‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 9 sur 210 · LES LANGUES MERES · texte numérisé non relu

LES LANGUES MERES

« En remontant à l'aurore de la civilisation des peuples asiatiques,» dit le baron d'Eckstein, «on est forcé d'avouer qu'avant d'abandonner le point central autour duquel ils étaient groupés, les uns pour descendre du côté de l'orient, des rives du Gange, les autres pour s'asseoir du côté de l'occident à l'ombre des forêts européennes, tous ces peuples avaient été frères. Maintenant ces peuples vieillis, après avoir été si long-temps séparés, se rencontrent de nouveau au bord de la tombe. Ils cherchent à regagner les souvenirs de leur enfance ; ils voudraient les démêler dans un passé déjà lointain où sont établis les titres de leur parenté, pour s'embrasser encore une fois fraternellement au déclin de leur existence.

» Depuis la conquête anglaise, le génie de l'Europe peut puiser à pleines mains aux sources de la science brahmanique. Sir William Jones a non seulement initié à la poésie indienne le lecteur européen, qu'il a plongé dans les pures ondes du Gange, il l'a introduit dans l'assemblée des sages par sa publication du Code de Manou. Dans de savans essais sur les écoles des Indes, Colebrooke a évoqué un monde de la pensée en nous entretenant de la philosophie et de l'astronomie des Indiens. Mais là où brille le génie indien dans toute sa gloire, c'est dans la fixation de la grammaire du sanskrit, langue la plus savante, la plus riche, la plus harmonieuse de toutes les langues du monde. Le sage Panini résume la métaphysique des brahmanes dans leurs méditations sur la nature de leur idiome. Les Wilks, les Carey, les Forster, les Colebrooke, les Lassen, les Bopp, les Burnouf, ont puisé à cette source, en la rendant accessible à la conception européenne. Les Munroe, les Briggs, les Malcolm, les Buchanan, les Robinson, se sont signalés par leurs

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