ACTE II, SCÈNE III. i
L'unique fondement de cette aversion , C'est la honte attachée à sa possession.
Elle passe à tos yeux pour la même infamie, S'il faut la partager avec votre ennemie, Et qu'un indigne hymen la fasse retomber Sur celle qui venoit pour vous la dérober.
O nobles sentiments d'une a me généreuse !
O fils vraiment mes fils! ô mère trop heureuse ! Le sort de votre père enfin est éclairci ; Il étoit innocent, et je puis l'être aussi ; Il vous aima 'toujours, et ne fut mauvais père Que charmé par la sœur, ou forcé par le frère ; Et dans cette embuscade où son effort fut vain, Rodogune, mes fils, le tua par ma main.
Ainsi de cet amour la fatale puissance Vous coûte votre père, à moi mon innocence ; Et si ma main pour vous n'avoit tout attenté , - L'effet de cet amour vous auroit tout coûté.
Ainsi vous me rendrez l'innocence et l'estime , Lorsque vous punirez la cause de mon crime.
De cette même main qui vous a tout sauvé.
Dans son sang odieux je l'aurois bien lavé; Mais comme vous aviez votre part aux offenses, Je vous ai réservé votre part aux vengeances; Et, pour ne tenir plus en suspens vos esprits,
i38 RODOGUNE.
Si vous voulez réguer, le trône est à ce prix. Entre deux fils que j^aime avec même tendresse, Embrasser ma querelle est le seul droit d'aînesse ; La mort de Rodoguue en nommera Tainé.
Quoi ! vous montrez tous deux un visage étonné ! Redoutez-vous son fi*ère? après la paix infâme Que, même en la jurant, je détestois dans Tame, J'ai fait lever des gens par des ordres secrets , Qu'à vous suivre en tous lieux vous trouverez tout
prêts; Et, tandis qu'il fait tête aux princes d'Arménie, Nous pouvons sans péril briser sa tyrannie.
Qui vous fait doue pâlir à cette juste loi ?
Est-ce pitié pour elle? est-ce haine pour moi? Voulez-vous répouser afin qu'elle me brave, Et mettre mon destin aux mains de mon esclave?... Vous ne répondez point ! Allez, enfants ingrats , Pour qui je crus en vain conserver ces états : J'ai fait votre oncle roi, j'en ferai bien un autre ; Et mon nom peut encore ici plus que le vôtre.
SÉLEVCUS.
Mais, madame, voyez que pour premier exploit..
CLÉOPATaS.
Mais que chacun de vous pense à ce qu'il me doit. Je sais bien que le sang qu'a vos ipains je demande