je dis : Voit-on encor la rose s'embellir ? Et le chantre des nuits soupire-t-il encore Sur les rives du Bendemir ?

CXC NOTICE SUR Là VIE ET LES OEUVRES

Non, le printemps n'est plus, la rose s'est flétrie, Le triste rossignol de douleur va mourir , Et je ne verrai plus couler dans ma patrie Les flots d'azur du Bendemir.

Mais il nous reste au moins, quand la rose est passée , Un parfum précieux que l'art sait obtenir , Pareil au souvenir qui rend à ma pensée Les bords rians du Bendemir.

Aussitôt que la représentation fut terminée, Lalla Rookh (l'impératrice elle-même) s'écria en soupirant : Est-ce donc fini? sommes-nous arrivés à la fin de ce qui nous a procuré tant de plaisir ? N'y a-t-il pas de poète qui voudrait communiquer aux autres et aux temps futurs une idée du bonheur dont nous avons joui ce soir? A cet appel, un chevalier de Cachemire (qui n'est autre que le baron lui-même) s'approche et promet de présenter au monde le poème tel qu'il avait été conçu, et reçoit pour récompense un sourire approbateur de Lalla Rookh.

En pariant de son voyage en Amérique, Moore ajoute : « Il se trouvait alors dans cette station un jeune marin qui s'est acquis un nom justement célèbre parmi les auteurs qui ont écrit sur les voyages.» Le capitaine Bazil Hall a rendu justice aux tableaux gracieux que Moore a tracés des scènes si pittoresques de l'Amérique dans ses voyages de Bermuda à New- York, à Norfolk, à Washington, où il raconte d'une manière assez plaisante la mortification qu'éprouva M. Méry, le ministre anglais, de la réception que lui fit M. Jefferson, président des États-Unis. Tandis que l'ambassadeur crut nécessaire de revêtir le plus brillant costume, afin de présenter ses lettres de crédit, le président se contenta de le recevoir en pantoufles et en bas de laine.

Après un second voyage à New-York, Moore visita la cataracte de Niagara : « J'aurais de la peine à dire lequel des deux m'a impressionné le plus vivement : la vue des chutes de Niagara ou celle des ruines du Colysée aperçues au clair de la lune.» 11 descendit le Saint-Laurent à Montréal, à Québec, d'où il se rendit à Halifax. Ces voyages sont décrits dans ses épîtres qui donnent une description de ces pays.

« Celui qui veut chercher chez les anciens, dit le poète, cette délicatesse de sentiment et cette riche imagination si nécessaires à épurer et à animer la poésie passionnée sera bien déçu dans ses espérances. Aucun écrivain de l'antiquité ne saurait lui servir de modèle dans ce genre de composition. Les écrits d'Ovide sont trop

licencieux; les commentateurs de Properce décorent du nom d'érudition les allusions mythologiques du dernier, qui nous paraîtraient le comble du pédantisme. Il est étonnant que tant de critiques l'aient préféré au doux et tendre Tibulle. Ce dernier est rempli de sentimens délicats et d'aperçus remarquables par leur finesse. L'idée de son retour inattendu à Délia « tune veniam subito » est imaginée avec toute l'ardeur de l'amant le plus passionné, et le sentiment nec te posse carere velim vient du cœur; mais suivant moi le poète de Vérone possédait des sentimens plus élevés qu'aucun d'entre eux. »

Il était réservé au poète d'Érin de nous offrir un exemple de l'union de compositions passionnées et de sentimens d'une exquise délicatesse, dont il déplore l'absence chez les auteurs de l'antiquité. Que de beautés dans ces stances :

Entends-tu les gondoles S'égarer sur les flots ; Les tendres barcarolles Des jeunes matelots?

Le frais désir Éveille partout le plaisir.

Oh l viens à moi , Belle ! je rame ici vers toi !

Au son des mandolines Que de cœurs palpitans !

Là-bas sur les collines Que de couples contens !

Tout s'unit, tout s'adore Sur la terre et les eaux , Et je suis seule encore Au milieu des roseaux!

Voici l'heure charmante Où l'on chante plus bas ; Et de ma jeune amante Je sens frémir les pas !

Quand, sur les mêmes fleurs dont se parent leurs tètes A la lueur des feux qui brillent dans nos fêtes, Des anges de la nuit la foule se répand , Lorsqu'un objet aimé nous cherche et nous attend , Qu'il est doux de verser dans l'âme inquiétée De cet objet charmant, qui se penche vers nous , Les aveux renfermés dans notre âme agitée ,

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