ACTE V, SCÈNE II. 3o
n a le cœur plus dur étant fik d*un tyran :
La générosité suit la belle naissance; La pitié l'accompagne , et la reconnoissance. Bans cette grandeur d*ame un vrai prince affermi Est sensible aux malheurs même d'un ennemi; La haine qu'il lui doit ne sauroit le défendre, Quand il s'en voit aimé, de s'en laisser surprendre, Et trouve assez souvent son devoir arrêté Par l'effort naturel de sa propre bonté.
Cette digne vertu de l'ame la mieux née, Madame, ne doit pas souiller ma destinée.
Je doute; et si ce doute a quelque crime en soi, C'est assez m'en punir que douter comme moi; Et mon cœur, qui sans cesse en sa faveur se flatte. Cherche qui le soutienne, et non pas qui l'abatte : Il demande secours pour mes sens étonnés , Et non le coup mortel dont vous m'assassinez.
FULCBÉRIE.
L'œil le plus éclairé sur de telles matières Peut prendre de feux jours pour de vives lumières; Et comme notre sexe ose assez promptement Suivre l'impression d'un premier mouvement, Peut-être qu'en faveur de ma première idée Ma haine pour Phocas m'a trop persuadée.
Sou amour est pour vous un poison dangereux;
3o4 HÉRACLIUS.
Et quoique la pitié montre un cœur généreux , Celle qu'on a pour lui de ce rang dégénère.
Vous le devez haïr, et fût-il votre père :
Si ce titre est douteux , son crime ne l'est pas. Qu'il vous oflQre sa grâce , ou vous livre au trépas. Il n*est pas' moins tyran quand il vous favorise, Puisque c'est ce cœur même alors qull tyrannise, Et que votre devoir, par là mieux combattu , Prince , met en péril jusqu*à votre vertu. Doutez, mais haïssez ; et, quoi qu*il exécute, Je douterai d*un nom qu'un autre vous dispute. En douter brsqu*en moi vous cherchez quelque appui. Si c'est trop peu pour vous, c'est assez contre lui. L'unde vous estmon frère, etl'autrey peut prétendre. Entre tant de vertus mou choix se peut méprendre; Mais je ne puis faillir, dans votre sort douteux, A chérir l'un et l'autre , et vous plaindre tous deux. J'espère encor pourtant : on murmure , on menace; Un tumulte, dit-on, s'élève daus la place; Exupère est allé fondre sur ces mutins; Et peut-être de là dépendent nos destins.
Mais Phocas entre.