‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 86 sur 201 · ACTE II, SCÈNE ÎII. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE ÎII. i

Aux enfants qui naitroient d*un second hyménée!

A cette indignité je ne connus plus rien ;

Je me crus tout permis pour garder votre bien.

Recevez donc , mes fils , de la main d'une mère

Un trôrib racheté par le malheur d'un père.

Je crus qu*il fit lui-même un crime en vous Tôtant ;

Et si j'en ai fait un en vous le rachetant ,

Daigne du juste ciel la bonté souveraine ,

Vous en laissant le fruit , m'en réserver la peine ,

Ne lancer que sur moi les foudres mérités,

Et n'épandre sur vous que des prospérités !

A.NTIOCHUS.

Jusques ici , madame , aucun ne met en doute

Les longs et grands travaux que notre amour vous

coûte; Et nous croyons tenir des soins de cet amour Ce doux espoir du trdÉe aussi-bien que le jour; Le récit nous en charme, et nous fait mieux comprendre Quelles grâces tous deux nous vous en devons rendre : Mais, afin qu*à jamais nous les puissions bénir, Épargnez le dernier à notre souvenir.

Ce sont fatalités dont Tame embarrassée A plus qu'elle ne veut se voit souvent forcée. Sur les noires couleurs d'un si triste tablean

i36 RODOGUNE.

Il faut passer Téponge, ou tirer le rideau :

Un fils est criminel quand il les examine; Et, quelque suite enfin que le ciel y destine, J'en rejette Tidée, et crois qu'en ces malheurs Le silence ou Toubli nous sied mieux que les pleurs. Nous attendons le sceptre avec même espérance : Mais si nous l'attendons , c'est sans impatience; Nous pouvons sans régner vivre tous deux contents ; C'est le fruit de vos soins, jouissez-en long-temps : Il tombera sur nous quand vous eu serez lasse; Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce; Et l'accepter sitôt semble nous reprocher De n'être revenus que pour vous l'arracher.

SÉLEUCUS

J'ajouterai , madame, à ce qu'a dit mon frère, Que, bien qu'avec plaisir et l'un et l'autre espère, L'ambition n'est pas notre plus grand désir.

Régnez, nous le verrons tous deux avec plaisir; Et c'est bien la raison que , pour tant de puissance, Nous vous rendions du moins un peu d'obéissance, Et que celui de nous dont le ciel a fait choix Sous votre illustre exemple apprenne l'art des rois.

CLÉOFATRE.

Dites tout, mes enfants : vous fuyez la couronne, Non que son trop d'éclat ou son poids vous étonne;

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